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Sexo

J’ai découvert mon vaginisme en même temps que la sexualité

On parle souvent de premières fois, parfois de vaginisme, rarement des deux. Max a décidé d’en parler : masturbation, rapports sexuels, voilà à quoi ressemble sa découverte de la sexualité, en souffrant de vaginisme.

J’ai découvert la sexualité de manière relativement tardive dans ma vie : au début de mes années de fac, par la masturbation. 

Jusque là, je pensais que la pénétration était obligatoire pour prendre du plaisir quand on avait une vulve et un vagin. Ayant été élevée dans une famille qui met l’emphase sur la « virginité » des femmes, on ne m’avait jamais informée du contraire.

Et puis, à l’époque où il n’était même pas encore dans les manuels scolaires, j’ai appris l’existence du clitoris (grâce à l’Émifion de Sophie-Marie Larrouy et Navie !). 

Ma découverte de la masturbation et le vaginisme

Cette découverte a été une révélation : j’avais l’impression d’avoir découvert le Saint-Graal sexuel, un secret à partager partout ! 

Je vous rassure, je ne l’ai pas crié à qui veut l’entendre et les oreilles de mon voisinage ont été épargnées. Mais c’est comme ça que j’ai compris cette kiffance dont parlaient les autres, quand ils évoquaient la masturbation. Ce n’était pas non plus une extase de dingue, mais c’était sympa et relaxant. 

« Ce n’était pas une absence d’entrée, mais plutôt une porte qui semblait fermée. »

Après quelques fois d’expérimentations côté clitoris, j’ai eu envie d’en savoir plus.

Je n’avais jamais vu un autre corps que le mien, et je ne savais pas vraiment ce qui se passait « en bas ». Je me suis donc aventurée dans des caresses de plus en plus basses et… rien. 

Ce n’était pas une absence d’entrée, mais plutôt une porte qui semblait fermée. Un endroit un peu douloureux, sensible sur toute la zone, et j’ai préféré remettre mes explorations à plus tard. J’ai songé sur l’instant que c’était un problème de lubrification, et je me suis juste dit que c’était parce que je n’étais pas assez excitée.

Une première expérience douloureuse

Le temps passe, et je rêve d’ailleurs. Je prends mon sac à dos pour continuer mes études à l’étranger et je m’y sens merveilleusement bien, et libre. 

Pour la première fois de ma vie, je me sens sociable aussi. Mes barrières tombent, et je veux tout tester. C’est dans cette période qu’a eu lieu ma première expérience à deux, qui s’est, pour tout vous dire, très mal passée. 

L’homme avec qui je l’ai vécue était désagréable et se moquait de mon ressenti. Sur le plan sexuel, il a immédiatement voulu aller vers la pénétration et le résultat a été très douloureux pour moi : c’est comme s’il se prenait un mur, sauf que le mur n’était pas fait de briques mais de nerfs qui m’ont donné la sensation qu’on me plantait un poignard dans le ventre.

J’ai tout stoppé immédiatement, alors qu’il continuait à insister comme un forceur (ou un autre mot en -eur que vous avez sûrement en tête). 

Sans pouvoir poser de mot sur mon vaginisme, je suis rentrée en me disant que j’avais peut-être un problème. Surtout, cette première expérience a amplifié des peurs que j’avais déjà, et les a concrétisées. J’ai eu peur que le désintérêt de cet homme pour mes sensations et mon consentement se reproduise avec d’autres, et cette sensation a hanté mes expériences suivantes. 

La peur d’être « anormale »

C’était il n’y a pas si longtemps que ça, mais le vaginisme était un sujet extrêmement rare à l’époque. Aujourd’hui encore, quand on en entend parler, ce sont des personnes qui ont déjà une vie sexuelle active depuis un moment qui s’expriment.

Moi, ne sachant pas si ce qui m’était arrivé était « normal » pour une première tentative de pénétration ou si j’avais un problème physiologique ou psychologique, je suis restée dans le doute. 

« Ce dont j’étais sûre, c’est que mes rapports sexuels ne pourraient pas passer par la pénétration, et je croyais que personne ne voudrait jamais de moi à cause de ça. »

J’étais aussi assez mal dans ma peau. Je ne supportais pas mon corps, et m’en dissociais beaucoup. Et puis, cette première expérience avec un homme m’avait beaucoup marquée, sur plusieurs points. 

Moi qui avait déjà du mal avec les contacts physiques, je me suis mise à refuser encore plus que l’on ne me touche. Plus le temps passait, plus je me pensais anormale : au fond de moi, une petite voix commençait à entrevoir la possibilité du vaginisme, mais je refusais d’accepter cette réalité.

Ce dont j’étais sûre, c’était que mes rapports sexuels ne pourraient pas passer par la pénétration, et je croyais que personne ne voudrait jamais avoir de relation avec moi à cause de ça.

Vers la construction du « monde d’après »

J’ai une très brève histoire avec une fille, durant laquelle je refuse qu’elle me touche. Un peu plus tard, je rencontre un homme avec qui je m’entends bien, mais l’histoire ne va pas plus loin. 

Je décide d’abandonner ces considérations sur ma vie romantique et sexuelle, et de repousser tout ça à plus tard : d’abord, il me faut trouver un travail (en pleine pandémie car nous, jeunes générations aimons les défis impossibles).

De toute façon, je réalise que je ne suis pas vraiment prête. J’ai peur d’être touchée à des endroits sans mon accord, peur que ça coince quelque part et pose problème, peur que tout aille beaucoup trop vite pour mon inexpérience… Face à mes proches, je me sens honteuse de n’avoir jamais rien à raconter de ce côté là.

Je n’ai pas encore conscience que je souffre de vaginisme. Quand je me masturbe, je découvre que les parois de mon vagins sont trop serrées pour accueillir plus qu’un doigt. J’ai des doutes sur la marche à suivre, je fais des recherches mais prends peur à l’idée de potentiels examens. 

À l’idée que quelqu’un touche mon corps, je suis à la limite de la crise d’angoisse : j’ai besoin d’être en plein contrôle, de me le réapproprier.

Cotton Bro / Pexels
Cotton Bro / Pexels

« Entre amitié et flirt, notre relation balance »

Et puis, pendant un week-end loin de chez moi, je vois mes rapports avec un ami, que nous appellerons Z., évoluer.

Entre amitié et flirt, notre relation balance. Sauf que je sais que Z. est déjà très sérieusement impliqué dans une autre relation : il m’a parlé de sa femme, a évoqué ses enfants en bas âge. 

Il n’a pas l’air d’être infidèle, et je me dis que je me fais des idées. Cette certitude me rassure, car s’il n’a pas d’arrière-pensée lors de nos contacts physiques, je sais qu’il ne cherchera pas à défier mes limites. 

Quand on se met à échanger par messages, il m’apprend qu’il est en relation libre et tout est remis en question dans mon esprit.

Le feeling entre nous est très fort. Je suis plutôt de la team couple libre, et ce schéma ne me dérange pas du tout. On échange, beaucoup. On parle de son accord et de son organisation avec sa femme, de ce qu’on a envie de vivre ensemble, de sexe… Moi qui n’avais pas envoyé de sextos depuis le lycée, je me retrouve à en échanger très régulièrement avec lui. On se chauffe énormément, on s’imagine des scénarios et on en profite pour savoir ce qui pourrait se transformer en concret ou non. 

Je n’ai pas abordé le sujet du vaginisme. Je détournais vaguement la conversation quand on parlait pénétration, même si au final cela s’est très peu produit. Nos jeux écrits n’allaient pas vraiment de ce côté-ci.

Jusqu’à ce qu’on décide de se revoir.

Mes retrouvailles avec Z.

Je sais qu’entre les paroles et les actes, il peut y avoir un écart conséquent. Mais Z. avait une attitude très active dans la recherche du consentement, et il tentait de s’en assurer en permanence. En tout cas, c’est ce qu’il affirmait et cela me rassurait un peu, alors que j’angoissais à l’idée d’aller passer un week-end chez lui.

Entre temps, j’avais fini par accepter que je souffrais de vaginisme : pour pallier à mon inexpérience sexuelle avant de le voir, j’avais fait de longues recherches sur des sujets variés qui m’avaient toutes amenée à cette conclusion. Je ne lui en avais cependant pas parlé.

Nous nous retrouvons alors que le reste de sa famille est absente et nous nous rendons chez lui. Tout est nouveau pour moi : notre relation, le lieu, je ne sais pas ce qu’il va se passer. Lui semble quand même un peu plus à l’aise, ou en tout cas, plus entreprenant.

« Plus il respecte mon consentement, plus j’ai envie de lui donner »

Des contacts physiques rassurants

Sur le chemin, nos mains se frôlent, on se rapproche. Devant son immeuble, on se tient la main. Dans l’ascenseur, il réduit drastiquement la distance entre nous d’un baiser le long de mon cou. L’effet qu’il me fait est énorme, un frisson me traverse au moindre touché. Bien évidemment, il le voit.

Même s’il m’a rassurée (ses envies sont claires, mais il ne me met pas la pression), j’ai peur que mon corps refuse qu’il me touche et de « gâcher » le week-end. Je respire comme je peux et fais mine de rien, comme si nous n’étions qu’amis. Ça me donne l’impression de contrôler un minimum la situation.

J’essaie de me concentrer sur son chat pour ne pas perdre mes moyens, mais il ne me laisse pas faire. Il m’enlace tendrement, et je me laisse aller dans ses bras. Ce moment câlin ne dure pas, puisqu’il me prend la main et me fait visiter son appartement, jusqu’à ce qu’on se retrouve sur le balcon. Ça peut paraître anodin, mais ça ne l’est pas pour nous : on a énormément parlé de ce balcon.

Déjà parce que la vue depuis celui-ci est très belle, mais aussi parce qu’il m’a parlé de plusieurs fantasmes qu’il aimerait réaliser dessus.

La fraîcheur me donne une excuse pour me rapprocher de lui. Je l’écoute me décrire la vue depuis notre poste de garde. Je suis blottie contre lui, et sa main a lâché la mienne pour se caler dans le creux de mes reins. Ah, non, celle-ci descend le long de mon jean avant de se caler dans la poche arrière, assez lentement pour me laisser le temps de le repousser. Ce que je ne fais pas.

Son explication se termine, et il cite une liste d’actions à suivre qui me rassure et me convient.

« Tu vas te poser confortablement et on va manger. Mais avant tout ça : je vais t’embrasser si t’es d’accord. ».

À chaque étape, l’assurance du consentement de l’autre

Il entoure ma mâchoire de ses mains et attend que je réponde. Je suis intimidée par le fait qu’il soit si direct, et soulagée qu’il s’assure que c’est consenti. J’acquiesce et il m’embrasse.

Ce n’était pas le meilleur baiser qu’on ait échangé, mais j’ai eu l’impression qu’une des étapes les plus compliquées était passée avec succès.

Son regard sur moi, il tente des avances. Mais j’ai besoin de réfléchir (sans compter que j’ai faim), et j’impose la règle de rester tranquille pendant le repas, ce qu’il respecte.

Plus il respecte mon consentement, plus j’ai envie de lui donner. Dès le repas terminé, on se met à s’embrasser, à se câliner, tout en douceur, avec des instants de forte passion. Le fait qu’on reste de longs moments l’un contre l’autre me détend.

Je n’ai pas l’impression d’être là uniquement pour le faire kiffer sexuellement, mais de partager quelque chose avec lui, et c’est une sensation agréable.

« L’idée que je m’étais faite de la sexualité que j’allais être obligée d’avoir, pour coller à la norme, partait en fumée »

Une première fois comme les autres, avec ou sans vaginisme ?

L’écran de la télévision devient bien moins intéressant, et je commence à être à l’aise. J’aime ses caresses, les frissons qu’il déclenche. On se déshabille, on colle nos peaux le plus possible.

Mais plus on joue avec ce désir, plus on arrive sur des terrains qui me sont inconnus, et où je suis très peu à l’aise. Pour la toute première fois de ma vie, j’ai envie d’ôter mon t-shirt devant quelqu’un. Quand il s’approche de mes sous-vêtements comme pour les retirer, il sent ma nervosité et éloigne sa main en ralentissant le rythme.

Ma peur qu’il ne m’écoute plus disparait petit à petit. Moi qui étais si peu en accord avec mon corps, je ne me lasse pas de le sentir me toucher, et je me plais à lui rendre la pareille.

Lorsque je sens que c’est le bon moment pour moi, je continue à me déshabiller. Chaque étape apporte de nouvelles découvertes et tout le long, il me rassure et alimente ma confiance en lui.

Il savait mes craintes et il m’a même explicitement laissé le contrôle à certains moments. Il me poussait à oser, à communiquer mes envies. Quant à lui, il m’indiquait physiquement ou verbalement ce qu’il était sur le point de faire, toujours en me laissant le temps de refuser ou de le repousser.

J’insiste peut-être un peu trop fort là-dessus alors que c’est une attitude normale, mais pour moi, c’était nouveau. À chaque refus, j’avais peur qu’il ne m’écoute finalement plus, mais il le faisait respectueusement à chaque fois. 

L’idée que je m’étais faite de la sexualité que j’allais être obligée d’avoir pour coller à ce que je pensais être la norme, partait en fumée. J’intégrais que j’avais parfaitement le droit de prendre mon temps, que ça pouvait être kiffant pour nous deux.

Pour moi, ça représentait beaucoup. Je comprenais pourquoi les autres aimaient explorer leur sexualité, avoir des rapports sexuels : j’étais autorisée moi aussi à ressentir du plaisir, à me laisser aller, à désirer et à être désirée. Comme quelqu’un de normal, ce dont j’avais fini par douter.

Et le vaginisme dans tout ça, ça donne quoi ?

On a couché ensemble deux fois, en se guidant quand c’était nécessaire, sans que le sujet de la pénétration ne rentre en compte. Ça cassait totalement mes peurs profondes que personne ne souhaiterait avoir de relations sexuelles avec moi si la pénétration n’était pas une option.

Finalement, c’est moi qui ai abordé le sujet. Je lui ai demandé s’il savait ce que c’était le vaginisme. Cet échange me stressait, j’osais à peine parler. Je craignais sa réaction car j’anticipais pas mal en imaginant le pire.

Je ne sais plus exactement ce qu’il m’a répondu, mais il m’en a donné une définition correcte, et j’ai répondu

« Bah du coup j’ai ça … »

Avec le recul, je trouve ça dingue de m’être sentie aussi honteuse. Heureusement, il m’a simplement répondu qu’il avait compris puisque j’abordais subitement le sujet.

C’est tout. La discussion était close.

Je ne savais pas comment réagir. Ce qui était une pression énorme pour moi depuis plusieurs années était une conversation banale avec lui. Ça n’avait pas l’air de lui poser problème, ce qui me perturbait tellement que j’en venais presque à penser qu’il mentait. Spoiler : il ne mentait pas, et il s’en fiche vraiment que la pénétration ne soit pas possible avec moi.

Aujourd’hui, je suis à l’aise avec ma sexualité

Pendant ce week-end, j’ai totalement profité de l’espace safe qu’il a participé à créer. Et moi qui stressais qu’il ne m’écoute pas, j’ai hâte de le revoir pour pouvoir me replonger avec une totale confiance dans ses bras ! Je sais que mes ressentis seront respectés, et qu’il ne pensera pas qu’à lui. 

Dans tous les cas, je me sens bien plus à l’aise avec ma sexualité aujourd’hui et j’ai beaucoup moins peur. Au pire, je sais déjà avoir Z. qui saura me rassurer, me mettre à l’aise, et surtout qui saura me faire kiffer !

C’est bien plus apaisant que de croire qu’on est anormale, et qu’on n’a pas le droit d’avoir une vie sexuelle qui débute correctement.

À toutes les personnes qui liraient ce témoignage et se sentiraient dans le même cas que moi, je vous souhaite de prendre confiance en vous, et surtout que vous vous donniez le droit d’avoir un Z. ! Le respect n’est pas si rare qu’on peut finir par le penser.

À lire aussi : Vestibulodynie et dyspareunie : quand le sexe est (très) douloureux

Crédit photo : Cliff Booth / Pexels

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Les Commentaires
4

Avatar de Neverland90
4 novembre 2021 à 20h00
Neverland90
Contenu spoiler caché.
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