J’ai eu un date avec mon crush de fac, des années plus tard


Cette Rockie ne s'attendait pas à matcher avec son crush de la fac, à qui elle n'avait jamais osé parler. Mais finalement elle a accepté un rencard avec lui, et ça ne s'est pas passé comme prévu...

J’ai eu un date avec mon crush de fac, des années plus tard

Depuis que le confinement a pris fin, en bonne célibataire assoiffée de sexe, je fais chauffer la machine à swipe

Ainsi, chaque jour c’est le même rituel : je me lève et je swipe, en partageant chacun de mes coups de coeur avec ma coloc Amélie, qui bave devant ma liberté, étant elle-même en couple depuis une bonne dizaine d’années.

Notre appartement bordelais est plutôt grand, ce qui me permet d’inviter des gens quand je le souhaite sans que ça la dérange.

Ainsi, un samedi matin de déconfinement, j’ouvre Happn à la recherche d’un mec voisin qui n’aurait pas besoin de prendre le tram pour boire un verre chez moi.

Tomber sur son crush de la fac au hasard d’une appli

Je swipe à la va-vite, avant de rejoindre des copines pour un footing.

Et là, juste en enfonçant ma clé dans la serrure de ma porte d’entrée, je tombe sur la photo d’un homme que je reconnais immédiatement.

Il s’agit de Gino, un mec qui était en cours avec moi pendant ma première année à la fac de droit.

Pendant une année complète, j’avais bavé d’admiration à chaque fois qu’il passait la porte de l’amphi et demandais toujours à ma meilleure pote Laura (souvent en avance) de nous réserver deux places juste derrière lui, pour que je puisse le voir écrire de près.

Il avait sa manière à lui de mouvoir son poignet, comme si on ne lui avait jamais appris à tenir un stylo… Et bien sûr, il écrivait de la main gauche, ce qui dans ma tête d’amoureuse transie de 18 ans équivalait à « Mon dieu il est si différeeeeeeent. »

Grand, brun, tatoué et un peu taiseux, il traînait toujours avec une énorme bande de gens composée aux ¾ de meufs. Moi, dans mon coin avec mes copines, je le regardais de l’autre bout de la cour, en espérant qu’il me rende un jour mes oeillades.

Mais tu t’en doutes : ce jour n’est jamais venu.

Je reste donc bien 2 minutes la main sur la clé enfoncée dans la serrure à observer le visage de Gino sur mon écran, des images plein la tête.

La première année de fac, c’était quand même il y a 12 ans…

Matcher avec un vieux crush, c’est grisant

J’hésite. Je le like ou pas ? Si lui ne me like pas, mon ego en sera abimé, c’est certain…

Je prends finalement mon courage à deux mains et swipe à droite.

Mon coeur bat fort pendant quelques dixièmes de seconde avant que l’appli ne m’annonce que Gino et moi avons matché.

Hystérique de bonheur, je pars courir avec mes copines. Et cette fois-ci, je cours plus vite que d’habitude.

En plein milieu de mon 10 bornes, je reçois une notification Happn.

« Tu te souviens de moi ? On était à la fac ensemble. C’est drôle de se croiser ici. »

Mon cœur s’emballe, mais j’attends un peu pour lui répondre, histoire de faire la meuf ultra-occupée.

Au bout d’une heure, je me pose sur les marches qui mènent à mon immeuble pour profiter du soleil et répondre enfin à Gino.

« Oui je me souviens maintenant que tu le dis, c’est marrant. »

Il enchaine immédiatement et précise qu’il est ravi de me retrouver par ici. Je n’en crois pas mes yeux ! S’il m’a reconnue, c’est qu’il m’avait remarqué à l’époque…

Nous continuons à échanger, et le soir venu, dans mon lit, je relis notre conversation — plutôt longue et touffue. Je pouffe comme une adolescente, exactement comme j’aurais rigolé si ces échanges avaient eu lieu il y a 12 ans, à la fac.

Je mets du temps à m’endormir, trop excitée par cette histoire, banale certes, mais enivrante.

Une semaine sous le signe de l’excitation

Je finis par trouver le sommeil après deux heures d’une masturbation intense et essoufflante centrée bien évidemment sur le scénario suivant : Gino et moi nous retrouvons chez lui, dans un appartement plein de vitres hautes, il m’avoue avoir toujours eu envie de moi, et nous faisons l’amour dans le clair-obscur de sa salle à manger.

Le lendemain au réveil, il m’écrit :

« Bonjour très chère, je suis en déplacement dans le Sud pour la semaine mais je rentre dimanche. Une bière ou une bouteille de vin dans la rue, confinement oblige, ça te dirait ? »

J’accepte après avoir fait mine de checker mon agenda. En réalité, aucun évènement déjà prévu ne m’aurait fait rater celui-là.

Les jours passent et nous nous écrivons plusieurs fois.

Il me raconte ses péripéties dans le Sud, non sans quelques fautes d’orthographe qui d’ordinaire me rebutent mais que chez lui je trouve charmantes.

Je compte les jours, et presque les heures qui me séparent du moment tant désiré.

Cette semaine est sans doute la plus délicieuse que j’ai passée depuis longtemps. Chaque matin, j’attends son message, et je vibre profondément chaque fois que Gino débarque sur l’appli.

Finalement, le dimanche arrive, et avec lui… les douleurs de règles.

Je prie la divinité imaginaire des menstruations pour que les miennes soient décalées de 24 petites heures. Juste 24h, par pitié !

Je gobe un cachet et me fais un masque censé repulper et rebooster l’éclat de ma peau. Je parviens donc à masquer ma gueule de bois et l’air fatigué du syndrome pré-menstruel.

Les heures défilent et je me sens un peu défaillir.

L’heure du premier rencard

Je m’agite chez moi, ne sais plus comment faire pour m’occuper l’esprit avant de partir à mon date.

Lorsqu’il est enfin l’heure, je marche lentement jusqu’à la ruelle habillée de bancs où nous sommes censés nous rejoindre pour partager ce qui sera pour moi la première bouteille de rosé du printemps.

J’ai pris grand soin de m’habiller de sorte que mes atouts physiques soient bien visibles. Je porte une robe noire style nuisette fendue au niveau de la cuisse droite, et des mules à lacets bleu pâles achetées en soldes.

À l’exception d’auréoles qui marquent les dessous de bras de ma robe, je suis divine.

De loin je l’aperçois. Il est déjà là, assis sur un banc, une bouteille de rosé bien installée dans une poche glacée. Je transpire, j’ai le souffle court. 

Il se retourne en entendant mes talons claquer sur les pavés, et me sourit de toutes ses dents.

Il est moins charismatique que dans mes souvenirs.

Je lui fais la bise, oubliant totalement les gestes barrière, et je m’assois à côté de lui.

Il n’a pas l’air gêné, tandis que je parle très vite pour masquer mon inconfort : je passe ma main dans mes cheveux, déblatère à tout allure et m’étrangle à moitié.

« Tu es stressée ? »

« Un peu oui, je t’avoue que j’avais le béguin pour toi à la fac. Ça me fait bizarre d’avoir un date avec toi. »

Il me rassure d’une main sur mon avant-bras et regarde le ciel d’un air inspiré.

Pendant une heure, il me parle de ses voyages, de ses passions, et m’interroge sur les 12 ans qui séparent nos entrevues. Je parle aussi beaucoup.

Du fantasme à la réalité

C’est fou, je le trouve beaucoup moins charmant que dans mes souvenirs.

Je prends conscience qu’il est une vraie personne, pas un fantasme sur pattes !

Le récit de ses aventures au Pérou m’ennuie, surtout parce qu’il est raconté sans trop d’humour, et de manière un peu machinale. L’étincelle est absente de nos conversations. 

Il n’essaie pas de me séduire, et je n’essaie pas non plus.

J’ai l’impression que la magie dont j’ai rêvé toute la semaine ne naîtra pas ce soir…

Aucun geste, aucun regard n’installe la moindre tension entre nos deux corps, et nous restons 4h à discuter sur ce banc, qui me semble lui-même bien banal.

Après 4h à se raconter nos vies, comme deux bons vieux copains qui ont un peu abusé du rosé, il me propose de monter chez lui pour ouvrir une autre bouteille.

J’accepte avec plaisir, car si le désir brûlant n’est pas là, le moment n’est pas désagréable non plus. Ce dont je me rends compte, c’est que le filtre « moi de la fac » a disparu. 

Les années ont passé, et il ne suffit plus à un homme d’être barbu et tatoué pour me séduire.

J’attends d’un mec qu’il me fasse rire, et surtout qu’il s’essaye à faire naître une connivence, si ce n’est immédiate, au moins rapide.

Ici, elle n’y est pas. Et ce n’est pas grave, ça me fait même sourire en mon for intérieur. Je trouve charmant de m’être bercée d’illusions pendant une semaine, d’avoir ignoré ce que le temps fait aux gens et aux idéaux !

Les années ont, en tout cas, modifié les miens.

Passer la nuit ou rentrer chez soi ?

Douze ans auparavant, j’aurais été subjuguée par les aventures de Gino et j’aurais tressauté à sa main sur mon bras.

Aujourd’hui, je me sens juste à l’aise, pas challengée ni excitée du tout par ce grand homme un peu dégingandé.

Une fois chez lui, j’en apprends un peu plus sur son quotidien, notamment qu’il collectionne les vinyles et joue de la basse. Tout chez lui est bien décoré, dans un style un peu Brooklyn chic très efficace.

Son canapé en cuir camel est moelleux et je m’y loge pour entamer la descente de cette seconde bouteille de vin.

L’attitude de Gino a changé, il est plus doux, entreprenant, sans doute encouragé par l’alcool et le fait d’être chez lui.

Il remarque ma chair de poule et me recouvre d’une étole que j’imagine féminine. Laissée par une femme qui était là la veille ?

Assis à côté de moi, il tente un bras contre le mien et boit lentement son rouge bien tannique.

Il est très beau. Ça, ça n’a pas changé.

Doucement, il se tourne vers moi et me complimente sur l’intensité de mon regard.

Je lui rend la pareille, prenant du plaisir à le voir rougir.

Mais il ne tente rien, moi non plus, et nous continuons à discuter ainsi, un peu ivres et résignés devant l’absence de ce qu’on avait, je crois, tous les deux fantasmé.

Quand sonne les 5h du matin, je lui confie être épuisée :

« Je vais rentrer je crois. »

« Tu ne veux pas rester pour la nuit ? »

Quelque chose d’étrange s’installe alors, une sensation inédite.

Une nuit étonnante dans les bras de mon crush de la fac

Je n’éprouve aucun désir pour Gino, mais… j’ai envie de voir jusqu’où je peux aller pour constater que nous ne sommes pas faits pour vivre une histoire.

J’accepte.

Sa chambre sent l’encens, ses rideaux sont épais. Il fait nuit noire, et un air tendre s’échappe d’enceintes positionnées de part et d’autre de son lit.

J’enlève mes vêtements, je le sens me regarder. L’imaginer avoir du désir pour moi me chatouille tout de même un peu.

Une fois sous ses draps, il éteint la lumière, et me demande si j’ai déjà été au Mali.

Je lui raconte mes derniers voyages dans un récit non-linéaire, la cohérence et la chronologie ayant succombé à la seconde bouteille de vin.

Sa main frôle la mienne. Je sais que nous allons coucher ensemble. Je sais aussi que ça ne sera pas comme dans mon imagination mais à ce stade, ça n’importe que peu.

Je veux voir ce que peuvent donner nos corps l’un contre l’autre.

Nos mains se cherchent, se caressent, et je me penche sur lui pour lui offrir notre premier baiser — il a le goût de vin et n’est pas extraordinaire, sans être désagréable non plus.

Très vite, nos gestes s’enchainent et nous faisons l’amour de manière plutôt intense, ce que nos échanges ne laissaient pas imaginer.

Une semaine d’excitation qui vaut bien une nuit de désillusions

Gino est attentif à mon souffle, et me susurre des saloperies au creux de l’oreille, qui m’excitent assez pour que le moment soit franchement agréable.

Quand nous avons fini, nous échangeons des câlins vides d’amour mais sincères et agréables.

L’ambiance générale est si étrange !

Une heure après notre première partie de jambes en l’air, je me réveille fatiguée mais excitée de sentir Gino contre mon corps.

Je me frotte contre lui et gémit en espérant le réveiller. Ça fonctionne et nous reprenons, dans un échange pressé mais délicieux.

Pendant que nous faisons l’amour,  mon réveil sonne, et je l’éteins en soupirant.

Immédiatement après, il se lève pour me faire un thé, que je bois en 2 secondes avant de choper mon sac, de l’embrasser et de lui dire au revoir.

Pendant les 10 minutes de marche qui me séparent de mon appartement, je souris franchement.

Je repense à ma désillusion, couplée à des moments de sexe cool, et ça me rend tout chose.

Je sais très bien que Gino et moi ne nous reverrons jamais. Il y avait quelque chose de tacite entre nous toute la soirée et toute la nuit.

J’ai su qu’il savait, et c’est très bien comme ça : ça nous évite des discussions pénibles et hypocrites.

Je souris, un peu fière de constater que j’ai évolué, qu’un physique ne me suffit plus. Il était grand temps de réaliser que les gens ne sont jamais QUE des fantasmes.

Fière, quelque part, d’avoir appris une leçon, j’enfonce ma clé dans la serrure de la porte d’entrée, repensant à mon excitation de la semaine passée, à cet endroit précis.

Si la nuit dernière sera vite oubliée, je me souviendrai longtemps de la semaine qui lui aura précédé et m’aura offert un cœur aussi léger que l’année de mes 18 ans.

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