Le cinéma de genre français a connu un regain de popularité en 2017 au moment de la sortie de Grave, de Julia Ducournau. Inattendu, puissant, cruel, ce film souvent qualifié de féministe en raison de sa lecture possible sur la répression des désirs féminins, marquait un nouveau tournant dans le domaine
Depuis cette année-charnière, force est de constater qu’aucun film hexagonal ne s’est pourtant hissé au niveau de Grave. Enfin, jusqu’à récemment ! Car une autre fiction française est en passe de s’offrir les mêmes faveurs, et c’est largement mérité.
Ça s’appelle La Nuée, et c’est l’un des meilleurs films qu’on a vus cette année à Gérardmer, ainsi qu’ailleurs…
La Nuée, de quoi ça parle ?
Virginie (l’extraordinaire Suliane Brahim) est une agricultrice fauchée. Après avoir essayé d’élever des chèvres avec son mari, elle est désormais reconvertie dans un secteur novateur : l’élevage de sauterelles, un insecte très riche en protéines qui constitue l’alimentation de demain.
Mais ça, tout le monde n’est pas prêt à l’entendre ni à le comprendre. Ainsi, Virginie peine à vendre sa farine de sauterelles, d’autant plus que ces dernières se reproduisent de moins en moins.
En parallèle, la fille aînée de Virginie traverse une adolescence compliquée, car elle est sans cesse moquée par ses camarades de classe en raison du métier de sa mère. Les deux femmes entretiennent donc une relation conflictuelle, d’autant que l’éleveuse promet à sa fille qu’elle s’en iront bientôt, et recommenceront une nouvelle vie où Laura le souhaite. Ravie, l’adolescente s’imagine déjà tout recommencer loin de cette ferme qui semble leur porter malheur…
Mais un jour, Virginie découvre que ses sauterelles aiment le sang, que l’hémoglobine les rend plus grande, plus vigoureuses, et plus aptes, surtout, à se reproduire. Elle se met alors en tête de leur servir des proies pour faire grossir son élevage. Bientôt, les tentes à insectes se multiplient sur le domaine, et Virginie s’attire, sinon les foudres, au moins les fortes inquiétudes de sa fille.
Alors que l’agricultrice éprouve une relation de plus en plus trouble à ses créatures, elle se coupe de sa famille et la met malgré elle en danger. En même temps, il n’est pas très safe de garder dans son jardin des sauterelles cannibales…
La Nuée, l’œuvre la plus déroutante de Gérardmer 2021
Si l’horreur est votre dada, vous avez sans doute déjà entendu parler de La Nuée, et ce même avant le festival de Gérardmer où le film a concouru avant de s’offrir non pas une mais bien deux prestigieuses récompenses.
En effet, il y a quelque chose, autour de cette fiction, qui volette de foyer en foyer sans qu’on sache vraiment d’où est née la rumeur : La Nuée, personne ne sait vraiment ce que c’est, mais tout le monde a hâte de le découvrir.
Nous, on a pu le savourer bien tranquillement chez nous, car cette 28ème édition du festival du film fantastique de Gérardmer s’est déroulée de manière virtuelle.
Et la claque qu’on nous avait prédit a bel et bien fait vrombir tout notre corps. Ces tremblements ne venaient pas d’une peur habituelle, honnêtement, car La Nuée n’est pas de ces films d’horreur mainstream dans lequel tout est calibré pour vous faire sursauter, loin de là.
Au contraire, l’angoisse est insidieuse, pernicieuse ; elle s’infiltre par les fenêtres du foyer de Virginie, comme s’y seraient essayé les Oiseaux d’Hitchcock, auquel La Nuée fait parfois penser.
La Nuée, une fable sociale sur la précarité en milieu agricole
La Nuée, c’est un premier film dont on sent déjà qu’il est annonciateur d’autres grands projets. Et pour cause, Just Philippot ne pourrait pas s’arrêter en si bon chemin ! Le cinéaste parisien semble trop bien parti avec cette fable sociétale sur la précarité du en milieu agricole et sur la précarité tout court, qui précipite les familles dans des conflits parfois insolubles.
On a envie d’en voir encore mille, des films comme La Nuée, qui savent abandonner les clichés horrifiques pour se concentrer sur l’essence du récit et mieux le distordre, l’abîmer, le rendre bizarre.
Dans ce premier film, point de jump scares, encore moins de balançoires qui grincent, pas non plus de fantômes dans les placards ni de clowns grotesques, mais l’horreur, la vraie : le quotidien des gens sans le sou, survivant à peine dans un monde qui les a abandonnés.
La Nuée, à l’instar de Grave, ne filme pas gratuitement les chairs qui se déchiquettent mais se sert de l’hémoglobine pour raconter les dérives du monde. Ce film incarne à merveille la raison pour laquelle on aime l’horreur jusqu’à s’y perdre pendant des heures : elle décrypte la société avec originalité, en prenant comme prisme les tares des hommes comme des femmes.
Pour l’instant, ce film distribué par The Jokers — qui cette année avait deux films (La Nuée et Teddy) en compétition à Gérardmer — n’a pas encore de date de sortie. Mais soyez sûre qu’on vous la communiquera dès que la crise sanitaire permettra d’y voir plus clair !
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