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Retrouve ton porc, un dialogue douloureux entre une victime et son agresseur

Après #MeToo et #BalanceTonPorc, Anouk Perry a décidé de retrouver un de ses porcs. Un homme qui lui a fait du mal quand elle avait 18 ans. Ça donne un échange tendu, mais important.

C’était il y a un an.

Dans le sillage de l’affaire Weinstein, les hashtags #MeToo (#MoiAussi) et #BalanceTonPorc ont pris de l’ampleur. Des centaines de milliers de victimes parlaient de leurs agresseurs, leurs harceleurs, leurs violeurs.

Et les agresseurs, les harceleurs, les violeurs, gardaient le silence. Anouk Perry a décidé de changer la donne.

Retrouve ton porc, le podcast d’Anouk Perry

Anouk Perry, après avoir été rédactrice feel-good et sexo pour madmoiZelle, s’est lancée dans une belle aventure : celle du podcast indépendant.

Elle se démarque par ses sujets originaux : comment organiser un gang-bang ? Comment savoir que faire de sa vie ? À quoi ressemble la vie des Kevin ? Qui m’a filé la chlamydia ? Qu’est-ce que la « salope du lycée » voudrait raconter ?

Soutenez les podcasts uniques d’Anouk Perry en votant pour elle au Paris Podcast Festival ! C’est l’épisode 2 de La délicatesse des gang-bangs qui est en compétition (entrée n°4).

Son nouveau podcast, Retrouve ton porc, est produit par ARTE Radio. Anouk y retrouve Damien, un homme avec lequel elle est sortie quand elle avait 18 ans. Il en avait presque 26.

Retrouver son porc pour échanger

Anouk voulait savoir si les hommes qui ont mal agi avec des femmes se sont sentis concernés par #MeToo, ont reconnu leur propre comportement dans les témoignages des victimes.

Elle a repensé à Damien, son ex. Au printemps 2017, il l’avait contactée pour discuter, mais elle n’avait pas donné suite. Pour Retrouve ton porc, il a accepté d’être interviewé.

Elle le décrit comme « pas le pire connard », mais « pas une belle relation pour autant ».

La relation malsaine entre Damien et Anouk

Damien et Anouk se sont trouvés sur un site de rencontres.

Elle a 18 ans, elle est étudiante, n’a eu qu’une relation avant lui. Il a bientôt 26 ans, un emploi, son appart, plus d’expérience. Immédiatement, cela le place dans une position de mec « mature » par rapport à la jeune femme.

Anouk remarque d’ailleurs qu’elle a aujourd’hui l’âge que Damien avait à l’époque… et qu’elle ne s’imaginerait pas sortir avec une personne âgée de 18 ans.

Damien prend l’ascendant dans la relation. Il critique le physique de sa compagne, ses goûts. Prétend qu’après leurs 20 ans, les femmes sont « périmées ».

C’est aussi lui qui décide de quand et comment ils couchent ensemble.

Il use d’ailleurs de manipulation pour obtenir des relations sexuelles. Il laisse à la jeune femme l’illusion du choix : fellation ou pénétration ? Il prononce également ce genre de phrases :

« Tu couches avec moi ou tu te casses. Tu dors pas là si tu ne couches pas. »

Anouk s’écrase. Le pardonne sans cesse. Pense qu’il ne se rend pas compte de ce qu’il fait.

Quand un « porc » est confronté à ses actes

Damien est mal à l’aise pendant tout l’échange, mais fait preuve d’honnêteté. Il dit qu’à l’époque, il n’en avait pas conscience, mais qu’il faisait clairement un travail de contrôle, de sape psychologique sur Anouk.

Il a occulté une bonne partie de ses paroles et actes. Enfoui les plus sombres de ses souvenirs. Mais il n’est pas étonné. Ces comportements, qu’il a jetés dans l’oubli, ils lui ressemblent, il l’admet.

Anouk lui raconte avoir rencontré, quelques années plus tard, une jeune femme. Qui elle aussi est sortie avec Damien quand elle avait 18 ans.

Leurs expériences sont horriblement identiques. Les mêmes phrases, les mêmes dynamiques de domination, les mêmes critiques, les mêmes techniques.

Anouk n’est pas la seule victime.

Être victime d’un « porc »

« Victime » : parlons-en, de ce mot. Anouk explique avoir du mal à se l’apposer à elle-même. Dans sa tête, une victime ne peut pas être une femme forte. Elle déteste se dire qu’elle en est une.

Mais elle avance, et se rend compte que « victime » n’est pas un gros mot. Que ce sont les agresseurs qui font les victimes, et non la personnalité de ces dernières.

Elle sait que c’est la culture du viol, présente à tous les niveaux de la société, qui ne lui a pas appris à dire « non », à reconnaître la pression psychologique pesant sur elle.

À présent, jamais elle ne céderait au type de chantage que Damien a exercé pendant leur relation.

Elle résiste aussi à conclure que « C’est parce que j’ai côtoyé des mecs comme lui que je me suis endurcie ». Non, affirme Anouk : ce sont les gens bienveillants et respectueux qui l’ont aidée à s’affirmer, à se défendre.

Damien, ancien « porc », a-t-il changé ?

Damien espère avoir changé, avoir grandi. Mais il explique, avec honnêteté, qu’il ne peut pas dire que tout ça est derrière lui. Il n’a pas encore accompli assez de travail sur lui-même.

En toile de fond de ses actes, il y a un rapport aux femmes qui est marqué par la domination. Et ça, il ne s’en est pas encore débarrassé.

En évolutions notoires, Damien cite le fait de ne plus considérer le sexe comme un passage obligé, de ne plus boire d’alcool, et d’être devenu végétarien, ce qui lui a appris l’empathie. Anouk admet avoir sorti sa plus belle poker face :

« Est-ce qu’il est vraiment en train de dire que je suis de la viande ?! »

Anouk lui demande s’il aurait réagi, il y a 5 ans, face à des gens lui expliquant le problème avec son comportement. La voix lourde, il explique que non.

« J’étais trop con. »

Le dialogue entre une victime et un agresseur est-il possible ?

Anouk conclut en disant qu’elle pense ne plus jamais avoir de contact avec Damien.

Sa démarche me rappelle, dans une moindre mesure,ce dialogue entre un violeur et sa victime sur la scène d’un TED Talk.

Je ne suis pas sûre qu’Anouk ait retiré beaucoup de cet échange. Mais je pense qu’il peut être utile au plus grand nombre.

À toutes ces personnes qui ont du mal à reconnaître ce qui leur est arrivé. À toutes ces personnes qui ont du mal à admettre ce qu’elles ont fait.

Alors merci et bravo, Anouk, pour ce moment rare.

À lire aussi : J’ai revu mon violeur 11 ans après, et j’ai gardé la tête haute


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Les Commentaires

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Avatar de nka
9 octobre 2018 à 16h10
nka
@Penny Winkeul
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