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« Marche des pères pour l’égalité » : l’arbre de la paternité cache la forêt du masculinisme

Une « marche des pères pour l’égalité parentale », rassemblant dix membres d’un collectif créé en janvier 2020, partait mercredi de Marseille pour rejoindre Paris. Mais que défendent-ils vraiment ?

Dans les revendications énoncées lors de cette manifestation, on trouve principalement la garde alternée automatisée en cas de divorce — « Il faut faire de la résidence alternée un principe de base dans l’intérêt des enfants », énonce Rémy sur France Bleu.

Ils réclament aussi un renforcement de la loi pour les non-représentations d’enfant, et des mesures contre l’éloignement géographique volontaire.

Cette proposition de garde alternée obligatoire revient régulièrement sur le devant de la scène ; elle a été vivement critiquée dans une tribune du Monde, en 2017, par un collectif de féministes qui craignait notamment une paupérisation accrue des femmes.

En effet, en prévoyant une résidence alternée des enfants automatisée dans la loi, les militantes anticipaient que celle-ci ne serait, dans la réalité, pas à temps véritablement égal et pas équilibrée non plus en termes d’implication, tandis qu’il n’y aurait plus de pension alimentaire ou de prestation compensatoire et que fiscalement — notamment pour les allocations familiales — les mères seraient les grandes perdantes. Ce collectif pointait aussi du doigt les violences fréquentes à l’encontre des enfants perpétrées par les pères.

Ce collectif de dix personnes, dont la marche a été largement relayée dans les médias, réclame donc que les pères puissent obtenir la garde alternée plus largement. Mais dans les faits, vous savez quoi ?

Les pères ne la demandent pas.

La garde des enfants est majoritairement confiée à la mère…

Actuellement, en cas de séparation ou de divorce, la résidence des enfants est dans la grande majorité des cas fixée chez la mère, avec en général un droit de visite et d’hébergement, souvent un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.

En effet, dans 71% des cas, la garde est confiée à la mère. Dans 17% des cas, il y a une résidence alternée. Dans environ 12% des cas, la résidence est fixée chez le père. Les enfants sont donc majoritairement confiés à leur mère.

Les pères qui font partie d’associations ou qui prennent la parole publiquement pour dénoncer cette inégalité ont-ils raison de le faire ? Quelles sont leurs motivations ?

…parce que les pères ne la demandent pas

Le sociologue Édouard Leport, reçu dans le podcast Les Couilles sur la table de Victoire Tuaillon, nous apprend dans le très instructif épisode Au nom des pères qu’un accord entre les parents est établi dans 80% des cas avant même de passer devant le juge. Le passage au tribunal ne fait donc qu’entériner l’accord préalablement établi entre les parents.

Dans les 20% restants, le conflit porte le plus souvent sur la pension alimentaire. Les désaccords sur la garde sont extrêmement minoritaires.

Au nom des pères

Les chiffres concernant les demandes de garde sont très éclairants :

« Selon le ministère de la justice, 18,8% des pères font la demande de la résidence alternée, et 17,3% d’entre eux l’obtiennent. »

Dans la très grande majorité des cas, soit les pères sont d’accord avant le jugement, soit ils ne sollicitent pas la garde. Ce qui explique très simplement qu’ils ne l’aient pas.

Une médiatisation problématique des « pauvres pères »

Ces associations (SOS Papa, Urgence Papa, Les Papas = les Mamans…), les prises de parole de pères réclamant la garde de leurs enfants, les événements comme cette marche de Marseille à Paris sont très médiatisés mais colportent souvent de fausses informations, sans qu’elles ne soient remises en cause.

Ces collectifs accusent la justice d’être misandre, prônent une coparentalité plus active — comment ne pas être d’accord ? Mais ces associations dites « de défense des pères » cachent en réalité d’autres valeurs.

Édouard Leport, auteur de la thèse Quand les pères montent la garde. Discours, pratiques et conscience de domination dans les mobilisations collectives de pères séparés, l’exprime clairement :

« Ces associations ont un toujours un fond masculiniste. Ils se servent de la figure du bon père de famille pour réaffirmer la suprématie du pouvoir masculin. »

L’exemple d’une vidéo du média Konbini est assez frappant. Cette dernière était consacrée à un père, présenté comme désespéré car privé de la garde de son fils, alors qu’il était en fait l’auteur de violences conjugales… L’erreur avait été reconnue et la vidéo supprimée.

On peut aussi citer ce père, en 2013, qui était passé dans de nombreux JT pour s’être enfermé pendant trois jours dans une grue, réclamant le droit de voir son fils. L’homme était membre de l’association SOS Papa, qui s’inspire des mouvements masculinistes américains.

Selon l’association Parents et féministes, les médias ne devraient pas mettre en avant les initiatives prônant une égalité dans la garde des enfants sans prendre un minimum de recul.

Marchedesperes

Pour une meilleure répartition entre les deux parents

Bien sûr, il est positif que les pères s’engagent plus dans la parentalité et réclament une égalité dans la charge, le soin et l’éducation des enfants. Mais il faudrait aussi que les motivations ne soient pas sexistes et que les pères s’impliquent réellement !

Un changement de mentalités devra d’abord avoir lieu. En effet, il est encore trop souvent « acquis » que la mère possèderait plus de compétences – innées – pour s’occuper des enfants.

Il existe cependant des avancées : les derniers chiffres de l’Insee montrent une augmentation significative de la garde alternée.

« Selon des sources fiscales, la part des enfants alternants a doublé entre 2010 et 2016, pour atteindre 2,7 % des enfants mineurs […] l’alternance continue d’augmenter : 3,4 % des enfants vivent en résidence alternée en 2020, contre 3,0 % en 2018. »

Par ailleurs, dans le rapport rendu par la Ciivise, Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, on constate un mouvement inverse : les mères ne sont pas entendues et peinent grandement à avoir la garde exclusive des enfants, en cas de violences conjugales et d’incestes.

Ce rapport pointe des manquements importants et réclame la prise en compte de la parole des mères.

Restons donc vigilants et vigilantes sur les demandes des groupes de pères car si elles semblent partir de bonnes intentions et être tout à fait louables, il s’agit bien souvent de chevaux de Troie qui espèrent convaincre l’opinion publique que les mères sont de bien mauvaises personnes qui empêchent les pères de voir leur progéniture et que la justice est misandre – alors que c’est l’inverse : elle est pétrie de biais misogynes.

À lire aussi : Je n’ai pas réclamé la garde de ma fille, et tout va bien pour nous

Image de une © Pexels/Negative Space

Les Commentaires
19

Avatar de Kaktus
17 novembre 2021 à 18h12
Kaktus
la plupart ont été accusés à tord de pas mal de chose comme c'est souvent le cas.

comment être parent quand on voit son enfant 4jours par mois? juste parce que mésentente avec l'autre parent?

Je commence à être fatiguée des gens qui parlent sans rien connaitre du sujet. Tu expliques aux gens comment soigner un cancer sans avoir ouvert un livre de médecine ? Tu expliques aux gens quelles sont les causes du déficit d'un organisme de service public sans avoir lu un rapport de la Cour des comptes ? Non. Eh bien tu n'expliques pas aux gens et surtout tu ne les insultes pas concernant les gardes et pensions alimentaires sans avoir lu les rapports de la DREES et de l'INSEE.
Ce que tu dis est complètement faux.
La plupart des pères ne demandent pas la garde totale ou la garde partagée. On n'obtient pas ce qu'on ne demande pas. Ils veule t voir leurs enfants plus de 4 jours par mois ? Ils n'ont qu'à bouger leur cul.
Quand ils demandent la garde partagée et que la mère aussi, très souvent elle est accordée.
Quand il y a conflit (ils demandent une garde partagée pu totale mais la mère demande une garde totale), s'ils ne l'obtiennent pas, c'est souvent qu'ils ne sont pas en capacité d'assurer la sécurité émotionnelle et/ou matérielle de l'enfant (violences, drogues, sans emploi, logement trop petit, etc.).
La plupart des mères perdent en niveau de vie après une séparation même quand les pères paient la pension. Or, beaucoup d'entre eux ne la même paient pas d'ailleurs. Les femmes gagnent généralement moins que les hommes. Donc garder le logement familial est souvent au-dessus de leurs moyens et le montant RIDICULE des pensions alimentaires ne suffit pas.
je n'aime pas du tout le ton donné à cet article typé féministe extrémiste
Et moi je n'aime pas du tout le ton de ton commentaire typé mysogine extrémiste incapable de se renseigner avant de cracher son venin sur des mères qui pour la plupart font ce qu'elles peuvent face à des pères démissionnaires et victimistes.
je ne connais pas l'auteur de votre article mais je crois qu'elle n'a rien compris....
Si tu veux voir quelqu'un qui n'a rien compris, regarde-toi dans une glace avant de mépriser l'autrice de l'article.
C'est quand même complètement DINGUE d'insulter l'autrice et les femmes en général sur la base d'éléments totalement FAUX parce que tu as préféré te baser sur des préjugés que de lire des rapports en ligne accessibles à tous gratuitement et faciles à lire.
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Voir les 19 commentaires

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