La grossophobie envers les stars fait aussi du mal aux inconnues

Juger les actrices, chanteuses, influenceuses sur leur poids, c'est diffuser l'idée qu'être une femme grosse, c'est mal — et ça touche aussi Madame Tout-Le-Monde.

La grossophobie envers les stars fait aussi du mal aux inconnues

Tu as sûrement vu passer la nouvelle il y a quelques semaines : Archie, le royal baby, a été présenté au monde par ses parents…

Et certains commentateurs ont disserté sur les « rondeurs » affichées par Meghan Markle.

What the fuck ?

Critiquer le corps des femmes célèbres… et des inconnues

Le physique et l’apparence des célébrités, et tout particulièrement des femmes, font (très) régulièrement l’objet de commentaires dans les médias.

Des chercheurs et chercheuses s’intéressent au sujet pour mener une réflexion au sujet de l’impact qu’ont ces commentaires sur nous tous et toutes.

Je pense que tu ne seras pas surprise : si ces critiques peuvent heurter les célébrités qui en sont la cible, elles auraient également un écho négatif sur la population…

La grossophobie envers les stars et ses effets

Trois scientifiques, Amanda Ravary, Mark W. Baldwin et Jennifer A. Bartz, ont voulu observer l’impact de la grossophobie médiatique : comment agissent les remarques des organes de presse sur le grand public ?

Leurs résultats, publiés dans le Personality and Social Psychology Bulletin, suggèrent que…

Faire preuve de grossophobie envers des célébrités pourrait augmenter nos attitudes implicites négatives vis-à-vis du poids et des personnes grosses.

Ce que l’on dit VS ce que l’on pense

Je m’explique : en psychologie sociale, le concept « d’attitudes » désigne une évaluation positive ou négative d’un objet (qui peut être une personne, ou un groupe social).

Ces attitudes peuvent être explicites, c’est-à-dire contrôlables par l’individu et souvent influencées par la « désirabilité sociale » : ce que l’on pense qu’il est bon de dire en société pour se présenter sous son meilleur jour.

Elles peuvent aussi être implicites : nos réactions quasi-automatiques, presque inconscientes, peu contrôlables… et qui peuvent parfois être en opposition avec l’attitude explicite.

Pour vous donner un exemple, je peux avoir une attitude explicite positive vis-à-vis des nounours roses, dire à la cantonade que tous les nounours sont égaux, qu’il faut que tous les nounours, roses ou non, soient traités de manière équitable…

Et en même temps, m’assoir un peu plus loin des nounours roses que des nounours bleus.

Ce qui traduirait potentiellement une attitude implicite négative à l’égard des nounours roses.

Aussi, nous pouvons être révoltées par la grossophobie que subissent les célébrités et, en même temps, intérioriser qu’être mince, c’est bien et qu’être grosse, c’est mal.

Vous voyez où je veux en venir ?

La grossophobie dans les médias à la loupe

L’équipe de recherche a analysé des données obtenues par le Project Implicit, un projet de recherche à long terme, porté notamment par l’Université d’Harvard, qui souhaite mesurer nos attitudes implicites à l’égard de groupes sociaux.

Sur ce site, tous les volontaires peuvent répondre à « tests d’association implicite » en lien avec le poids, le racisme, le genre, etc.

Amanda Ravary, Mark W. Baldwin et Jennifer A. Bartz ont recueilli les réponses de volontaires aux tests d’association implicite liés au poids entre 2004 et 2015.

Leur première remarque, c’est qu’il semble que les associations négatives vis-à-vis du surpoids et de l’obésité aient augmenté entre ces deux dates.

Ils ont sélectionné 20 périodes pendant lesquelles des célébrités ont subi de la grossophobie dans les médias populaires.

Par exemple, en 2007, des articles sont parus pour se moquer du corps de Tyra Banks qui avait eu l’outrecuidance de porter un maillot de bain en vacances.

En 2013, certains médias avaient repris les propos du conjoint de Kourtney Kardashian, qui regrettait que celle-ci ne retrouve pas suffisamment vite sa ligne après une grossesse.

Les scientifiques ont alors observé les réponses des participantes au test deux semaines avant, et deux semaines après ces 20 périodes.

La grossophobie dans les médias se répercute dans la vie

Y a-t-il eu un changement dans les attitudes implicites liées au poids des participantes ?

Selon leurs analyses, il semble que des pics d’attitudes négatives à l’égard du poids apparaissent chez les femmes après ces 20 évènements médiatiques.

Plus la couverture médiatique a été importante, plus les pics semblent avoir été élevés.

À ce stade, il est difficile d’établir un lien de causalité (et les chercheurs comptent poursuivre leur recherche en laboratoire). Mais la réflexion est intéressante !

Le poids des messages médiatiques

Les messages médiatiques pourraient laisser une marque dans notre esprit, même si nous ne nous en rendons pas compte.

En lisant ces articles, nous sommes révoltées, nous ne partageons pas ces idées sur le corps des femmes… mais il est possible que nous intériorisions quand même quelque chose.

En conséquence, notre rapport à notre propre corps peut en pâtir.

Les commentaires sur le physique des célébrités (et des autres, d’ailleurs) ne seraient pas anodins : les mots ont un sens et les messages passent clairement…

La première étape pour tous et toutes serait peut-être de prendre conscience de nos propres attitudes, pour ensuite travailler à modifier nos jugements, nos comportements, nos paroles.

Si vous souhaitez mesurer et prendre conscience de vos propres attitudes implicites à l’égard du poids, vous pouvez répondre au test disponible ici (en anglais) !

À lire aussi : Amy Schumer pose en maillot de bain contre les trolls

Commentaires

MlleGondole

@Hanjee même chose pour moi, et j'étais consciente d'être clairement plus lente pour toutes les associations après le changement, donc je ne suis pas convaincue à cent pour cent... Quelqu'un a passé le test et l'a eu dans l'autre sens ? (Thin-bad/Fat-good d'abord)
C'est dans ce sens là que je l'ai eu ;)
 

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