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Source : Zacharie Ellia & Justine Lephay
Culture

Laurie Darmon : « L’injonction à être parfait·e est néfaste »

Un podcast, un livre et un spectacle pour mieux s’accepter. C’est le pari du projet « Corps à Coeur ». Rencontre avec Laurie Darmon, sa créatrice.

Pour sa troisième édition, le spectacle « Corps à Coeurs », imaginé et présenté par Laurie Darmon, prend ses quartiers aux Folies Bergère ce lundi 29 janvier. De nombreux artistes de la scène française y seront réunis pour un show multidisciplinaire sur le thème de la confiance en soi et du rapport au corps. Charles de Vilmorin, Louane, Marie S’Infiltre… Que se cache-t-il derrière l’image bien travaillée de ces idoles suivies de près par les jeunes générations ? Comment s’affranchir des normes esthétiques mainstream pour mieux s’accepter ? C’est à ces questions que s’attaque Corps à Cœur, également décliné en livre et en podcast. Rencontre avec la tête pensante derrière le projet, Laurie Darmon.

Interview de Laurie Darmon, créatrice du spectacle « Corps à Coeur ».

Madmoizelle. D’où t’est venue l’idée du projet Corps à Coeur ?

Laurie Darmon. Il est né de mon histoire personnelle. J’ai fait de l’anorexie mentale pendant dix ans, entre mes 17 et mes 27 ans. J’en ai parlé pour la première fois quand je me suis sentie guérie. C’était il y a quatre ans, dans une chanson qui s’appelle « Mai 2018 ». À partir de là, j’ai commencé à recevoir beaucoup de messages, de témoignages. Je me suis rendu compte que les troubles du comportement alimentaire concernaient beaucoup de monde, et que si on était plusieurs à prendre la parole pour raconter ce qui se passe derrière les apparences, pour confier la vulnérabilité qui nous anime tous profondément, ça pouvait vraiment résonner. Surtout auprès des plus jeunes.

Tu en as fait un spectacle et une chanson. Selon toi, quel rôle l’art a-t-il à jouer sur ces sujets ?

On se rend souvent compte que les personnes qui développent des troubles du comportement alimentaire sont dans un refus d’expression d’elles-mêmes. Comme si elles avaient un peu honte. Ou qu’elles avaient peur des choses qu’elles pourraient exprimer, du risque d’être perçues comme « marginales », car trop éloignées des normes et des conventions prescrites par la société.

Donc, souvent, on se retrouve enfermé dans l’inverse de l’expression, c’est-à-dire un muselage, une négation, un déni de soi, inscrit dans son corps. Et pour moi, l’art est le vecteur idéal pour sortir de ce silence et se soigner.

Pourquoi as-tu choisi d’inviter des artistes avec toi sur scène ?

Ma démarche a tout de suite été de mettre en avant des personnalités qui ont des images publiques. Parce que c’est l’imagerie qu’on reçoit dans l’enfance et à l’adolescence qui façonne la norme esthétique à laquelle on se réfère. Et cette imagerie est en partie constituée par les artistes qu’on admire et dont on voit seulement l’image publique, très bien travaillée. 

Quand je me suis lancée dans le métier, j’ai pris conscience des conventions et des injonctions qui nous imposent d’être parfaits dans la lumière par crainte que le public ne nous désapprouve sinon.

Je me suis alors dit que, si ces personnalités-là racontaient ce qu’il se passe derrière leur image publique, comment, pour de vrai, ils se sentent dans leur corps, comment ils s’acceptent et d’où ils viennent (parce que ce n’est pas inné d’avoir de la confiance en soi et leur confiance en eux n’est pas toujours aussi constante que ce que l’on croit voir)… et bien tout cela pourrait décomplexer les jeunes générations qui les admirent.

Et à la fois, ça nous libèrerait nous, les artistes. Car cette obligation d’être parfait est parfois malsaine et nocive, voire néfaste. Je me suis dit que leur faire faire l’expérience de la vulnérabilité affichée devant le public, leur permettrait aussi peut-être de s’apercevoir qu’en fait, le public, au-delà de les tolérer, va même peut-être mieux les aimer parce que, soudain, il y a une communion et tout le monde se ressemble.

Benjamin Siksou, Louane, Laury Thilleman… et beaucoup d’autres sont à l’affiche du spectacle parisien. Qu’est-ce qui vous lie ?

Déjà, comme je le disais, le fait de vivre de manière exposée. Mais, au-delà de ça, nous sommes quasiment tous issus d’une génération bien particulière, celle née dans les années 80-90. On a grandi dans les années 2000, à un moment où, quand on avait dix-quinze ans, on ne voyait que des images recouvertes de filtres de beauté. Donc, on partage une définition un peu commune de la norme esthétique et des canons de beauté, qui est particulièrement abîmée par rapport à la réalité de ce qu’est la beauté humaine. 

Et puis nous sommes bien sûr liés par notre amitié. Quand j’ai monté ce spectacle, j’ai eu envie de m’adresser en premier lieu à mes amis qui font des métiers d’image, parce que dans nos conversations intimes, ce sont des sujets qui reviennent souvent. On se confie, on se raconte, on se donne des conseils. J’ai eu la sensation que si les gens pouvaient accéder à ces conversations, ça pourrait peut-être les aider. Cette complicité, qui transparaît dans le spectacle, permet aussi d’humaniser les personnalités présentes.

Tu as donné carte blanche à tes invités. Résultat, tu as un spectacle multidisciplinaire. C’était volontaire ?

Oui ! Je voulais que le fond et la forme s’épousent totalement. Le sujet parle de vulnérabilité, d’un corps mouvant qui est divers et varié, qui n’a pas qu’une seule forme autorisée. Donc, je trouvais intéressant que le spectacle puisse aussi avoir plein de formes différentes. Je souhaitais qu’il soit, lui aussi, mouvant, que tous les médiums artistiques soient mis à l’honneur et que chaque artiste puisse s’exprimer à travers des performances hybrides faisant intervenir les disciplines artistiques de leur choix. Je pense que cette multitude de performances est une belle manière de retranscrire le plus fidèlement possible la vulnérabilité dont on parle.

Le spectacle s’accompagne d’un livre, paru aux éditions Robert Laffont… De quoi parle-t-il ?

Le livre raconte comment est né ce projet. Je reviens sur mon parcours personnel où je raconte pour la première fois dans les détails mon anorexie et ma guérison qui fut longue. Je m’appuie sur des archives personnelles, qui reviennent sur ce qu’une petite fille de dix, treize, quinze ans peut vivre. J’y ai mis des extraits de mes journaux intimes où on voit pour de vrai comment je voyais la beauté à ces âges-là. Et ensuite, je suis allée interviewer des artistes qui se sont confiés de manière assez intense sur leur rapport à leur corps. Ma première question fut à chaque fois « avais-tu une conscience de ton corps quand tu étais enfant ? ». Et à partir de là, on déroule !

Le projet « Corps à Coeur » c’est…

  • Un spectacle dont la troisième édition se tiendra le 29 janvier aux Folies Bergère à Paris.
  • Un livre signé Laurie Darmon, paru le 18 janvier, disponible aux éditions Robert Laffont
  • Un podcast, sorti le 23 janvier, disponible sur toutes les plateformes d’écoute

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