Précarité menstruelle : « Nous voulons que le gouvernement tienne ses engagements »


Le 28 mai, c'est la journée mondiale de l'hygiène menstruelle. L'occasion, pour l'ONG Humanity Diaspo et l'Institut du Genre en Géopolitique de prendre la parole dans une tribune afin de rappeler l'urgence de la précarité menstruelle, et appeler le gouvernement français à tenir ses engagements en la matière.

Précarité menstruelle : « Nous voulons que le gouvernement tienne ses engagements »Annika Gordon / Unsplash

Où en est la grande cause nationale du quinquennat ? Alors que le Président s’était engagé à défendre les droits des femmes au cours de son mandat, une femme sur dix en France n’a pas les moyens de changer de protection périodique aussi souvent que nécessaire. L’hygiène menstruelle est un luxe, notamment pour les femmes vivant dans la pauvreté, les femmes incarcérées, ainsi que pour de nombreuses élèves et étudiantes.

La précarité menstruelle : indicateur fort d’inégalités économiques

En cette journée mondiale de l’hygiène menstruelle, le constat est sans appel : la précarité menstruelle est une problématique qui touche un nombre trop important de gens en France.

En effet, elle affecte entre 1,5 et 2 millions de personnes. L’accès aux protections périodiques est difficile ou impossible pour des raisons avant tout financières. Une personne menstruée a ses règles durant environ 38 ans. On estime à environ 5 jours de menstruations par mois, avec une utilisation moyenne de 5 protections hygiéniques par jour : cela représente plus de 11.400 protections hygiéniques utilisées au cours d’une vie. Les estimations du coût des règles sont très variables, la fourchette basse estime à 4.500€ de dépenses au cours d’une vie.

Cette situation porte atteinte à leur dignité et constitue par ailleurs un frein à l’insertion de milliers de personnes seules, mères isolées, étudiantes touchées de plein fouet par la crise due à la pandémie. C’est également un facteur de risque pour la santé en cas de renouvellement insuffisant des protections, en témoignent les scandales autour du syndrome du choc toxique.

Un sondage de l’IFOP pour 20 minutes et Eve, datant de février 2021, montre que 30% des femmes en France sont ou ont été touchées par la précarité menstruelle.

Des promesses du gouvernement français encore à tenir

Depuis février 2020, le gouvernement français met en place des dispositions pour tenter de répondre à cette problématique. Une première expérimentation dotée d’un budget d’un million d’euros, pour donner des produits de protection hygiénique à des personnes précaires, a été conclue.

Puis en 2021, le gouvernement a annoncé l’augmentation du budget pour lutter contre la précarité hygiénique et menstruelle à 5 millions d’euros. Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, a déclaré, le 23 février 2021, que dès la rentrée prochaine, en septembre 2021, les protections hygiéniques seront gratuites pour les étudiants et étudiantes.

Ce dernier engagement s’inscrit dans la lignée de l’enquête publiée par l’Association nationale des étudiants et étudiantes sages-femmes (ANESF) et l’Association fédérative des étudiants et étudiantes picto-charentaises (AFEP). Cette enquête met en lumière les choix que doivent faire certains étudiants et étudiantes menstruées, notamment entre protections hygiéniques et nourriture, alors que des essais concluants ont été lancés dans plusieurs universités, notamment à l’université de Lille, ou à Rennes II.

Nous voulons aujourd’hui que le gouvernement tienne ses engagements. En effet, Emmanuel Macron avait annoncé une réponse concrète à la question de la précarité menstruelle au premier semestre 2021, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Ce sont encore des associations, telles qu’Humanity Diaspo, qui répondent aux besoins de plus de 50.000 personnes, femmes, mères et étudiantes sur le volet de la précarité hygiénique et menstruelle, uniquement grâce aux soutiens de fondations engagées sur ces sujets comme la Fondation L’Oréal et Fondation de France, et l’entraide interassociative avec Règles Élémentaires. Malheureusement, et malgré les dizaines de sollicitations, les engagements de l’État et des collectivités territoriales n’ont pas contribué à cette réponse d’urgence apportée depuis le premier confinement.

Distribution de protections périodiques à des étudiants et étudiantes par Humanity Diaspo

Les associations continuent de se substituer aux prérogatives de l’État sur le terrain pour répondre aux besoins dans ces domaines sans le moindre soutien financier. C’est aussi grâce au travail de nombreuses associations que le sujet des règles est devenu un sujet de débat public. Des dispositifs de prise en charge qui répondent aux besoins que les règles représentent se multiplient ; maintenant, il est impératif qu’ils soient accessibles au plus grand nombre.

L’État doit soit assurer les prérogatives d’ordre public, répondant aux besoins des personnes menstruées précaires, soit assumer de déléguer cette tâche aux associations qui comblent ce manque en les finançant.

Une période symbolique pour agir

La période est particulièrement propice à ces efforts. La crise sanitaire du covid-19 a eu un fort impact sur la santé menstruelle des étudiants et étudiantes menstruées, poussant davantage d’entre elles et eux dans la précarité.

Les conséquences sexospécifiques de la crise n’ont pas été totalement prises en compte : la paupérisation des femmes s’est accentuée et l’accès à la santé sexuelle et reproductive n’a pas été assuré. Cette situation est d’autant plus dommageable que la France, co-présidente du Forum Génération Égalité, est championne de la coalition d’action sur les droits et la santé sexuels et reproductifs.

La France se doit d’entreprendre des actions à la hauteur de ce rôle pour impulser un mouvement international de sensibilisation et briser le tabou des règles, comme cela a été fait notamment au G7 lorsque l’égalité femmes-hommes a été reconnue comme grande cause mondiale.

Il est crucial de favoriser un meilleur accès aux protections périodiques aux personnes menstruées les plus vulnérables : c’est un droit inaliénable que de vivre dignement et de répondre à ce besoin de première nécessité.

2021 est une année cruciale, une année de plaidoyer diplomatique pour l’égalité de genre dans le cadre du FGE et la dernière ligne droite avant la campagne présidentielle de 2022. Des actions concrètes sont attendues depuis les récents engagements du Président de la République alors que la précarité menstruelle constitue un enjeu de santé publique.

Ces actions, promises pour 2021, ne devront être qu’une première avancée politique : le droit de pouvoir aller à l’école ou au travail et rester en bonne santé durant ses règles ne doit pas disparaître en mai 2022.

Humanity Diaspo et l’Institut du Genre en Géopolitique

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Aïda Djoupa

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Commentaires

Anya Hopes

On en parlait avec maman il y a quelques jours d'ailleurs : financièrement, le budget des protections mensuelles est assez important. Mais quelque part c'est pas étonnant que ce ne soit pas "une priorité" quand on sait que très peu de pilules sont remboursées intégralement par la Sécurité Sociale (la mienne ne l'est pas et ma gynécologue pète régulièrement des câbles quand on sait que selon les personnes, tu ne prescris pas les mêmes pilules aux patientes).
 

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