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« Le couple et l’argent », de Titiou Lecoq est le livre à ne pas manquer ce mois-ci

Une fois par mois, Madmoizelle décrypte pour vous un livre à ne pas manquer écrit par une femme. Pour inaugurer cette chronique, on vous parle d’argent avec « Le couple et l’argent ; Pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes » de Titiou Lecoq.

Avec Le couple et l’argent ; Pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes, Titiou Lecoq signe un essai aussi pédagogique que corrosif qui décrypte la fabrique des inégalités financières et économiques. Le tout, en proposant des solutions pour régler enfin nos comptes.

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Les hommes toujours plus riches que les femmes

Colère et gratitude. C’est ce que l’on ressent en refermant le nouvel essai de Titiou Lecoq. Car avec Le couple et l’argent, Pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes — paru récemment aux éditions l’Iconoclaste — la journaliste et blogueuse, notamment autrice de Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale (Fayard, 2017), nous met face aux inégalités financières et économiques que nous subissons, plus ou moins consciemment, tout au long de notre vie. Et, comme après la lecture du percutant, Le prix à payer, ce que le couple hétéro coûte aux femmes de Lucile Quillet (Les liens qui libèrent), dont Madmoizelle a déjà parlé ici, l’addition est si salée qu’elle a bien du mal à passer. 

Les chiffres donnent d’ailleurs le vertige : entre 1998 et 2015, l’écart de patrimoine entre les femmes et les hommes est passé de 9 à 16%, selon une étude des économistes Nicolas Frémeaux et Marion Leturcq menée en 2020. En l’espace de 7 ans, ce chiffre a donc presque doublé alors même que l’on répète que les inégalités tendent à se résorber. Et, faut-il encore le rappeler, que la dernière étude de l’INSEE conclut à un écart de 5,7% de salaire, évidemment en défaveur des femmes, dans le privé pour un même poste et une même entreprise. Ou encore, qu’en moyenne, les femmes gagnent 32% de moins que leur conjoint. 

« Aux femmes, le don, aux hommes, le pouvoir »

Mais pourquoi ?  « On continue d’associer la féminité au don, donc à la gratuité, et la masculinité au pouvoir, donc à l’argent. Ces présupposés se retrouvent dans nos politiques fiscales et économiques aussi bien que dans la manière dont les familles fonctionnent au quotidien. La dynamique du don chez les femmes est simple, on leur a assigné une mission : elles doivent s’occuper des autres. Et elles doivent le faire gratuitement. On attend d’elles une forme de sacrifice », résume Titiou Lecoq dans son ouvrage. Avec pédagogie et humour, la journaliste s’emploie à détailler les mécanismes qui creusent l’écart économique entre les hommes et les hommes. Et ce, tout au long de notre vie, particulièrement lorsque nous sommes en couple. 

À lire aussi : Fin de la quasi-gratuité des frais de livraison de livres : mauvaise nouvelle pour le marché du livre ?

Pour illustrer son propos et le rendre accessible à tous, Titiou Lecoq — dont on avait déjà adoré le podcast « Rends l’argent » — nous fait suivre, chapitre après chapitre, de l’argent de poche à la retraite, les aventures amoureuses, familiales et économiques de Gwendoline. Une femme imaginaire, créée à partir de nous toutes ; vous, moi, votre mère, vos potes, la banquière comme la caissière. 

« Plus un métier est mal payé, plus il est féminisé, et plus il est féminisé, plus il est mal payé »

La trajectoire de Gwendoline, c’est une longue addition alourdie par toutes les injonctions directes ou indirectes qui pèsent sur nous. Dès l’adolescence, la vaste guerre contre nos corps que l’on juge trop poilus, grassouillets, boutonneux, pas assez fermes et le coût de cette entrée sur le marché économique de la féminité pour se conformer aux diktats qui nous entourent.

Adulte, Gwendoline travaille dans les professions du « care », où elle est sous-payée comme le sont tous ces métiers du lien et du soin pourtant si nécessaires. À ce sujet, soulève d’ailleurs Titiou Lecoq, « Plus un métier est mal payé, plus il est féminisé et plus il est féminisé, plus il est mal payé ». Bon, on est pas sorties de l’auberge. 

Le travail gratuit des femmes

Gwendoline est hétéro — mais, précise l’autrice, ce sujet concerne aussi les couples de même sexe — , tombe amoureuse et finit par emménager avec son mec. Comme près de la moitié des couples, ils ne parlent jamais d’argent. Il gagne mieux sa vie et lorsqu’ils deviennent parents, c’est elle, évidemment qui passe à temps partiel. Elle encore qui effectue l’essentiel des tâches ménagères et parentales, ce travail gratuit des femmes considéré comme un don, mais aussi comme un dû. 

Lorsqu’elle se sépare de son conjoint, Gwendoline réalise qu’après 20 ans de vie commune, il ne lui reste rien, n’ayant pas gagné assez pour rembourser l’emprunt de la maison ou de la voiture. Effacées, les milliers d’heures de ménage et de gestion de la vie familiale. Disparus, les achats pour les enfants mais aussi les courses… Gwendoline en a plein les ovaires, d’autant qu’elle doit aussi s’occuper maintenant de ses parents âgés quand son frère, lui, est « trop occupé ». Le tout avant de vivre son vieil âge avec une retraite maigrichonne n’ayant pas assez cotisé, ni mis de côté. Autant vous dire qu’à l’heure des comptes, Gwendoline a la rage, et nous aussi. 

Oser parler d’argent

Mais la bonne nouvelle dans tout ça, c’est que, comme le souligne Titiou Lecoq, rien n’est inéluctable. Si on ne peut pas personnellement changer le fonctionnement étatique, on peut apprendre à mieux le connaître, et parfois le contourner. Surtout, « la justice sociale commence à la maison » et l’égalité financière, ça se calcule. Pour cela, encore faut-il oser parler d’argent, en général, et plus particulièrement dans son couple. Un sujet encore tabou pour une majorité d’entre nous. L’autrice, elle-même, livre son récit personnel en la matière. Mais distille aussi, sans jugements de très très nombreux conseils. 

On vous en livre quelques-uns :  s’intéresser concrètement à l’argent du couple (salaire précis du ou de la partenaire, assurances vie, fournisseur d’énergie, assurances…) ; faire ses comptes pour savoir à quelle hauteur vous participez aux charges et quel pourcentage de vos revenus cela représente ; comptez le temps de travail domestique ; négocier avec son ou sa partenaire au plus juste ; participer aux grosses dépenses, même et surtout, si vous avez le plus petit revenu du couple ; regarder la façon dont votre taux d’imposition est calculé, s’il est « individualisé » ou « personnalisé » ; se constituer une épargne à son propre nom et non à celui de ses enfants, etc.

Mélangeant billet d’humeur teinté d’ironie, essai historique et économique truffé de références allant de Kim Kardashian à Michelle Perrot, récit intime et petit manuel de survie, l’ouvrage de Titiou Lecoq est une belle réussite. Un livre à l’effet explosif qui devrait vous enrichir, dans tous les sens du terme.

Découvrez Le couple et l’argent de Titiou Lecoq

Photo de Une : Unsplash / Manel & Sean

À lire aussi : Rentrée littéraire : 3 premiers romans à lire d’urgence


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Les Commentaires

43
Avatar de Ecil
18 novembre 2022 à 20h11
Ecil
Mais dans quel féminisme tu te reconnais , si tu n'adhères pas au raisonnement sur la répartition genrée ?
Hahaha j’ai exactement la même question !
2
Voir les 43 commentaires

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