Faut-il intégrer ou non la pandémie dans les intrigues de films et séries ?

Plusieurs scénaristes se posent la question : faut-il intégrer ou non la crise du Covid-19 aux intrigues de fiction ? Alix aussi, a donné son avis de spectatrice.

Faut-il intégrer ou non la pandémie dans les intrigues de films et séries ?

Contrairement aux métiers de production de contenus, les scénaristes ont pu continuer d’exercer leur boulot d’écriture à la maison.

Un débat intéressant émerge alors entre eux aujourd’hui : faut-il ou non intégrer la pandémie et le confinement à nos intrigues de divertissements à venir prochainement ?

La team des réalistes

Déjà quelques annonces sont parues : Les Mystères de l’amour a promis d’intégrer la crise du Covid à ses intrigues, et Dany Boon a annoncé à RTL qu’il était en pleine écriture d’un film sur la vie d’un immeuble confiné, « des commerces au rez-de-chaussée, jusqu’aux chambres de bonnes ».

Dans cet article d’Allociné, Kenya Barris, scénariste et producteur de séries américaines s’exprime :

On se dit : est-ce qu’on doit faire commencer l’année aux personnages à la cool comme si de rien était, puis en montrant les jeunes étudier en ligne, au risque de passer pour des scénaristes insensibles à la réalité ?

Il ajoute que beaucoup de scripts devront être réécrits, car au moment où les séries entreront en tournage ou même paraîtront, nous ne vivrons plus de la même manière.

De son côté, Greg Berlanti, créateur de la série You, annonce :

On crée un pacte avec le public, dans lequel on doit traiter des choses de la vie réelle. Certes, il y a toujours des échappatoires au réel dans le divertissement, mais en même temps, la clé du succès de ce genre de séries est de trouver un moyen de raconter ce que le monde traverse, et pour le public d’y sentir une forme de connexion.

Nos vies ont et vont changer, et l’ignorer à l’écran serait tout simplement manquer de réalisme.

Pour ça, John Wells, le showrunner de Shameless, est même allé jusqu’à réécrire le dernier épisode de l’ultime saison de la série, qui traite d’une famille précaire à Chicago.

Il explique, à raison à mon sens :

C’est impossible de faire une comédie satirique sur les travailleurs précaires sans parler de ce qui s’est passé et de ce qui va arriver à cette communauté.

John Wells révèle alors que plusieurs membres de la famille contracteront le Covid-19 lors de la 11ème saison.

La team des rêveurs

Le confinement et la pandémie sont si imprévisibles qu’il semble difficile parfois de les intégrer à des œuvres qui se veulent pérennes, et dont la date de diffusion demeure encore très incertaine, puisqu’elle dépend de l’avancée ou non de la situation actuelle, ma foi très instable.

Aurait-on besoin d’un peu de recul avant de pouvoir en parler correctement ? C’est une piste que je ne rejette pas du tout.

Certains préfèrent donc attendre un peu que ça se tasse, mais d’autres ne voient clairement pas l’intérêt de parler de cette période de nos vies, voyant la fiction comme une évasion.

C’est le cas de Ryan Murphy, créateur de la toute récente Hollywood, mais aussi de Glee ou encore American Horror Story, entre autres.

Lui voit dans les futures séries et prochains films une possibilité d’échappatoire d’un quotidien plus qu’angoissant.

De son côté, la créatrice et actrice de la future série Netflix The Upshaws, qui traite du quotidien d’une famille de la classe ouvrière afro-américaine dans l’Indiana, a tout bonnement décidé de ne pas réécrire la série.

Les intrigues sont bouclés, les personnages élaborés, et la pandémie mondiale viendrait tout simplement mettre un boxon pas possible là-dedans.

S’ils sont préoccupés par une relation amoureuse alors qu’un virus mortel circule, cela risque de sembler insignifiant.

Cette team anti-Covid prend le parti que des spectateurs possiblement confinés ne voudront pas assister à des Skypéros entre les personnages, à des rendez-vous galants sur Zoom ou à des crises existentielles de personnages enfermés entre 4 murs.

Ce que j’attends en tant que spectatrice

J’aime quand la fiction se fait synonyme d’évasion, mais ce n’est pas toujours son rôle principal à mon sens.

J’ai parfois la sensation de me lobotomiser le cerveau à regarder encore et encore les mêmes programmes lisses qui vont toujours dans mon sens.

J’ai envie et besoin de séries et de films qui me feront réfléchir à la situation, que ça soit par la comédie ou par le drame.

Je considère que les séries qui prennent place de nos jours et qui se veulent un minimum réalistes devraient pouvoir intégrer le Covid à la vie des personnages comme il a débarqué dans la mienne.

Comment m’identifier à un personnage s’il vit dans un monde qui ressemble au mien, mais dans lequel aucune pandémie mondiale ne s’était jamais déclarée ? Je vois mal comment éluder la question.

Et pourquoi un date à la fenêtre ne serait-il pas intéressant à raconter, puisqu’il dévoilerait des tas de choses sur l’évolution du genre humain et de son adaptabilité ?

Notre vie change, et je pense que refuser de l’accepter, c’est plonger dans un déni total.

En revanche, je n’ai pas non plus envie (pour l’instant, mais ça viendra sûrement avec le temps) de me taper des milliers de contenus qui traitent spécialement du quotidien de gens confinés, merci bien, j’ai déjà le mien.

Et je suis totalement pour l’idée de regarder des séries et des films qui ne relatent pas la vie d’aujourd’hui, et qui du coup ne traiteraient en aucun cas du Covid-19.

Et toi lectrice, t’es team rêveuse ou team réaliste ?

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Alix Martino

Alix Martino

Alix Martino, à dire sur l'air de Paris Latino, est chargée des podcasts chez madmoiZelle. Elle aime principalement le cinéma et Lidl.

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Commentaires

Mijou

Je ne vois pas pourquoi on pose le débat, puisqu'en fait, ça se fait déjà...
Comme beaucoup, j'ai regardé énormément de films/séries pendant le confinement, et comme je suis assez amatrice de films de genre, j'ai justement eu l'impression que tout me renvoyait au covid et ses conséquences : bien sûr le film de zombie et/ou de contamination (dernier vue en date: "It comes at night"), les post-apo (avec ou sans pandémies) mais aussi, avec un rapport plus ou moins direct au confinement, les slashers avec des personnages séquestrés et/ou les thrillers/drames traitant de kidnapping, d'enfermement ("Room", un bijou !), etc... etc...

Bref, c'est LE(S) thème(s) qu'on retrouve énormément dans le cinéma de genre...

Alors oui, on appelle pas ça "covid", mais comme le disait très bien @vercoquin les zombies, les pandémies, etc... ce sont des symboles et des outils scénaristiques pour dénoncer des choses et mettre en lumière les comportements humains face à l'adversité.
Juste là, c'est un peu plus littéral quoi, la projection est moins lointaine pour le spectateur, du coup.

C'est l'époque et les gens qui changent la lecture du film, finalement, mais je ne suis pas sûre que des gens ayant vécu la Shoah par exemple (ou leurs descendant.e.s direct.e.s), soient de grand.e.s amateur.ice.s de tous les films autour de ce thème... Du coup, peut-être qu'on arrêtera de regarder des films de genre ? Car trop réaliste ? Trop de mauvais souvenirs ? :hesite:
 

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