Trente ans après sa sortie, j’ai enfin vu le film culte et féministe « Thelma et Louise », et il n’a pas pris une ride


Le film de Ridley Scott est sorti en mai 1991. Non seulement on le revoit toujours avec autant de plaisir, mais il trouve toujours une résonance chez les féministes d'aujourd'hui.

Trente ans après sa sortie, j’ai enfin vu le film culte et féministe « Thelma et Louise », et il n’a pas pris une rideSolaris Distribution

J’ai longtemps eu un peu honte de ne pas avoir vu Thelma et Louise.

Sûrement parce que je suis ce genre de personne un peu pénible qui s’exclame « Quoooi, t’as jamais vu [glisser ici un nom de film que j’estimerai indispensable d’avoir vu] ? ». Oui, je l’admets, c’est tout à fait moi d’avoir ce genre de réactions pédantes face à une personne qui n’a pas vu un classique.

En ce qui concerne Thelma et Louise, l’occasion ne s’était juste jamais vraiment présentée. Zéro excuse.

Découvrir Thelma et Louise malgré les spoilers

À la faveur du premier confinement, j’ai enfin regardé le chef-d’œuvre de Ridley Scott qui met en scène Geena Davis et Susan Sarandon en héroïnes en cavale dans le désert. Contrairement à beaucoup de films que l’on découvre après tout le monde et dont on se dit qu’on en attend forcément un peu trop (« C’est ok, mais faut pas non plus en faire une montagne »), je l’ai trouvé formidable.

J’aurais même aimé le voir plus tôt. Évidemment, l’effet de surprise était faible : je connaissais grosso modo la trame du film, et surtout son issue. Merci la pop culture qui détourne et divulgâche sans vergogne les œuvres cultes.

J’avais donc déjà vu les derniers plans fatidiques : leurs regards, leur baiser (improvisé, seule Geena Davis était au courant des intentions de Susan Sarandon), leurs poings serrés l’un dans l’autre, la Thunderbird qui vole au-dessus du canyon, comme suspendue dans les airs.

La grandiose et terrible fin de Thelma et Louise

J’aurais sûrement aimé être cueillie par cette fin. J’imagine très bien dans quel état de sidération j’aurais été au moment du générique. C’est une sacrée audace que de permettre à ces deux héroïnes de préférer la liberté (et donc la mort), plutôt que de se rendre et d’être séparées. Mais elle les rend aussi immortelles. Cette fin est terrible, mais je n’en vois pas d’autre qui aurait pu aussi bien clore ce film et rendre hommage à ces deux personnages.

Pour la petite anecdote, il avait été suggéré pendant le tournage que Thelma en réchappe, poussée hors de la voiture par Louise au tout dernier moment. C’est grâce aux actrices que cette fin est celle que nous connaissons.

L’idée de voir Thelma rouler dans la poussière éjectée par son amie de toujours, en train de regarder la voiture disparaître dans le ravin me parait délibérément cruelle. Sauvée, certes, vivante, mais seule. Heureusement, Susan Sarandon et Geena Davis ont fait en sorte que leurs personnages disparaissent ensemble, et c’est bien plus fort ainsi.

Aujourd’hui cette fin appartient à la pop culture. Elle a été célébrée par de nombreux détournements, comme dernièrement par James Corden, avec Susan Sarandon elle-même :

 

D’ailleurs, en découvrant le trailer du film, je constate qu’il était presque vendu comme une comédie (certaines scènes sont effectivement très drôles), comme un road-trip feel good entre copines, où l’on discerne tout juste quelques actions illégales, mais rien de bien méchant (comme tuer un type).

Forcément, la bande-annonce de l’époque se devait de ménager un peu de suspense, et surtout de ne pas faire trop peur en montrant des femmes qui n’ont pas besoin d’hommes, émancipées, indépendantes, voire violentes :

Mais elle élude aussi le motif de leur fuite, la dureté et la violence du film, la nécessité qu’ont ces deux femmes de fuir leur environnement (l’horrible mari de Thelma, mais aussi en un sens, leur petite vie morne à l’une et l’autre).

Enfin des femmes qui ripostent

Quand on y regarde de plus près, Thelma et Louise s’enfuient pour échapper à leur quotidien, pour être libres et pour prendre en main leur destin, jusqu’au bout. Ce sont deux hors-la-loi en fuite dans le désert, après que l’une ait abattu l’homme qui s’apprêtait à violer l’autre. Mais surtout, deux femmes qui ne seront pas sauvées par quelqu’un d’autres qu’elles-mêmes. Qui vont apprendre à se défendre, à riposter, qui vont s’émanciper.

La scénariste Callie Khouri raconte une anecdote qui l’a inspiré, une scène banale de harcèlement de rue où un homme lui avait lancé qu’il voulait qu’elle lui « suce la bite » :

« Pendant une seconde je me suis emportée. J’ai enlevé mes lunettes de soleil, j’ai marché jusqu’à sa voiture et j’ai dit “Et moi j’aimerais tirer dans ta putain de tronche”. Ça lui a fait peur. Ce type ne me connaissait ni d’Eve ni d’Adam, et c’est le genre de choses qu’il dit à une inconnue dans la rue ? J’étais si en colère, et en même temps heureuse d’avoir pourri sa journée. De lui avoir fait peur, peut-être même dissuadé de reparler comme ça à une autre femme. »

Thelma et Louise donne du pouvoir aux femmes, notamment à celles qui comme Thelma ou Louise sont des femmes normales, comme on en voit tous les jours.

Trente ans après, certaines choses n’ont pas changé

L’histoire de Thelma et Louise se situe bien avant le mouvement MeToo de 2017. Et tristement, on sait que certaines choses n’ont pas beaucoup changé.

Avoir flirté avec son agresseur, avoir consommé de l’alcool ou des stupéfiants, avoir porté une tenue jugée trop suggestive : toutes ces choses sont autant d’éléments risquant de remettre en cause la parole d’une victime d’agression sexuelle. C’est ce que dit Louise à Thelma, après avoir abattu l’homme qui a tenté de la violer.

Thelma n’est pas la victime parfaite. Et de son côté, Louise a tiré froidement sur un homme alors que son amie n’était plus en danger. Toutes les deux n’ont aucune chance face à la justice. Louise le sait, personne ne les croira, elles seront forcément en tort.

Ce propos sur les violences sexuelles, sur la culture du viol, sur ce que vivent les victimes, à travers Thelma, mais on le devine aussi, à travers Louise, fait de ce film un objet intemporel. Trente ans après sa sortie, la justesse avec laquelle ce sujet est abordé, fait que beaucoup de féministes s’y réfèrent toujours comme un film incontournable.

Aujourd’hui encore, les deux interprètes de Thelma et Louise ne manquent pas d’évoquer cette œuvre culte qui a changé leur carrière (de façon différente pour l’une et l’autre), elles qui se sont engagées contre le sexisme et les violences dans l’industrie du cinéma.

« Je me jetterai encore d’une falaise avec toi avec bonheur ma chère », a tweeté Geena Davis à Susan Sarandon, preuve aussi que Thelma et Louise est une ode aux relations entre femmes, à l’amour et à l’amitié inconditionnels qu’elles se portent.

Ça aussi, c’est encore rare au cinéma, et donc forcément, furieusement révolutionnaire.

À lire aussi : Ces scènes de films cultes que l’on peut revoir en boucle

Maëlle Le Corre

Maëlle Le Corre


Tous ses articles

Commentaires

Iphise

Ce n'est pas mon film préféré mais il est vrai que quand je l'ai vu avant d'être féministe ou de connaître ce mot, je me suis sentie libérée comme elle mais en même temps je pleurais pour la fin non pas parce qu'elles se sont tués mais parce que je brûlais d'injustice. Je trouvais injuste que personne ne les soutiennent, personne ne les croient. Et j'avais entre 14 et 16 ans. J'ai eu envie de frapper quelqu'un. Tous les hommes qu'elles ont croisé en route.
Au fond de mon cœur, je pense qu'il y a des Thelma et des Louise partout dans le monde qui veulent juste être libre.
 

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!