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Corps assis, avec des fleurs entre les jambes et un uterus dessiné sur le ventre
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À 37 ans, je me suis fait retirer l’utérus et c’était la meilleure des décisions

07 déc 2022
À 37 ans, cette lectrice s’est fait retirer l’utérus par hystérectomie. Elle raconte pourquoi et comment elle a accédé à cette opération rare, souvent refusé par les médecins quand elle est sollicitée par une femme jeune et nullipare.

J’ai eu mes premières règles à 11 ans et j’ai immédiatement eu le sentiment que mon corps me trahissait. En une nuit, je suis passée de « J’ai trop hâte de les avoir, je vais être une grande » à « J’ai si mal, et ça va être chaque mois pendant des années, quelle horreur »

Malheureusement pour moi, j’ai dès le début eu des règles très douloureuses, très abondantes, le genre où tu pleures dans ta douche pendant que ça coule. Et ça a pendant 26 ans. Avoir mal chaque mois, être épuisée et devoir serrer les dents à l’école ou au travail… Les contraceptions que j’ai essayées n’y ont pas changé grand-chose, et seule la prise de médicaments antidouleurs me permettait d’être fonctionnelle. À cela se sont ajoutées de violentes contractions à des moments aléatoires de mon cycle, et de l’inconfort pendant certains rapports sexuels.

Il faut savoir que ma mère a souffert de la même chose et qu’on ne lui a retiré son utérus qu’à la cinquantaine, quand elle s’est mise à avoir des règles hémorragiques qui nécessitaient de lui injecter du fer régulièrement pour anémie carabinée.

Je me suis résignée à ce sort, maudissant ma féminité au passage, jusqu’au jour où, il y a quelques mois, j’ai vu passer le tweet d’une jeune féministe qui parle de son hystérectomie. À cet instant, je réalise qu’un chirurgien a accepté ce qui me semble impossible : retirer son utérus à une personne jeune et sans enfant — alors que juste se faire ligaturer les trompes, c’est déjà un parcours du combattant dans notre pays. 

Pourquoi j’ai choisi l’hystérectomie

J’ai longtemps songé à me faire ligaturer les trompes, mais faisant assez rarement l’amour avec des personnes ayant un pénis, le risque que je tombe enceinte reste faible et je ne me suis donc jamais lancée dans la procédure. Par contre, faire d’une pierre deux coups et retirer mon utérus, ce serait merveilleux. Je n’avais même jamais envisagé que c’était faisable. 

Je contacte la personne en message privé pour en savoir plus, et je me lance dans ma quête : trouver un chirurgien qui acceptera ma demande. Je suis euphorique à l’idée que peut-être, je pourrais profiter des années à venir sans avoir mes règles pour me pourrir la vie. 

Parce que j’ai moins de 40 ans et que je n’ai pas d’enfant, la tâche s’annonce ardue. Mais je sais maintenant que c’est possible et j’écume les listes de chirurgiens sur internet (vous savez, celles qu’on se passe sous le manteau pour se faire stériliser sans être infantilisées ou considérées comme des incubateurs sur pattes qui osent se rebeller). Je ne trouve rien dans ma (pourtant grande) ville, mais à une heure d’ici, un nom apparaît. Je prends rendez-vous et je prépare mon plaidoyer. 

Des systèmes reproductifs illustrés : ovaires, trompes de fallope, utérus et vagin

On me diagnostique de l’adénomyose, une forme d’endométriose

Le jour du rendez-vous, je suis agréablement surprise : le chirurgien est à l’écoute et respectueux. Il m’explique qu’il n’enlève l’utérus que si une raison médicale le justifie (il stérilise qui veut, et ça, c’est déjà un miracle), mais que vu ce que je lui raconte de mes douleurs, il est possible que je remplisse ce critère.

Il me prescrit une série d’examens pour dépister une endométriose (résignée à mon sort, je n’avais jamais fait la démarche avant), me propose des alternatives s’il s’avère que je n’ai rien de visible et signe le courrier qui actionne le délai de réflexion (quatre mois).

Je passe les examens et le diagnostic tombe : signes visibles d’adénomyose (une variante de l’endométriose qui se cantonne à l’utérus). Je suis soulagée : ça veut dire que je suis éligible pour me faire opérer, mais surtout que je n’ai pas affabulé toutes ces années et que j’ai réellement l’utérus malade. Car il est si courant, en tant que femme, de voir ses symptômes minimisés. 

Au rendez-vous suivant avec le chirurgien, devant les preuves et ma détermination, nous tombons d’accord pour me retirer l’utérus et les trompes, mais me laisser mes ovaires pour m’éviter une ménopause précoce. Un mois d’arrêt de travail est prévu pour se remettre, donc nous choisissons une date qui m’arrange. Ensuite, c’est parti ! Je compte les cycles avant ma libération. Il m’explique que ça tout se fera en ambulatoire (entrée à l’hôpital le matin et sortie le soir) et qu’il va opérer par cœlioscopie : on me fera des petits trous dans le ventre et une cicatrice là où était mon col de l’utérus. 

L’opération pour me retirer l’utérus

Le jour prévu à l’hôpital, on m’accueille, me donne une tenue et on me fait une prise de sang de dernière minute. J’attends patiemment le temps de descendre au bloc.

Quand on vient me chercher et me descend en salle de réveil, on me pose la perfusion, le chirurgien passe me dire bonjour et me demander une dernière fois si je suis toujours partante, puis je vais à pied dans la salle d’opération où je découvre un peu horrifiée le lieu où l’on va m’opérer. On y est, et ça ressemble quand même beaucoup à une salle de torture. Ensuite, tout va très vite, on m’installe et on m’endort. 

Je me réveille plusieurs heures plus tard, on m’explique que tout s’est très bien passé et je remonte en chambre. Là c’est très bof. Je n’ai pas mal mais me sens très faible et pas du tout en état de sortir le soir même. Je tourne de l’œil au moindre effort. Aller aux toilettes est une torture, car la sonde urinaire a irrité mon urètre et j’ai clairement la sensation qu’on a trifouillé dans mes boyaux. À ça, s’ajoutent mes 4 nouvelles boutonnières sur le ventre, dont celle du nombril qui saigne…

On me garde en observation pour la nuit et je dors par à-coups, en buvant régulièrement et le lendemain je me sens déjà beaucoup mieux, j’ai la force de manger mon petit déjeuner, de m’habiller et de rentrer chez moi. 

Les jours qui ont suivi mon hystérectomie

Dans les jours qui suivent, je dors beaucoup et me sens très bizarre, heureusement que je ne suis pas seule. Clairement, le choc de l’opération a épuisé mon corps.

Je ne me lève que pour manger et aller aux toilettes, j’ai le ventre très gonflé. Niveau douleurs par contre, c’est très supportable à ma grande surprise, rien à voir avec les douleurs handicapantes qui me gâchaient la vie. Je saigne deux ou trois jours comme des règles légères que je sens à peine. Je prends un Doliprane matin et soir. 

Chaque jour se passe mieux et je reste un peu plus assise et éveillée. Une infirmière passe pendant dix jours pour me faire une piqûre pour éviter les phlébites. Elle vérifie à chaque fois que tout va bien et que mes coutures du ventre sont propres. 

Une semaine plus tard, je me fatigue encore vite et j’ai les cicatrices sensibles mais je ne souffre pas et mon ventre a dégonflé. Par contre, je fais tout très lentement car je sens bien que mon arrangement intérieur a changé et c’est très bizarre. J’ai même les abdos douloureux quand je bouge. Je réalise que ça y est, je n’aurai plus JAMAIS mes règles ni mal au ventre. 

Dans les deux semaines qui suivent, je passe plusieurs jours difficiles. J’ai recommencé à saigner, j’ai mal comme de légères règles (ça tire) et je suis épuisée au moindre effort. Je déprime de me sentir si faible, mais deux jours après la fin des piqures d’anticoagulant, j’arrête de saigner et ma forme revient. Je me sens à nouveau moi-même, toujours fatiguée, mais plus malade. Mes boutonnières du ventre se referment complètement, ne reste plus qu’une ligne blanche ou marron un peu dure. 

Je n’ai plus d’utérus, et plus de douleur

Un mois plus tard, lors de la visite post-opération, mon chirurgien est content et mes cicatrices sont belles. Il m’explique qu’il faudra un an avant de voir leur aspect définitif.

Il m’autorise la reprise du sport, des rapports sexuels et des bains. Seul bémol : je me sens irritée et il confirme que j’ai un dérèglement de la flore vaginale, très courant après l’opération vu qu’on m’a passé le vagin à la bétadine. On me donne un traitement par ovules pour régler ça.

Pour la première fois, j’ai mon syndrome prémenstruel, mais pas mes règles, et cela me fait très bizarre. Dans le bon sens ! Je suis contente de ne plus jamais avoir mes règles, j’ai envie de le dire à tout le monde. Les deux premières semaines de travail sont crevantes, je reprends le rythme au fur et à mesure.

Le plus gros changement reste la douleur : elle n’est plus là, et ma vie est bien plus facile au quotidien. Plus de crampes sorties de nulle part, de poignards dans le ventre et de journées gâchées. Je peux m’envoyer en l’air sans avoir peur de tomber enceinte, et je n’aurai plus jamais à paniquer si la capote craque !

À cela s’ajoute un petit plaisir personnel : je peux désormais répondre « Je suis stérile, je ne peux pas avoir d’enfant » d’un air très sérieux quand on me demande pourquoi je n’ai pas d’enfant et/ou. ne souhaite pas en avoir. Ensuite, je peux regarder la personne impolie se liquéfier de malaise (arrêtez les gens, je vous en supplie, notre choix d’être childfree ne devrait pas être un sujet de conversation).

Tout ce long pavé pour dire : j’ai fait retirer mon utérus, et c’est un des plus beaux cadeaux que je me suis fait. Je me suis libérée.

À lire aussi : À 28 ans, sans enfant, childfree, j’ai réussi à me faire ligaturer les trompes. Voici comment !

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