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Culture

Promising Young Woman n’est pas un film féministe, c’est tout le contraire

Non, Promising Young Woman n’est pas ce que nous attendons du cinéma #MeToo, présenté comme « féministe ».

Quand on cherche des recommandations de films féministes, on tombe régulièrement sur Promising Young Woman. Autant dire qu’on a sauté sur l’occasion de voir le film. Nous, féministes et cinéphiles impatientes de voir le cinéma débarrassé de ses éternels stéréotypes sexistes et de son goût pour les représentations violentes faisant l’éloge de la domination des hommes sur les femmes.

Malheureusement, la douche a été glaciale.

Si Promising Young Woman est qualifié de « post#MeToo », c’est sans doute d’avantage pour booster son succès grâce à un argument de marketing que pour sa portée féministe, clairement inférieure à 0.

Attention, cet article analyse la fin de Promising Young Woman et contient donc de nombreux spoilers.

Le résumé de Promising Young Woman

Cassie était destinée à une brillante carrière de médecin jusqu’à ce que la mort de sa meilleure amie ne vienne tout bouleverser. Cette dernière, Nina, a été victime d’un viol et s’est suicidée peu de temps après. Les agresseurs sont en liberté et n’ont jamais été poursuivis car tout le monde, jusqu’à la directrice de l’école, a préféré étouffer l’affaire.

Depuis ce jour, la vie de Cassie est entièrement tournée vers le fait de venger sa meilleure amie disparue. La nuit, Cassie se rend dans des bars et des discothèques et fait semblant d’être ivre. Lorsque un homme tente de profiter de son état, elle montre alors son vrai visage (son visage de femme sobre, donc) et leur fait la leçon, leur expliquant qu’il ne faut pas abuser d’une femme en état d’ébriété et qu’ils devraient avoir honte.

Au cours de cette chasse aux hommes mal éduqués, Cassie fait la rencontre du gentil Ryan, avec qui elle entame une relation. Alors que l’amour la détourne de son projet de vengeance, elle découvre que Ryan est en réalité un complice du viol de Nina. C’est sans appel : All men are trash (« tous les hommes sont mauvais »).

À la fin du film, Cassie se déguise en strip-teaseuse afin de s’introduire dans une soirée où sont réunis les agresseurs de Nina. Alors qu’elle tente de se venger de l’un des hommes, ce dernier la tue. On apprend alors que mourir faisait partie du plan imaginé par Cassie. Elle avait prévenu la police et grâce à ce stratagème, l’homme finit en prison pour meurtre.

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© Focus Features

Exhiber la violence d’un féminicide, ce n’est pas féministe

À la fin de Promising Young Woman, Cassie est tuée puis brûlée lors de séquences atteignant des sommets en matière de mise en scène problématique. La réalisatrice saute à pieds joints dans le trauma porn, qui désigne la tendance de certaines œuvres à exhiber la violence subie par les victimes et à se complaire dans des scènes de violence gratuites et traumatisantes.

La dimension quasiment insoutenable de la mise en scène culmine dans le segment montrant le meurtre de Cassie. Cette dernière est maintenue sur un lit par le tueur, qui l’étrangle avec un coussin pendant de longues minutes au cours desquelles la caméra ne coupe pas. La scène est filmée de loin, en plan séquence. On ne se situe pas du point de vue de Cassie, on ne sait pas ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent, si elle a peur.

On n’éprouve pas sa souffrance : on se contente d’observer, de loin, un personnage croulant sous le poids du tueur : on ne voit que ses jambes frétiller, puis retomber mollement. Cassie est morte sous nos yeux.

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© Focus Features

Promising Young Woman n’est pas un film de soutien aux femmes

On pourrait argumenter que si la caméra nous force à regarder ce féminicide de façon aussi brutale et sans concession, c’est pour mieux nous faire éprouver sa violence.

Or, ce choix pose la question suivante : quelle femme a besoin d’être informée ou, encore plus invraisemblable, convaincue, que les féminicides sont violents ? C’est tout le principe du trauma porn : les victimes de violence ne la connaissent que trop et n’ont pas besoin de voir leurs traumatismes exhibés, rejoués éternellement à l’écran pour servir de divertissement ou de ressort scénaristique choc.

Autrement dit, à qui s’adresse ce film sinon aux hommes ? La question se pose d’autant plus que cette scène résume bien le principe du film et les deux grands « messages » qu’il porte :

  • Abuser d’une femme ivre, c’est mal. Attention, Cassie va vous prendre la main dans le sac en soirée pour vous l’expliquer. Même si elle renonce à tous ses projets de vie pour se consacrer à faire de la pédagogie aux agresseurs, ou encore qu’elle risque chaque soir sa vie pour cela. Peu importe le destin ou la sécurité de cette jeune femme : l’important, c’est leur expliquer que ça ne se fait pas.
  • Il n’y a pas que les grands méchants salauds qui peuvent être violents : tous les hommes peuvent être violents, même s’ils ont l’air gentils, comme le prouve Ryan, la figure de gendre idéal.

S’il existe une femme ayant pris conscience de ces réalités grâce à Promising Young Woman, je serais curieuse de la rencontrer.

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© Focus Features

La souffrance et la mort des femmes ne seront jamais une victoire

À ce stade du film, on est déjà extrêmement remués par la violence de son propos et du sort destiné à ses personnages féminins. Pourtant, Promising Young Woman se présente avant tout comme un thriller : or, que serait un thriller digne de ce nom sans un bon plot-twist choquant et imprévisible ? On peut accorder ce dernier point au film : il nous a surprises, car même dans nos pires cauchemars, on n’aurait pas pu imaginer de fin aussi problématique.

À la fin du métrage, le meurtrier décide de brûler le cadavre de Cassie. À nouveau, on verse dans l’exhibitionnisme. La réalisatrice semble trouver original de filmer les ongles multicolores de Cassie, sur une main désormais calcinée jusqu’à l’os parmi les flammes. Pareillement, elle cadre la caméra sur le tas de cendres qu’est désormais le personnage, filmant le pendentif en forme de cœur qu’elle portait en souvenir de Nina.

À nouveau, on pourrait croire que le film choisit de nous laisser sur ces dernières images choquantes afin d’exprimer la violence sans concession du système patriarcal.

Or, ce n’est pas encore fini.

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© Focus Features

En effet, une musique ultra pop et joyeuse démarre. Sur l’écran, des SMS écrits sur une messagerie rose bonbon apparaissent. L’expéditeur n’est autre que Cassie. C’est alors que l’on comprend où le film veut en venir : la jeune femme avait tout manigancé si jamais elle venait à mourir. Elle avait prévenu un avocat qu’il risquait de lui arriver malheur, en lui donnant le nom du meurtrier par SMS programmés. Précisons également qu’il est dit dans le film que Cassie n’a pas de pensées suicidaires et n’avait en aucun cas le souhait de mourir.

Ensuite, la musique pop se fait plus joyeuse et entraînante que jamais et le tout dernier SMS apparaissant sur l’écran est un émoji « ;) ». Littéralement, un clin d’œil et un sourire de Cassie.

Ainsi, tout est bien qui finit bien. Vraiment ?

Il n’y a aucun contexte où la mort d’une femme peut être considérée comme une victoire. Dans un film qualifié de « post#MeToo », on aurait aimé que leurs souffrances ne soient pas exhibées et exacerbées par la mise en scène afin de créer le retournement de situation final le plus choc possible. Écrire un personnage présenté comme une féministe révolutionnaire qui meurt et brûle simplement pour qu’un violeur et meurtrier aille en prison, ce n’est pas ce que les féministes attendent.

Dans la société « post#MeToo », les féministes militent pour que les femmes n’aient pas à se mettre en danger et mourir pour que les violeurs et auteurs de féminicides aillent en prison.

Dans la société « post#MeToo », nous méritons des représentations dignes au cinéma.

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© Focus Features

Et si le film que vous alliez voir ce soir était une bouse ? Chaque semaine, Kalindi Ramphul vous offre son avis sur LE film à voir (ou pas) dans l’émission Le seul avis qui compte.

Les Commentaires

17
Avatar de EvaEva
11 novembre 2022 à 21h11
EvaEva
@J_Serpentine
« Je n'y vois pas une victoire d'ailleurs, plus une fin douce-amère où la justice s'obtient au sacrifice d'une autre femme qui était seule dans son combat.»
Je le vois comme ça aussi, une fin en mode : il vous faut combien de victimes et de preuves accumulées (comme si pour obtenir justice en tant que victime il fallait avoir déjà calculé son agression d’avance) pour enfin agir ??
En gros une fin un peu sarcastique où Cassie fait littéralement ce que parfois on a l’impression qu’il faudrait faire pour être sure d’obtenir justice.
Et je n’ai pas eu l’impression que son sacrifice était un don d’elle-même, sa vie et sa foi en l’avenir sont déjà détruits, je l’ai plus perçu comme un “foutu pour foutu” autant aller jusqu’au bout et qu’il en sorte qq chose . C’est très malsain évidemment, elle agit de manière malsaine parce qu’elle n’arrive pas du tout à traverser son traumatisme, lui-même causé par une société malsaine.
Je comprends aussi en partie la critique de Maya Boukella, le film est très dérangeant et c’est volontaire, il a vocation à faire réagir et discuter, d’ailleurs il me semble que Carey Mulligan avait parlé de ça au moment de sa sortie, et si je ne me trompe pas elle avait dit qu’elle s’attendait à ce que le film ne fasse pas l’unanimité.
Edit. Sans approuver ni désapprouver , je trouve ça intéressant un film conçu comme féministe qui ne verse pas dans les bons sentiments ou la justification
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