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Cinéma

Mi-problématique, mi-plaisant, on a revu « Elle est trop bien » en 2021

Comment revoit-on un des teen movies les plus emblématiques des années 90 avec nos yeux d’aujourd’hui ? Et alors que le sexisme nous saute aux yeux, le remake fraîchement sorti sur Netflix répare-t-il nos mauvaises impressions ?

Après Clueless et bien avant la trilogie des High School Musical, il y a un classique des teen movies de la fin des années 90 qui a marqué toute une génération : Elle est trop bien, en anglais She’s All That (et Elle a tout pour elle au Québec) — dispo en VOD sur Canal+.

Elle est trop bien, c’est une histoire cousue de fil blanc : Zack, le mec le plus canon et populaire du bahut, s’est fait larguer par Taylor. Pour réparer l’humiliation, ses amis lui lancent un défi : séduire Laney, l’intello de service, et faire d’elle la reine du bal de promo.

Vous le voyez venir : Zack va se rendre compte que la nerd en question est 1/ pas si nunuche que ça 2/ une fille canon (si tant est qu’elle s’en donne un peu la peine, mais on y reviendra plus tard). Et forcément, il va tomber super amoureux de Laney.

Elle est trop bien, c’est une foule d’ingrédients pour une romance un peu tarte mais finalement parfaitement dans les codes de son époque. À commencer par la crème de la crème des années 90 : Gabrielle Union, Paul Walker, Anna Paquin, Clea DuVall, Usher Raymond sont au casting, sans oublier un tout jeune Kieran Culkin (qu’on retrouve aujourd’hui dans Succession) !

C’est aussi une scène de danse magistrale au bal de promo, avec Fatboy Slim et son culte The Rockefeller Skank. Et comment oublier aussi la fameuse scène où Laney descend lentement les escaliers dans sa robe rouge et où Zack la découvre débarrassée de ses oripeaux et de ses binocles, comprenant enfin qu’elle n’est pas un vilain petit canard mais un cygne majestueux ?

Le passage obligé du makeover

Ne nous voilons pas la face : on aime toujours une bonne métamorphose. C’est efficace, et il y a toujours une super musique pour l’accompagner — ici, Kiss Me, tube de ce groupe que tout le monde a oublié, Sixpence None the Richer. Allez, avouez, vous l’avez déjà dans la tête.

Dans Elle est trop bien, on voit venir ce makeover gros comme une maison. On sait dès le départ que Laney n’est pas dans les canons de beauté du lycée… juste parce qu’elle porte des salopettes trop grandes et des lunettes. Mais est-elles vraiment si repoussante que ça ? Laney est-elle vraiment si hors normes par rapport aux diktats du bahut ?

Non : un peu comme Clark Kent, il suffit qu’elle enlève ses lunettes et la voici devenue une toute autre personne !

Le message sous-jacent du makeover reste le même : pour se faire accepter, il faut jouer le jeu et rentrer dans le moule. Devenez sexy et on vous traitera avec enfin un minimum de respect…

En cela, Elle est trop bien est terriblement normatif. La morale du film laisse entendre qu’il faut savoir dépasser ses a priori, ne pas se fier aux apparences, mais s’adresse presque autant aux élèves les plus populaires, superficiels et imbus d’eux-mêmes (Zack, Taylor et tous les autres), qu’à Laney, qui ne s’entend pas avec ses camarades et n’est pas populaire à cause de sa propre arrogance.

Le film laisse entendre que certes, Laney est en bas de l’échelle sociale au lycée, mais qu’elle a aussi dressé des murs autour d’elle. Si elle est rejetée, c’est parce qu’elle l’a un peu cherché. Et si elle n’était pas si hautaine et qu’elle cherchait à s’intégrer, peut-être qu’on l’apprécierait enfin.

Ce message n’est pas forcément inintéressant, mais manque ici de bienveillance, surtout pour un film qui s’adresse aux ados. Surtout quand certains comportements franchissent clairement la limite du harcèlement scolaire et que la seule réponse apportée est « faites un effort et devenez comme les autres » !

Un remake malvenu ?

Elle est trop bien méritait-il un remake ? Peut-être bien. Cela dit, personne n’est dupe : on voit bien la stratégie de Netflix qui tente à la fois de jouer sur la nostalgie de celles qui étaient fans du film, tout en séduisant la Gen Z ! Néné nous a déjà fait le même coup avec Moxie, après tout.

Mais Il est trop bien est peu convaincant, à part pour passer une heure et demie à distinguer ce qui rappelle le film originel et les passages obligés d’un film qui doit parler à des ados de 2021… Même la présence de certains anciens acteurs — Rachael Leigh Cook et Matthew Lillard — ne suffit pas à passer un bon moment.

Petite originalité, le remake ne se contente pas de transposer l’intrigue : Il est trop bien fait le pari du gender swap puisque c’est une fille qui va piéger un garçon.

Padgett, l’héroïne incarnée par l’influenceuse Addison Rae, est superficielle et accro aux réseaux sociaux… mais elle a bon coeur (c’est même elle qui paie les factures de sa mère grâce aux revenus générés par ses partenariats), et tout comme le personnage de Freddie Prince Jr, elle est très vite dépassée par l’horrible pari et comprend son erreur.

En face, on découvre Cameron, qui comme Laney est un âââârtiste (en gros, il prend des photos de détritus dans les poubelles) et n’a que du mépris pour ses congénères du lycée. Sauf que derrière ses vilaines mèches de cheveux et ses fringues de ringard, il y a quand même un beau gosse qui sommeille et que Padgett va évidemment trouver.

Cet échange fonctionne-t-il vraiment ? Ce changement par rapport au scénario originel semble surtout nous envoyer un message : « Regardez, les filles ont du pouvoir ! Elles sont aussi capables de faire un truc aussi abject que de mentir à quelqu’un dans le but de le séduire. »

Niveau progrès, on a vu mieux.

En restant si proche de l’esprit normatif de Elle est trop bien, le remake sauce Instagram loupe le coche. Alors que Netflix s’était pourtant illustré par des teen movies romantiques avec des héroïnes moins archétypées et des losers de genre féminin réalistes (Sierra Burgess is a loser, Si tu savais…), c’est comme si la plateforme retombait dans les vieux travers des teen movies d’antan.

Alors, par quoi allez-vous vous laisser convaincre ? La séance nostalgique ou la nouveauté du remake ?

À lire aussi : Trente ans après sa sortie, j’ai enfin vu le film culte et féministe « Thelma et Louise », et il n’a pas pris une ride

Crédit photo : Bac Films


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Les Commentaires

12
Avatar de Aesma
18 septembre 2021 à 19h09
Aesma
@MorganeGirly Ouuuuh merci infiniment pour cette analyse poussée uppyeyes:
Y avait des trucs qui me gênaient mais comme j'ai écris mon commentaire plusieurs jours après avoir vu le film j'avais oublié la plupart.
Contenu spoiler caché.
0
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