« Le Prieuré de l’Oranger », le roman de fantasy féministe qui manquait à votre vie


Des critiques dithyrambiques depuis sa première parution lui prédisent un destin à la Game of Thrones. Mais pourquoi un tel engouement ? Voici comment Le Prieuré de l’Oranger casse les codes de la fantasy !

« Le Prieuré de l’Oranger », le roman de fantasy féministe qui manquait à votre vie

En partenariat avec J’ai lu (notre Manifeste)

À première vue, ce roman est assez impressionnant. L’autrice Samantha Shannon n’en est pas à son coup d’essai côté fantasy, avec une première saga à succès intitulée The Bone Season  dont le premier tome est sorti en 2013. J’ai lu n’a donc pas hésité une seule seconde à publier le nouveau projet de la romancière, Le Prieuré de l’Oranger, paru le 3 février 2021 !

On note le coup marketing réussi, avec Ivan Belikov qui a accepté de dessiner la couverture. Pareil pour le livre en lui-même : si vous êtes habituée des sagas, l’autrice et sa maison d’édition se sont risquées à publier un très long one shot. On vous l’accorde, ces 1500 pages peuvent paraître effrayantes, mais elles sont surtout captivantes.

L’univers du Prieuré de l’Oranger

La force d’un bon roman de fantasy repose principalement sur la capacité de son auteur ou autrice à créer un univers. Vu le nombre de pages du livre, vous vous en doutez, Samantha Shannon a pris le temps de peaufiner les détails, mythes et légendes de ce joli petit monde !

Ici, comme dans beaucoup d’œuvres de fantasy, une carte a été imaginée pour comprendre où vous vous situez durant les intrigues. Car, évidemment, vous en suivez plusieurs simultanément. Dans un premier temps, il est nécessaire de garder la carte à portée de main

Plongez dans une contrée où règnent des femmes, qui côtoient des dragons et se confrontent à des retournements de situation politiques. À l’Ouest, les bêtes fantastiques ailées sont redoutées et tuées : c’est là où se situe le reinaume d’Inys, gouverné par la reine Sabran IX, qui doit à tout prix concevoir un héritier. Cette reine est protégée secrètement par une autre femme, qui se fait passer pour une simple dame de compagnie : Ead

À l’inverse, à l’Est, se trouve un continent qui vénère les dragons et où certains élus sont même entraînés à les chevaucher, à l’image de Tané, qui est apprentie dans la garde de l’île de Seeiki. 

Et oui, vous le devinerez, les trois personnages principaux sont des femmes.

Un roman de fantasy féministe qui fonctionne

Associer féminisme et fantasy peut paraître un exercice risqué… D’ailleurs au moment où nous écrivons cet article, le traitement de texte nous signale le mot reinaume comme une faute de français !

Dans ce genre littéraire, il est vrai que les personnages féminins sont très souvent stéréotypés. Il y a la mère, la vierge angélique ou la femme-objet, et, quelques fois, au détour d’une page, une guerrière. Mais il est encore trop rare que le sort de ces femmes serve autre chose que la destinée du héros

Dans Le Prieuré de l’Oranger, Samantha Shannon prend le parti de mettre sur le devant de la scène les personnages féminins. Ces trois femmes ne sont pas sexualisées ; l’autrice ne s’attarde pas sur des descriptions de leurs corps sur plusieurs paragraphes. La seule qui figure dans tout le roman tient d’ailleurs sur quelques lignes : 

« Des hanches rondes, la taille fine, des seins charnus aux mamelons tendus. Des jambes longues, musclées par l’équitation. Quand elle aperçut l’obscurité entre elles, Ead fut parcourue d’un frisson… »

Parmi les personnages secondaires, on trouve aussi beaucoup de femmes — et plus intéressant encore, elles ne sont pas toutes hétérosexuelles.

Très bien amenées, les relations homosexuelles on droit au même traitement que les romances hétéro. D’ailleurs, la seule réelle histoire d’amour sur laquelle s’attarde le roman unit deux personnes du même genre. Les autres relations qui font vivre le récit sont amicales. Car oui, une femme n’est pas forcément « la femme de » ou une amoureuse transie… Elle peut exister par elle-même dans une fiction, et nouer des liens précieux sans qu’il n’y ait de mariage en vue !

Sous couvert d’une supposée inspiration de l’univers moyenâgeux, la fantasy habituelle n’hésite pas à surexploiter les violences faites aux femmes, prétextant une « exactitude historique » discutable : les personnages féminins sont souvent battues, violées, monnaie d’échange, mariées de force, harcelées, et on en passe. Dans le Prieuré de l’Oranger, les femmes sont maîtresses de leur destin et sont sur un pied d’égalité avec les hommes. Le tout dans un récit très bien mené.

l'autrice Samantha Shannon

(c) Louise Haywood-Schiefer

La recette d’un best seller de fantasy

Ce qui sort de l’ordinaire si vous vous lancez dans la lecture du Prieuré de l’Oranger, c’est la patte de Samantha Shanon. Les phrases sont courtes, ce qui construit un récit rythmé, et les thèmes classiques du genre (le retour d’un ennemi puissant, les élues, les retournements de situation ou les mythes anciens…) sont très bien distillés sur les 1500 pages.

Parlons un peu plus de ces mythes anciens, justement ! Outre son côté féministe assumé, l’autrice pointe du doigt un autre fait, tout aussi touchy : la déformation des textes historiques pour en faire une arme qui sert les dirigeants. On sent comme un petit parfum de critique de la religion là-dessous… Les protagonistes vont devoir se battre contre des légendes bien ancrées depuis des générations, pour découvrir des vérités cachées. 

Nous finirons sur cet adage : « les choses ne sont toujours ce qu’elles semblent être », et on vous laisse méditer là-dessus en dévorant Le Prieuré de l’Oranger. Pour celles qui ont peur de la crampe au poignet, sachez que J’ai lu édite également l’œuvre en version numérique, à bon entendeur !

Sophie Castelain-Youssouf

Sophie Castelain-Youssouf


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Commentaires

haricotbleu

@PotPourri
Je n'ai pas dit que j'étais d'accord avec la vision présentée dans le bouquin, mais j'ai trouvée intéressant justement les questions un peu à l'envers qu'il soulève par rapport à des œuvres qui traitent de la relation homme/femme de façon plus classique et moins dérangeante.
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Maintenant je ne suis pas souvent à chercher très loin quel message ça renvoie par rapport à notre société réelle quand je lis des fictions, j'avoue. J'aime simplement qu'on me présente des sociétés cohérentes en injectant des caractéristiques un peu inédites qui redistribuent les cartes de l'organisation et des relations sociales.

Pour la violence, tu as peut être raison, je ne m'en souviens pas... Ça fait trop longtemps que je l'ai lu, ma mémoire fuit.
Je me souviens avoir été mitigée sur pleins de choses (sauf que je saurais plus dire lesquelles aujourd'hui ^^'). Dans l'ensemble j'avais bien accroché, mais pas au point de le relire par contre.
 
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