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Un médecin a la pire des réactions face à une patiente venue pour une ligature des trompes

Ophélie, créatrice du fameux compte Instagram @Gardetesconseils, s’est vue refuser une opération pour ligaturer ses trompes par un gynécologue méprisant.

C’est une histoire banale, malheureusement. Énervante, rageante, mais tristement banale. De celles que l’on entend souvent, et qui nous rappelle que le corps des femmes ne leur appartient toujours pas, que leurs choix et leurs droits continuent d’être bafoués, et qu’il nous reste encore du boulot pour que la société évolue.

Cette histoire, c’est celle d’Ophélie, créatrice des comptes Instagram @Gardetesconseils et @minicoquillette.

Un gynécologue lui refuse son opération de stérilisation

Ophélie est mère de deux enfants. Sur ses comptes Instagram, elle partage son quotidien, ses coups de gueules, ses émotions. Elle parle des difficultés et des petites joies de la parentalité, de ses post-partum, de ses coups durs, elle s’interroge, apprend, découvre et partage.

Ophélie ne veut plus d’enfants. Elle a des raisons qui lui sont propres, et qu’elle ne devrait même pas avoir à justifier. Et pourtant, quand elle a pris la décision de se faire stériliser en ayant une opération permettant la ligature de ses trompes, elle s’est pris un sacré uppercut.

Comme elle nous l’explique par téléphone, son premier rendez-vous avec une précédente gynécologue s’était bien passé. Elle a été informée des risques de l’opération, d’autres méthodes de contraception possibles et a pu avoir les quatre mois de délais de réflexion obligatoire pour bien réfléchir à sa décision.

« J’ai pu aller au rendez-vous avec cette gynécologue avec mon conjoint et mon bébé, qui avait, à l’époque, deux mois. La discussion a été bienveillante, j’ai pu poser toutes mes questions, elle a répondu à mes interrogations. Elle n’a pas du tout essayé de me dissuader, mais m’a seulement demandé d’attendre que mon enfant ait un an avant de pratiquer l’opération, ce qui ne m’a pas dérangée. »

À l’issue des délais imposés, elle apprend que celle qui la suivait est en arrêt maladie longue durée. Voulant prendre les devants, puisqu’ayant rempli tous les formulaires et étant toujours aussi sûre de son choix, elle se tourne vers un autre gynécologue qui lui a été recommandé, pour aller au bout du processus de stérilisation. Et là, c’est la douche froide.

Capture d’écran 2022-05-17 à 17.13.21
Légende du post Instagram d’Ophélie

Le mépris du gynécologue face à sa patiente

Comme Ophélie l’explique dans le post Instagram ci-dessus, le gynécologue qu’elle a pu rencontrer a été condescendant, infantilisant et intimidant. La phrase qu’il lui aurait dite, à savoir : « Si votre conjoint et vos deux enfants meurent dans un accident de voiture, vous allez refaire votre vie et vouloir d’autres enfants » est d’une violence sans nom, et ce gynécologue mériterait d’être signalé à l’Ordre des Médecins. Ce n’est pas digne de praticiens de la médecine et un tel manque de bienveillance ne devrait pas rester impuni.

Que l’on soit bien claires : oui, un médecin a le droit de refuser une ligature des trompes à visée contraceptive. C’est même indiqué dans le Code de la santé publique, article L2123-1 précisément. Dans cet article, consultable sur legifrance, on peut y lire que :

« Un médecin n’est jamais tenu de pratiquer cet acte à visée contraceptive, mais il doit informer l’intéressée de son refus dès la première consultation. »

Code de la santé publique
Capture d’écran 2022-05-17 à 11.27.12

Mais à aucun moment, il n’est indiqué que ce refus peut être justifié par des propos misogynes, sexistes, infantilisants et paternalistes. À aucun moment, il n’est précisé que le praticien, qui a pourtant prêté serment, pourra nuire à sa patiente et la mépriser au point de la faire pleurer de rage et de colère.

Le corps des femmes, ce sujet intarissable

Nous vous l’avions dit en début d’article : cette histoire est tristement banale. Ophélie n’est pas une exception, elle n’est pas tombée par malchance sur un vieux réac rétrograde dont les propos auraient plus eu leur place dans les années 50. Malheureusement, Ophélie a vécu ce que toutes les femmes vivent au quotidien : on a voulu avoir le contrôle sur son corps.

Que l’on soit mère ou pas, qu’on veuille des enfants ou non, qu’on fasse le choix d’allaiter ou de ne pas le faire, d’avorter, qu’on prenne du poids, qu’on en perde, qu’on use d’une contraception, qu’on montre nos corps ou qu’on les cache : notre société, qui est patriarcale, veut disposer de nous et avoir un avis sur notre chair.

Dans le cas d’Ophélie, l’exemple tient juste dans une toute petite phrase : « demandez à votre mari de se faire une vasectomie ». Cette phrase, balancée par le gynécologue, prouve bien que sa volonté de pratiquer, ou non, une stérilisation dépend du genre de son ou sa patiente.

Si on suit son raisonnement nauséabond, pas de soucis pour qu’un homme perde ses enfants dans un accident de voiture et qu’il ne puisse pas en refaire ensuite, mais alors par contre, si c’est une femme… Une preuve supplémentaire que c’est le choix qu’Ophélie fait pour son corps qui gêne ce praticien, et pas l’acte en lui-même.

La société continue, en 2022, à avoir une opinion sur nos choix, nos corps, et sur la façon dont nous menons nos vies. Comme le dit très justement Ophélie dans ses story Instagram, à la suite de son rendez-vous avec le gynécologue abject :

« On nous fait porter la charge de la contraception depuis notre plus tendre jeunesse […]. On ne prend pas en considération les souffrances féminines : allez discuter avec une femme qui souffre d’endométriose ou de vaginisme !

On décide pour nous qu’il faut avoir des enfants. De leur nombre. De la tranche d’âge où il faut qu’on le fasse. De celle où il faut qu’on arrête de le faire. Et en plus de tout ça, quand on fait face à un vieux gynécologue sexiste qui abuse de son pouvoir pour nous mettre sous terre en nous faisant imaginer le cercueil de nos propres enfants, on doit fermer nos gueules ? C’est non ! »

Chère société, chers médecins, merci d’arrêter de croire que vous pouvez continuer d’avoir une opinion et un pouvoir de décision sur la façon dont nous régissons nos vies. Nous représentons la moitié de la population mondiale, il va bien falloir vous mettre dans le crâne que vous n’avez AUCUN droit sur nos corps et nos choix. Merci, bisous.

Crédit photo image de une : cyano66

À lire aussi : À 28 ans, sans enfant, childfree, j’ai réussi à me faire ligaturer les trompes. Voici comment !

Les Commentaires
34

Avatar de Ifri
23 mai 2022 à 17h41
Ifri
@Chat-au-Chocolat Le principe reste le même, s’il y a procès contre le-la médecin, c’est que le patient se prévaut d’un dommage (qu'il soit corporel, matériel, moral...etc) qu'il doit prouver et reproche au/à la médecin un manquement à son obligation d’information(ce qui constitue une faute). Le-la médecin a une obligation d’information et il ne suffit pas de faire remplir ou de transmettre à un patient un document écrit pour prouver que cette obligation a bien été remplie et que le patient a donné son consentement libre et éclairé aux soins. Encore une fois, un-e médecin pourrait se décharger de sa responsabilité très facilement alors que c'est quand même le coeur de son métier, délivrer une information claire, précise et adaptée aux patients. C'est la base pour établir une bonne relation de soins.
Pour répondre à ta question, tu pourrais attaquer ton-ta médecin en disant qu'il-elle ne t'a pas délivré une information complète. Par exemple, tu croyais que c'était une opération réversible et en fait, non. Ou qu'il-elle n'a pas tenu compte de ton état de santé mental au moment de délivrer l'information.
Contenu caché du spoiler.

Par contre, un écrit peut constituer un début de preuve, d’autant plus si le document contient des détails sur les informations qui ont été données au patient. Il y a d’autres moyens de démontrer que cette obligation a bien été remplie, le dossier médical, le délai de réflexion qui a été donné, le nombre de rendez-vous pris…etc. L’information doit être adaptée à chaque patient, ce qui peut paraître clair pour quelqu’un, l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Mais, encore une fois, il s'agit d'une information médicale et pas de jugements ou de discours qui relèvent de l'appréciation personnelle du médecin, de ses croyances, de ses biais. Après, je suis d'accord avec toi, l'argument du "je peux pas faire ça, si vous regrettez, vous allez me coller un procès" est un peu trop facile, s'il-elle a bien fait son taff, qu'il-elle a gardé le dossier médical, qu'il-elle a fait signer un écrit, qu'il y a eu un délai de réflexion et tout le toutim, il-elle est quand même protégé-e. Mais je vais pas mentir, y a des tribunaux qui pourraient considérer que c'est irresponsable de ligaturer des trompes à une personne jeune, ça relève de l'appréciation des juges...qui ont des biais et des valeurs qui peuvent être conservatrices.
Il y a une dimension plus mercantile dans la chirurgie esthétique et le droit qui s'y applique n'est pas tout à fait le même. Il me semble que l'obligation d'information est encore plus renforcée mais que là, pour le coup, tu signes un écrit. Une intervention qui relève de la gynécologie n'est pas considérée comme une intervention de chirurgie esthétique donc le régime applicable n'est pas le même. Est-ce que c'est justifié ? On pourrait dire que non, on pourrait dire que oui.
Après, l’état du droit est aussi lié à la conception qu’on a du corps humain en France. C’est un domaine qui est très protégé (voire sacré) et on a du mal à se dire qu’on puisse disposer des parties de son corps humain comme d’une "marchandise" ce qui permettrait, notamment, de conclure des contrats plus facilement comme aux Etats-Unis par exemple. Typiquement, c'est le cas de la GPA. On pourrait dire que c'est une conception paternaliste, infantilisante, qui pénalise encore plus les femmes...et c'est peut-être vrai, j'ai pas d'avis tranché sur la question.
EDIT : et si je suis complètement honnête, franchement, le cas d'un patient qui revient après plusieurs années pour dire qu'il a regretté une intervention, qu'il était pas conscient des conséquences et qui attaque son médecin...c'est quand même TRÈS hypothétique. Déjà, parce-que ça coûte cher d'attaquer, ensuite parce-que la procédure risque de durer LONGTEMPS, aussi parce-qu'il faut démontrer un dommage, le fait de regretter, ça suffit pas en soi.​
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