Le jour où mon ex a essayé de me tuer

Les violences conjugales existent aussi au sein des jeunes couples. En témoigne la terrible histoire de Chloé, agressée à 23 ans par son ex.

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Les prénoms ont été modifiés

Le 26 décembre 2015, Chloé a été violemment agressée et menacée de mort par son ex, Bastien.

Son amie de longue date, Laura, l’a convaincue de raconter son histoire, afin de montrer que les violences physiques au sein du couple existent aussi chez les jeunes de moins de 25 ans.

Chloé m’a appelée au téléphone et confié ce qui lui est arrivé. J’ai eu l’impression qu’elle me narrait un véritable cauchemar, mais tout cela est bien réel…

Avant la violence conjugale, un couple « comme les autres »

Son histoire avec Bastien commence comme celle de nombreux couples.

« Je l’ai rencontré en boîte, dans une soirée dansante. C’est un garçon excentrique et très sociable, qui fait beaucoup rire les gens.

Il est très drôle et semble n’avoir peur de rien. C’est ça que j’apprécie chez lui, parce que je suis dans un milieu où les gens ont ce genre de caractère-là, j’ai l’habitude. »

Ce caractère un peu fou, Chloé en découvre assez vite la face sombre :

« Il était impulsif, pouvait exagérer facilement. Il adoptait parfois des comportements disproportionnés et se mettait en colère alors que ce n’est pas nécessaire. »

Un couple passionnel… et la violence qui arrive

Chloé se lance dans une relation intense avec Bastien. Ils sortent ensemble très vite et tombent tous les deux amoureux.

« Les premiers mois étaient super. On vivait pratiquement ensemble, chez moi. On a passé un mois de vacances chez sa famille, c’était génial.

Mais, par la suite, il commence à me faire culpabiliser, il se montre de plus en plus jaloux et possessif… »

Un petit ami manipulateur, agressif et jaloux

Elle raconte une anecdote, en guise d’exemple :

« Quelques mois avant que je ne le quitte, je suis sortie. Bastien ne m’avait pas accompagnée. Il était très en colère que j’y sois allée sans lui, je l’ai senti dans les messages qu’il m’envoyait.

Alors j’ai écourté ma soirée. Quand je suis rentrée chez moi, nous nous sommes disputés et… il s’est cassé un verre sur la tête, de rage. »

Bastien ne se montrait pas seulement possessif et jaloux, mais aussi manipulateur.

« Il me poussait à bout. Il faisait tout pour que j’éclate en sanglots. Je ne suis pas du tout colérique et je ne pleure pas souvent… Mais lui, il parvenait à me faire sortir de mes gonds.

Je pense qu’il agissait de la sorte parce qu’il aimait avoir un pouvoir sur moi, il aimait me déstabiliser. »

Se sentir coupable alors qu’on est victime de violence conjugales

Chloé ne supporte pas les comportements impulsifs de Bastien, mais ne se rend pas compte de la gravité de la situation.

Elle se laisse porter dans cette relation qui la fait souffrir, sans se décider à rompre. Parfois, même, elle se pense responsable des colères de Bastien…

« J’étais enfouie dans cette relation, je ne voyais plus rien d’autre. Au départ, je me disais que c’était ma faute s’il était jaloux.

J’ai toujours aimé flirter avec les garçons, j’ai un côté séductrice. Alors je me suis souvent dit que je devais me calmer pour ne pas énerver Bastien… »

Les disputes entre Chloé et Bastien sont intenses : « J’en perdais ma voix parfois, tellement on se criait dessus ».

Rompre et mettre fin à cette relation malsaine

Presque un an après leur rencontre, Chloé quitte Bastien. Elle se rappelle :

« Cela faisait quelques semaines que je trouvais ses comportements bizarres. Il me mentait constamment. Je savais qu’il prenait de la drogue, beaucoup, mais je ne voulais pas m’y intéresser.

Je ne savais pas ce qu’il faisait parfois, et il changeait son discours tout le temps, ses histoires n’étaient jamais les mêmes, jamais logiques.

Je l’aimais très fort quand je l’ai quitté mais je me suis dit que je ne pouvais pas continuer. »

Le soir de la rupture, Chloé et Bastien se disputent dans leur chambre. La jeune femme n’en peut plus et attend de lui qu’il s’en aille le lendemain.

Au matin, elle s’en va travailler, et en rentrant, elle découvre des photos déchirée d’eux deux. Les affaires de Bastien ont disparu. Après cela, elle n’a plus eu de nouvelles.

Quand Bastien est revenu, et la violence conjugale avec

Chloé poursuit sa vie. Elle est une grande fêtarde, aime sortir avec ses amis et amies. Deux jours après avoir quitté Bastien, elle décide d’aller danser et ne rentre qu’au petit matin chez elle.

Vers 9h, quelques heures après qu’elle ne se soit couchée, des coups de sonnette retentissent à sa porte.

Encore fatiguée, à peine réveillée, elle se lève mais ne regarde pas dans le judas. Elle raconte :

« J’entends une voix d’homme qui s’écrie qu’il y a une fuite de gaz, qu’il faut quitter l’immeuble. »

Alertée, Chloé ouvre… et sur le pas de la porte se tient Bastien. Il lui assène un coup avec une bouteille en verre sur le crâne. Elle s’écroule, sonnée.

« Je n’ai même pas eu le temps de comprendre que c’était lui ; tout est allé très vite.

Il m’a traînée jusqu’à la salle de bains. Cette pièce était très sombre parce que j’avais des soucis d’électricité. La seule source de lumière était une petite veilleuse. »

Séquestrée par son ex-petit ami

Le calvaire de Chloé commence. Je lui laisse la parole, elle explique mieux que moi ce qu’elle a subi :

« Il me frappe à coups de poings, me donne des gifles. Son visage était déformé par la colère, c’était monstrueux. Il a commencé à délirer, à me hurler dessus :

— Je sais que tu m’as trompé ! Je vais te tuer ! Je vais t’égorger et ton cadavre va pourrir dans cette pièce. Aujourd’hui c’est ton dernier jour.

Il opérait un schéma répétitif qui consistait à compter jusqu’à 10. Durant ce laps de temps, je devais lui révéler les noms des mecs avec lesquels je l’avais trompé.

Évidemment, je ne l’ai pas trompé une seule fois durant notre relation.

Alors je niais, je disais non mais il insistait. À chaque fois que je prononçais « non », il me frappait dans le ventre, les côtes, au visage.

Ça a duré longtemps. C’est seulement quand il m’a menacée d’un couteau sous la gorge que je lui ai balancé tous les noms de mes amis mecs. »

Le mode survie activé face aux violences conjugales

L’agression dure 4h dans cette pièce obscure. Chloé a très peur, pleure beaucoup. Quand elle demande à Bastien un verre d’eau, il se contente de la tabasser, encore.

Malgré les coups, Chloé réussit à se calmer. Son instinct de survie prend le dessus.

« L’agression a pris fin au moment où il m’a relevée pour me mettre face à lui. Le couteau sous la gorge, il me demande de prononcer mes dernières paroles, parce qu’il est prêt à me tuer.

Alors j’ai parlé, parlé, parlé…

J’ai dit toutes les choses que je voulais faire avant de mourir, quels livres je voulais lire, quels films j’aurais aimé voir et quelles chansons j’aurais aimé écouter.

Puis j’ai dit que j’étais désolée, j’ai demandé pardon, j’ai dit que c’était moi qui étais folle, que je pourrais me faire soigner, qu’on pourrait être ensemble ensuite, être heureux. »

Sur ces mots, l’agresseur de Chloé s’apaise. Il jette le couteau à travers la pièce et lui fait couler un bain.

« Il est devenu très gentil et très attentionné. »

Bastien est exténué et souhaite s’allonger un peu mais la jeune femme a une sérieuse entaille sur le crâne, sans parler des coups qu’elle a reçus.

Elle le supplie de l’emmener à l’hôpital — avec douceur et gentillesse, pour ne pas le mettre en colère.

« Il s’est changé en vrai chevalier servant. »

L’agresseur emmène sa victime à l’hôpital

Bastien accepte, sort de l’appartement, arrête une voiture dans la rue. Tous deux se font conduire aux urgences les plus proches.

Une fois dans la salle d’attente, Chloé parvient à se réfugier aux toilettes avec l’autorisation de son agresseur. Elle envoie un message à deux de ses amies, dont Laura.

« C’était instinctif de parler à mes amies d’abord plutôt qu’à mes parents. Elles connaissaient ma relation avec Bastien, elles comprendraient tout de suite. »

Le réseau est terriblement mauvais : aucun SMS ne s’envoie aux destinataires. Chloé est pressée par Bastien qui lui demande de sortir pour retourner dans la salle d’attente.

Là-bas, il fait un scandale. Pour qu’on s’occupe de la jeune femme qu’il a essayé de tuer quelques heures avant.

« Le pire, c’est que ça marche. »

Chloé raconte :

« On arrive dans une pièce avec une infirmière qui me demande comment je me suis fait ça. J’ai décidé de lui sortir la chose la plus ridicule possible pour qu’elle comprenne.

Je lui ai dit, en la fixant droit dans les yeux :

Je me suis cognée contre un poteau dans la rue. »

L’infirmière hoche la tête, se retourne vers Bastien et lui demande de sortir « pour des raisons médicales ».

Hors de danger, l’appel à l’aide

Une fois hors de portée, Chloé éclate en sanglots et supplie l’infirmière de l’aider. Elle lui raconte tout : son agression, les coups, comment elle a failli mourir…

L’infirmière sort chercher une docteure qui promet à Chloé d’appeler des policiers, à condition qu’elle ne change pas sa version de l’histoire une fois qu’ils seront sur place.

La jeune femme acquiesce, se fait soigner, et patiente. Elle demande à l’infirmière d’envoyer des messages avec son téléphone, pour que ses amies soient au courant de l’endroit où elle se trouve.

La police arrive à l’hôpital. Chloé est transférée dans une autre pièce. Bastien l’aperçoit, la suit, lui demande comment elle va, mais elle l’ignore jusqu’à la salle où des agents l’attendent.

« J’expose mon histoire aux policiers. Et je sais que, pendant ce temps, Bastien se fait arrêter. »

La plainte, la procédure toujours en cours

Laura et l’autre amie contactée par Chloé arrivent à la sortie de l’hôpital. La jeune femme m’explique :

« Je suis allée au commissariat. J’ai porté plainte auprès d’une policière. Ça a duré très longtemps, mais ça m’a fait du bien : je pouvais structurer mes pensées et réaliser ce qui m’était arrivé. »

La procédure judiciaire que Chloé a lancé en portant plainte est toujours en cours aujourd’hui, trois ans après l’agression. Je ne peux donc pas t’en dire plus à ce sujet.

Porter plainte contre un agresseur

D’après les chiffres de l’Observatoire national des violences faites aux femmes en 2017, 219 000 femmes majeures ont déclaré avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint, en un an.

Peu de victimes obtiennent gain de cause par la justice pour deux raisons :

  • Seulement 19% des victimes déclarent avoir déposé une plainte suite à ces violences, soit moins d’1 sur 5.
  • Les procédures judiciaires sont très longues et/ou peu de plaintes aboutissent à des procès.

Conséquences pénales dans les cas de violences conjugales

En 2017, selon le ministère de l’Intérieur, 112 000 victimes de violences commises au sein d’un couple ont été enregistrées par la police et la gendarmerie.

Et sur ce nombre de victimes, il faut compter 70 000 auteurs présumés impliqués dans des affaires de violences entre partenaires, dont le dossier a été traité par la justice en 2017.

Sur ces 70 000 agresseurs, 23 900 d’entre eux ont fait l’objet de poursuites judiciaires, et 16 300 ont vu leur cas classé sans suite.

En revanche, ce sont 17 600 auteurs de violences conjugales qui ont été condamnés en 2017, et 96% d’entre eux sont des hommes.

Le rapport d’évaluation de la politique publique sur la prise en charge des victimes de violence conjugales paru en 2017 pointe le problème suivant :

« Les victimes ont une absence complète de visibilité sur les enjeux et les délais. »

De plus elles sont découragées à cause des « procédures très longues, auxquelles viennent parfois s’ajouter » d’autres procédures comme le divorce, la garde des enfants etc.

La vie a repris son cours, mais difficilement. Beaucoup d’émotions se sont mélangées, et ne sachant comment les appréhender, Chloré prend une décision.

La jeune femme rejoint un groupe de parole pour femmes battues. Pour se sentir moins seule.

Au sein de ce cercle, Chloé se sent… privilégiée.

« La plupart des femmes, là-bas, avaient des enfants ; elles étaient restées plusieurs années avec les hommes qui les violentaient. Alors que dans ma vie, ce fut un évènement ponctuel. »

Chloé a aussi découvert une nouvelle peur en rejoignant ce groupe de parole :

« J’avais très peur de me retrouver face à une femme qui n’avait pas (encore ?) quitté son compagnon violent.

J’avais l’impression que je ne pourrais pas le supporter. J’étais tellement en colère que je n’aurais pas pu entendre ça. Ça m’aurait mise hors de moi. »

Se reconstruire après les violences conjugales

Les émotions et les sentiments pour l’homme qui a failli la tuer étaient toujours présents chez Chloé, malgré la peur, malgré la violence de cette tentative de féminicide.

« Je me suis rendue compte que ma colère venait aussi du fait que je n’avais pas pu faire le deuil de ma relation, gérer la rupture. L’agression est survenue trop vite.

Je pense que la vraie victoire aurait été d’être indifférente. Je ne supportais pas d’avoir encore, peut-être, des sentiments pour Bastien. »

L’entourage de Chloé a beaucoup compté dans son rétablissement :

« J’ai eu de la chance d’avoir des amis très présents. Deux jours après mon agression, je faisais la fête avec eux ! Ils ont été là pour moi. »

Les amies de la jeune femme, dont la fameuse Laura, ont su lui apporter le soutien et la bienveillance dont elle avait besoin. De plus, l’amitié des mecs de sa bande a su la rassurer au sujet des hommes.

« Quelque part, j’avais peur de perdre confiance en « les hommes ».

Grâce à mes amis, ce n’est pas arrivé. Être en présence de mecs bien, gentils, ça m’a beaucoup aidée. »

Après les violences conjugales, la vie a repris son cours

Désormais, la vie de Chloé se poursuit dans la paix. Mais cette agression a, forcément, changé des choses. Elle explique :

« Je ne rencontre plus le genre de garçons qu’était Bastien.

Je sais que je suis une victime, que je ne suis pas responsable de ce qu’il s’est passé. Mais cela ne m’a pas empêchée de m’interroger.

Comment en suis-je arrivée là dans ce couple ? Comment ai-je pu me laisser faire de la sorte ? Comment en suis-je venue à accepter des comportements de jalousie, des situations aussi violentes ?

J’ai concédé beaucoup de choses dans cette relation. Alors je me suis demandé si je m’acceptais moi-même, si je me respectais. »

Sa vision des femmes battues a aussi largement évolué :

« Avant de me faire agresser, j’avais un tas de stéréotypes sur les femmes battues.

Pour moi, elles étaient plus âgées, venaient d’un milieu plus populaire, et étaient assez psychologiquement fragiles pour être manipulées… »

En rejoignant des groupes de paroles, Chloé s’est débarrassée de ces clichés.

« J’ai vu des femmes de tous les milieux, de toutes les classes sociales, de tous les âges, de toutes les origines.

Là je me suis dit : « c’est terrible, ça arrive à plein de femmes, tout le temps ». C’est une réalité que j’ai littéralement découverte. »

Victime de violence ou témoin

Si tu es victime de violences sexuelles, physiques et/ou psychologiques perpétrées par ton compagnon, ton copain, ton fiancé, tu peux trouver de l’aide.

Si tu connais une personne dans ce cas, voici des numéros, des associations et des articles utiles vers lesquels te tourner :

Illustration © Léa Castor

À lire aussi : Mon couple, de la première insulte à la dernière violence physique

JulietteGee

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Commentaires

BouletteRose

Il me semble que le principal suspect est en maison d'arrêt tant que le jugement n'a pas été rendu non ? Ou alors ça ne concerne que certains cas seulement ?
 

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