« Dix pour cent » est-elle toujours une série d’avant-garde ?

Lorsque Dix pour Cent saison 1 est sorti sur France 2 en 2015, elle avait le bon goût d'être à l'avant-garde, sociétalement parlant. À l'aube de sa saison 4 sur Netflix, le programme est-il toujours ancré dans son temps ?

« Dix pour cent » est-elle toujours une série d’avant-garde ?

Certains programmes télé sont nés sous une bonne étoile.

Ou du moins sous la bonne égide de producteurs, réalisateurs et scénaristes, qui travaillent de concert pour la façonner avec tout le savoir-faire qu’un boulanger mettrait dans le pétrissage de sa pâte.

Mardi 13 octobre, c’est l’équipe de la série Dix pour Cent qui a fait au festival CanneSéries l’honneur de sa visite.

Rien de plus normal, vous nous direz, car les premiers épisodes de sa saison 4 feront la clôture du festival.

 

L’équipe de Dix pour Cent est au festival CanneSéries

En attendant, Camille Cottin, Grégory Montel et Nicolas Maury ainsi que les producteurs et réalisateurs de cette saison 4 se sont réunis dans la petite salle de l’espace Miramar, donc les embruns marins lèchent les murs en crépis.

Dans le cinéma plein à craquer de fans et de photographes, tous les fabricants de Dix pour Cent se sont prêtés au jeu du questions/réponses, levant le voile sur leur conception de la série, et sur son avenir.

Dix pour cent, une série avant-gardiste ?

En 2015, quand est sortie la série sur France 2, il était rare de voir des programmes grands publics diffusés en prime time qui présentaient des personnages principaux LGBT.

Pourtant, Dix pour Cent n’a pas eu peur de présenter une héroïne lesbienne, qui élève un enfant avec une autre femme. 

Elle n’a pas eu peur non plus de proposer un second personnage LGBT en la personne de Hervé.

Comme le souligne le producteur Dominique Besnehard :

« Aujourd’hui, c’est beaucoup moins rare. »

Oui mais voilà, en 2015, il fallait oser.

D’autant plus que deux ans avant, la France avait été agitée par le blabla éprouvant des anti-Mariage pour Tous, qui n’avaient cesser de défiler dans Paris, scandant leurs slogans d’un autre temps.

Alors présenter à cette époque sur France 2 des personnages gay assumés, en dehors des clichés, c’était déjà rafraîchissant.

Et le programme n’est pas prêt de s’arrêter d’être si ce n’est ultra en avance, au moins en total adéquation avec son époque.

En effet, de nouveaux auteurs sont arrivés aux manettes de cette saison 4.

Des auteurs qui, s’ils ont respecté les axes narratifs de Fanny Herrero, la précédente autrice, ont tenu à entrer encore plus profondément dans le psyché des personnages. 

Ainsi, Nicolas Maury révèle au public que, dans cette quatrième saison, le personnage d’Andrea se posera des questions sur sa capacité à être mère et le personnage de Gabriel interrogera son incapacité à être un requin.

Nicolas Maury, s’il ne veut pas trop en révéler sur la teneur de cette nouvelle saison, assure qu’elle est plus sombre, et explore les vraies failles de ses héros.

Le rapport à la maternité, la santé mentale, la charge mentale, le burn out, voilà des thématiques chères au cœur de notre époque.

Dix pour Cent, comme le souligne l’un des producteurs de la série, s’inspire énormément des séries américaines, et c’est peut-être pour cette raison qu’elle se veut, si ce n’est libertaire, au moins plus libre que beaucoup d’autres programmes hexagonaux.

La série plait en effet outre-Atlantique et séduit jusqu’aux plus grandes stars américaines. 

« On avait besoin d’une star américaine parlant Français, pour la saison 4. On avait d’abord pensé à Jane Fonda, mais elle était indisponible à nos dates. […] Alors, un dimanche à 16 heures, j’ai envoyé un mail à Sigourney Weaver, et à 20 heures, j’avais une réponse positive de sa part. Elle avait lu et avait adoré, et connaissait d’ailleurs déjà bien la série. »

Ainsi, l’interprète de l’iconique Ellen Ripley dans la saga Alien sera l’un des guests de cette prochaine saison.

Camille Cottin précise d’ailleurs :

« Cette série est profondément militante. Tout à l’heure, Harold (Valentin, membre du comité 50/50, ndlr) disait d’ailleurs qu’il était content d’accueillir Sigourney car c’est une icône féministe, et qu’elle accepte de venir dans une série ouvertement féministe, c’est déjà militant. »

On ne saurait dire si la présence de Sigourney Weaver au casting de cette saison 4 participe vraiment à son militantisme, mais ce qui est certain, c’est qu’engagée, Dix pour Cent l’est déjà à plusieurs niveaux.

Et dans le paysage des séries françaises, ça fait du bien !

Dix pour Cent, de la France à l’ailleurs

Il existe des séries dont on ne pouvait pas prédire le rayonnement.

La Casa de Papel en est l’exemple espagnol.

Le programme n’avait d’abord été diffusé que sur la péninsule ibérique avant d’être proposé par Netflix et de voir sa notoriété dépasser ses frontières.

Ce qui a également été le cas de Dix pour Cent, une série à l’origine présentée sur France 2, qui a immédiatement joui d’un beau succès avant d’être mise en ligne par Netflix, et de connaître un rayonnement international.

Depuis que le géant du streaming américain a proposé Call my Agent au tout abonné, on parle du programme français aussi bien aux Etats-Unis qu’à Hong-Kong ou au Canada.

Une série qui plaît tant qu’elle fait des naître des vocations.

C’est ce que raconte Dominique Besnehard, l’ancien agent le plus célèbre de Paris, aujourd’hui producteur du programme :

« Il y a une jeune fille canadienne qui m’a dit qu’elle voulait devenir le personnage que joue Camille dans la série. C’est incroyable, on aura peut-être les nouveaux meilleurs agents du monde qui se réaliseront grâce à Dix pour cent. »

Dix pour Cent a changé les carrières des acteurs

Après que l’un des producteurs a expliqué que : « la pop culture prépare la réalité », la journaliste menant la conférence invite ensuite les acteurs Camille Cottin, Grégory Montel et Nicolas Maury à venir prendre place sur l’estrade de l’espace Miramar.

Camille Cottin tout à gauche, Grégory Montel au milieu et Nicolas Maury à droite, tous croisent leur jambe droite sur leur jambe gauche dans une posture semi-désinvolte, qui invite immédiatement à la sympathie.

Lorsque la journaliste leur demande la nature de leur relation avec les personnages qu’ils incarnent depuis des années à l’écran, Nicolas Maury répond avec son sens habituel du phrasé et de la poésie :

« J’ai l’impression qu’on est des marionnettistes, qui dirigeons des marionnettes. Sauf que dans mon cas, la marionnette a pris le dessus sur le marionnettiste. »

Dix pour Cent semble avoir imprégné chacun des acteurs qui y jouent. 

D’ailleurs, si l’international débarque jusque dans la série avec la présence de Sigourney Weaver par exemple, l’inverse est vrai également.

En effet, Camille Cottin, par exemple, a joué dans Killing Eve (série justement découverte à CanneSéries en 2018).

« C’est complètement grâce à Dix pour Cent que j’ai joué dans Killing Eve. Enfin, ils m’ont pas appelé pour me dire : « On te veut absolument », il y a quand même eu une petite démarche personnelle de ma part, mais j’ai fini par rencontrer la productrice de Killing Eve. »

Et de continuer :

« On a parlé de Glastonbury et à la fin elle me dit : « On aime bien écrire pour des acteurs ». Et elle me fait un clin d’œil. Quatre mois après, elle m’appelait pour me proposer un petit rôle. »

De son côté, Nicolas Maury a pu admirer son idole Nathalie Baye derrière les vitres de l’agence ASK, en rêvant de jouer un jour vraiment à ses côtés.

Depuis, il a carrément dirigé l’actrice pour son tout premier long-métrage Garçon chiffon.

Chez madmoiZelle, on a eu la chance de voir ce film en projection presse, et il a été l’un de nos coups de cœur de cette année 2020.

À lire aussi : La série « La Flamme » est-elle drôle ou franchement gênante ?

Kalindi Ramphul

Kalindi Ramphul


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Commentaires

Morgana Talbot

Vraiment pas fan de cette série, la 1ère saison était distrayante puis après ça, elle m'a vite lassée. En tout cas, 10 %, engagée et militante, j'adhère pas trop.
Hervé, personnage "gay assumé(s), en dehors des clichés", heuuuu ? Le mec méga maniéré, fan de potins, drama-king en puissance, pas un cliché LGBT ? Bof quoi je trouve. Et Andréa, la lesbienne en costard avec une main de fer et collectionneuse de femmes
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Bof bis.
Dernier point : Camille Cottin s'est surtout fait connaître de Phoebe Waller-Bridge (productrice de Killing Eve) en incarnant Mouche, perso principal de la série éponyme. Mouche, l'adaptation (mauvaise) de la série (géniale) Fleabag, incarnée et écrite par... Phoebe Waller-Bridge ;) Killing Eve elle met une méchante pâtée aux clichés sur les LGBT du petit écran en revanche. En plus de jouir d'une écriture innovante et d'une certaine fraicheur !
 

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