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Cinéma

Samhain est un conte terrifiant sur la dépression et le harcèlement scolaire

28 jan 2022
Samhain, c’est le premier long-métrage de sa réalisatrice Kate Dolan. Et la preuve faite film qu’un coup d’essai peut se transformer en coup de génie.

Elles ne sont pas rares les réalisatrices, sélectionnées par le festival fantastique de Gérardmer, à briller dès leur première création. On se souvient notamment de Julia Ducournau, mais aussi de Rose Glass, bâtisseuse inspirée de l’incandescent Saint Maud.

Désormais, et grâce à la 29e édition du festival du film fantastique, Kate Dolan intègre le petit groupe des sorcières de Gérardmer, qui à force de travail et d’instinct façonnent des films dont on se souviendra longtemps, surpassant même des cinéastes confirmés, à l’instar de Sean Ellis, qui a ouvert la compétition avec le très oubliable Eight for Silver.

Samhain, la dépression, le harcèlement et Halloween

YOU ARE NOT MY MOTHER - First Clip, directed by Kate Dolan #TIFF2021 - Midnight Madness

Samhain, You Are Not My Mother, de son titre complet, est le quatrième film à avoir été projeté au festival de Gérardmer 2022. Il succède à 3 longs-métrages décevants, et lance ainsi réellement les festivités (ou les hostilités).

C’est le jeudi 27 janvier, à 20h, que Samhain a été diffusé à l’Espace Lac, le cinéma qui borde le lac de Gérardmer, alors que la grêle et la nuit, comme une nappe, avaient déjà recouvert la ville.

Une atmosphère inquiétante, qui n’est toutefois comparable en rien avec celle qui régnait sur la ville au sortir du film.

Il faut dire que You Are Not My Mother est terrifiant, viscéral et dérangeant au point de nous avoir accompagné, après visionnage, jusque dans notre chambre, où l’on a moins fait la maline au coucher qu’au lever.

Dans Samhain, qui s’ouvre sur une vieille femme tentant de brûler vif un bébé, Charlotte est une adolescente mal dans sa peau.

Elle a une tâche de vin qui la complexe sur le visage, aucun ami, et pire : elle est harcelée par un groupe d’élèves de sa classe, qui menacent en permanence de lui brûler le visage avec un aérosol. Ça, c’est l’enfer qu’elle vit à l’école.

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Capture d’écran Youtube du film Samhain

Et ça n’est pas le pire. Non, le pire, elle le vit à la maison, où sa mère, profondément dépressive, semble avoir complètement changé de personnalité après une fugue de 24 heures.

Angela commence en effet par se comporter plus joyeusement qu’à l’accoutumée, avant de d’adopter une attitude de prédatrice, qui essaie d’attenter à la vie de son enfant.

Quelques plans sur cette mère, dans sa salle de bain, qui s’enfonce le bras dans la gorge pour se faire vomir, d’autres plans d’elle dans un miroir qui reflète sa mutation, d’autres où elle se rompt la cheville à force de danser en hurlant, d’autres encore où son visage a totalement changé : Samhain fait sacrément peur. Ça tombe bien, c’est précisément son intention.

Une semaine avant Halloween, les habitants de la petite ville d’Irlande où se tient l’intrigue vont alors devoir affronter leurs démons, qui les attendent souvent en leurs propres maisons plutôt qu’au détour d’une rue sombre.

Comme le dit la seule amie que Charlotte parvient à se faire : « la famille, c’est le truc le plus effrayant au monde ».

Samhain, l’art de la dépouille

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Capture d’écran Youtube du film Samhain

Contrairement aux deux premiers films de la compétition de Gérardmer 2022 (Eight for Silver et Post Mortem), qui faisaient tous deux la part à la grandiloquence visuelle et au grand-guignolesque, Samhain est un long-métrage tout en simplicité, une immersion dans un quotidien tourmenté.

Pas de costumes d’époque, pas de scènes de guerre (qui sont d’ailleurs rigoureusement inutiles dans les deux premiers films), pas de lévitations par milliers ni d’affreuse créature organique.

Le monstre ici, c’est la famille. Le foyer de l’horreur ? La maison où l’on grandit. L’enfer ? Les traditions — « Samain », c’est d’ailleurs le nom de la fête qui correspond à peu près au Halloween anglo-saxon.

En demeurant au plus proche de ses héroïnes — car Samhain ne filme que des femmes, à l’exception de l’oncle de Char, dont l’intrigue se débarrasse rapidement — You Are Not My Mother délivre l’horreur à l’état pur.

Des plans serrés sur le visage de Charlotte, ravagé par l’effroi, la solitude et la tristesse, d’autres plans sur le visage d’Angela, sa mère, qui d’un simple sourire ou par une simple danse terrifie : ce sont les héroïnes qui confèrent sa puissance horrifique à Samhain.

Un film qui aurait pu d’ailleurs, si des histoires d’esprits malins n’étaient pas venues le parasiter légèrement, être rangé dans la catégorie « drame social ».

C’est précisément grâce à cette mise en scène dépouillée de tout chichi et d’effet de manche que Kate Dolan nous raconte les mythes de son Irlande natale.

Et c’est un putain de bonheur, d’avoir enfin peur.

Samhain, sa première force, c’est son casting

Incroyable performance que celle de Hazel Doupe, l’actrice qui incarne Charlotte.

L’Irlandaise de seulement 19 ans s’était faite remarquer en 2018 dans Float Like a Butterfly, et confirme avec Samhain son statut d’actrice à suivre, qui devrait multiplier les rôles marquants.

À ses côtés, Carolyn Bracken n’est pas en reste puisqu’elle dispense à elle seule le principal frisson du grand Samhain.

Ces actrices, main dans la main, forment pour l’instant le duo le plus vigoureux de cette 29e édition du festival de Gérardmer.

Il reste encore six films de la compétition officielle à découvrir, donc rien n’est joué.

Samhain, You Are Not My Mother sortira le 10 août en salles !

@Crédit : Capture Youtube

À lire aussi : Bête du Gévaudan et xénophobie : on a vu Eight for Silver, singulier film de genre

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