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Série télé

Vous ne sortirez pas indemne de la série politique israélienne The Lesson, on vous le promet !

02 avr 2022
Premier programme a concourir à Canneséries saison 5, The Lesson prouve la grande maestria de sa créatrice, qui marque les esprits dès son coup d’essai. Puissante et viscérale, The Lesson ronge jusqu’à l’os, jusqu’à ce qu’il ne vous reste plus rien que 1000 questions à vous poser.

Canneséries saison 5 a donné son coup d’envoi vendredi 1er mars, sous les applaudissements nourris d’une foule de passionnés, dans la grande salle de l’auditorium Louis Lumière.

Pour démarrer les festivités en grande pompe, des prix ont été remis à l’actrice Sydney Sweeney (Euphoria) pour l’ensemble de sa jeune carrière, et à Gillian Anderson (Sex Education) pour sa vaste participation à l’univers de la télévision, lors de la cérémonie d’ouverture de la saison 5 de l’événement.

Le jury, présidé par Fanny Herrero, a présenté ses hommages à un foule impatiente d’ingurgiter un maximum d’images en un minimum de temps.

Et pour lancer cette compétition internationale qui se tient du 1er au 6 avril, le festival a choisi la série The Lesson, un programme israélien dont on est sortie profondément troublée.

The Lesson, la série politique qu’on attendait

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Photo tirée de The Lesson, via Allociné

Vous vous souvenez de Entre les murs, qui avait remporté la Palme d’or en 2008 ? Eh bien le concept de The Lesson est peu ou proue le même. En mille fois plus violent.

Dans une classe de lycée, en Israël, un prof libéral et anti-armée de 43 ans (incroyable Doron Ben-David) échange avec ses élèves. L’une d’entre eux, Lian (époustouflante Maya Landsmann), raconte qu’en allant à la piscine, la veille, sa copine et elle ont été harcelées sexuellement par des personnes arabes.

Très vite, la jeune femme tient des propos racistes, condamnés par son professeur, qui pousse sa classe à réfléchir davantage ses propos.

Sauf que le professeur, lui aussi, dépasse les limites, comparant à demi mot ses élèves à des nazis.

Lian publie donc, en pensant faire virer son prof, une vidéo sur TikTok, dénonçant les agissements d’Amir. Amir, de son côté, perd les pédales dans la cour de récréation, lorsqu’il surprend Lian en train de faire des photos avec une arme à feu, prêtée par une membre de L’Armée de défense d’Israël.

Entre le professeur et l’élève, la rupture morale est consommée, et les deux vont s’entrainer dans une spirale infernale de dénonciation qui va modifier leur vie en profondeur.

On vous le promet, The Lesson fait partie des programmes dont on ne ressort pas comme on y est rentrée. D’abord parce qu’elle aborde les grandes frictions internes à Israël, auxquelles la télé est bien souvent frileuse de toucher, ensuite parce qu’elle ne se contente pas de créer un héros et un antagoniste mais façonne des personnages ambivalents, qui évoluent entre plusieurs frontières qu’il convient pourtant de ne jamais franchir.

Subversif, grave, passionnant.

La créatrice de The Lesson parle de son programme

C’est à la gare maritime de Cannes, où des hordes de journalistes tapent à une allure folle sur leur clavier, que nous avons rencontré Deakla Kedar, la créatrice de The Lesson.

Du haut de 46 ans, Deakla Kedar est l’autrice de nombreux livres publiés en Israël. The Lesson est sa toute première série-télé.

Et ça ne sera sans doute pas sa dernière. Troublante, fascinante, grave, The Lesson mérite toute votre attention, tout comme sa créatrice.

Madmoizelle : Comment est née The Lesson ? Combien de temps avez-vous mis à l’écrire ?

C’est une question intéressante, parce qu’en réalité, l’idée ne m’est pas venue comme ça, comme un coup de génie. Pour moi, une création, ça nait toujours d’une question que je me pose. Quelque chose qui me tracasse, qui me fait m’interroger, et qui m’obsède. C’est une question à laquelle je n’ai pas de réponse. Pour The Lesson, en fait, j’ai vu à la télévision l’histoire d’une étudiante qui a publié sur Facebook un post incriminant son prof. C’était en 2014. Je ne comprenais pas comment une lycéenne pouvait aller si loin dans sa mission de mettre un terme à la carrière de son enseignant. Je me suis demandée : « qu’est-ce qui me ferait personnellement aller au bout d’une procédure contre un professeur ». Pour moi, il fallait que ça touche à quelque chose d’insultant du point de vue de l’intime. Vous savez, j’ai été très mauvaise élève, j’étais tout le temps en conflit avec mes professeurs, j’étais tout le temps convoquée au bureau du principal. Je voulais faire renvoyer les professeurs mais je n’ai jamais cru que ça pourrait réellement arriver. Je me suis dit : « si tu as 17 ans et que tu fais virer un prof pour ses opinions qui divergent des tiennes, tu te sentirais probablement très mal, très coupable ». Je n’arrivais pas à trouver des questions à mes réponses qui concernaient les deux protagonistes de l’affaire. Plusieurs autres histoires similaires sont arrivées en Israël, alors qu’il est légal pour un professeur d’exprimer ses opinions politiques et sociales. Et dans cette affaire, il y a beaucoup de questions sociales qui rentrent en compte, au-delà de l’affaire entre le prof et son élève. Il y a la question de l’époque, du genre des personnes, des situations. Je me suis dit que c’était une bonne histoire à écrire, parce que ça m’intéresse profondément.

Madmoizelle : Dans The Lesson, vous abordez les questions de la haine qu’un peuple porte à un autre peuple, vous parlez également de politique, de tolérance, de grossophobie etc. Il y a des scènes très puissantes et violentes, comme celle de l’élève qui pose en photo avec une arme, avec l’aval d’une membre de l’Armée de défense israélienne ,et de ce prof qui perd les pédales et hurle sur tout le monde, comparant les membres de l’armée à des criminels de guerre. Autant de sujets qui sont très sensibles. Comment votre programme a t-il été reçu en Israël ?

Ça a été une véritable tempête, je n’étais pas prête pour ça. Je ne dis pas ça comme ça. Depuis le moment où j’ai présenté cette idée aux producteurs au moment où le programme est sorti, j’ai eu bien du temps pour réfléchir à cette idée, en comprendre les mécanismes et les potentielles conséquences. Quand j’ai dit : « ça va parler d’un conflit entre un prof et une étudiante qui va très, très, très loin », tout le monde voulait voir cette série. Seulement, quand j’ai précisé que le conflit portait sur les Arabes et les Israéliens à l’école, tout le monde avait l’air de déchanter. J’ai donc cru que personne ne voudrait regarder cette série. Parce que cette série ne permet pas de se détendre après une dure journée de travail. Moi quand j’ai fini de bosser, j’ai envie de regarder Too Hot to Handle ou Love is Blind, mais là, c’est quand même un sujet plus sérieux et lourd. Donc je n’étais pas préparée au fait qu’énormément de gens regardent la série et que ça ait un vrai impact dans mon pays, en tout cas pour une série dramatique sans action. Les réactions étaient très émotionnelles, pas seulement pour la droite et la gauche mais aussi pour les profs, les élèves, les enfants de parents divorcés etc. Parce que notre série parle de beaucoup de choses différentes et intenses.

Madmoizelle : il est difficile de trouver des informations sur vous en Anglais, sur Internet. La plupart des sites qui relaient votre activité sont écrits en Hébreux. Parlez-nous de votre parcours.

En réalité, j’ai écrit plusieurs livres en Israël. Mais The Lesson est ma première série télé. Je suis donc principalement autrice. C’est le premier show que je crée de A à Z.

Madmoizelle : The Lesson est donc votre première série. Quel a été le plus gros challenge que vous ayez rencontré, pendant l’écriture de votre programme ?

Ce qui a été dur c’était d’essayer de me mettre à la place de chacun de mes personnages. Même si je ne m’identifie par à ce que disent les protagonistes, il faut tout de même que je me mette dans une position où je vais comprendre leurs enjeux. Même quand je ne suis pas d’accord avec Lean par exemple, qui tient des propos très graves et haineux, je dois trouver en moi-même une endroit où je comprend pourquoi elle a dit ce qu’elle a dit. C’est par exemple parce qu’elle se sent insultée parce que son prof l’a traitée de nazi. Je ne parle pas d’idées, d’opinions, ici, mais d’émotions. Et ça, ça n’est pas facile. Pour ce qui est d’Amir, je me demandais toujours : « mais pourquoi ne va t-il pas tempérer les choses ? Pourquoi est-ce qu’il participe à cette escalade ? » Je devais le comprendre lui aussi. Toute l’ambiguïté de cette série était de n’avoir pas de protagoniste et d’antagoniste mais simplement deux personnes plurielles, empêtrées dans leurs convictions, qui doivent essayer de se comprendre mais ne se comprennent pas.

Deakla Kedar n’en est en tout cas peut-être qu’à sa toute première série, mais au vu du résultat, on lui prédit un avenir florissant dans le monde de la télévision, si souvent frileux à aborder les thématiques qui effraient le monde, si peureux de nourrir des personnage monstrueux d’un peu d’humanité.

Personne n’a pu dire un mot, au sortir de la projection de The Lesson, parce qu’il est de ces programmes qui balaient tous nos a priori en moins de temps qu’il en faut pour le dire.

Et pour ça, The Lesson demeure l’une des séries plus impressionnantes qu’on a vues depuis longtemps.

À lire aussi : La saison 2 de Bridgerton regorge d’inspirations mode indiennes, et c’est une splendeur

Crédit photo à la Une : The Lesson via Canneséries

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