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Société

J’ai testé pour vous : donner son sperme

Peu sur le devant de la scène, le don de sperme refait parler de lui avec la nouvelle loi de bioéthique. Mais au fait, comment ça marche ?

« A priori, tu n’en fais rien de tes spermatozoïdes », me rappelle une amie il y a quelques mois. C’est vrai. Je ne les conserve pas. Un peu comme avec le don du sang, en fait. Le don de sperme était jusque-là un mystère pour moi.

Et puis j’ai vu les chiffres. Seuls 317 hommes ont donné leur sperme en 2019, alors que des milliers de personnes sont en attente d’une PMA (Procréation médicalement assistée).

Mais c’est quoi en fait, le don de sperme ? On va faire le point.

Quelques conditions à respecter

Déjà, qui ça concerne ? Il faut bien sûr être un être humain pouvant éjaculer du sperme. Ensuite, il faut être en bonne santé et avoir entre 18 et 44 ans. Vous pouvez avoir ou non déjà eu des enfants, ça ne change rien. Enfin, il faut l’accord écrit de la compagne ou du compagnon… Un point assez flou, puisqu’on ne parle pas de conjoint.e, mais juste de couple. Et surtout, ce dernier point est complétement contre l’idée que « mon corps, c’est mon choix ». Bonne nouvelle, il sera exclu à partir de septembre 2022 grâce à la loi de bioéthique.

Si vous cochez toutes ces cases, comme moi, vous pouvez venir gratuitement en aide aux personnes qui attendent une PMA en prenant rendez-vous avec un Cecos (Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains). Il y en a 31 en France, dont 28 qui s’occupent des dons de sperme, vous retrouverez le plus proche de chez vous sur le site officiel.

C’est donc le premier pas que j’ai fait : appeler le Cecos. S’ensuivent une série d’étapes à respecter… Voyons ça dans le détail.

Petit guide du spermatozoïde routard

On ne donne pas son sperme comme on dépose une boite de conserve à la banque alimentaire. La procédure est bien ficelée et se doit d’être un peu pointilleuse pour entrer dans son cadre légal (surtout au vu des espoirs placés dans la loi de bioéthique).

Le parcours commence : je dois prendre rendez-vous avec une biologiste, une psychologue, une cytogénéticienne, une infirmière pour des prises de sang et un.e médecin pour au moins trois recueils de sperme.

Oui, moi aussi ça m’a fait un peu peur. Mais pas de panique ! Le Cecos s’arrange pour nous faciliter la vie, regrouper nos rendez-vous sur une même plage horaire et il n’y a quasiment aucun coup de fil à passer.

Étape 1 : La première rencontre

Le centre m’a donné un premier rendez-vous. Dans un petit bureau, la biologiste me met à l’aise, on commence à discuter. Elle me demande pour quelles raisons j’ai entrepris cette démarche, ce que je sais du don de spermatozoïdes. Parler de son sperme à un.e inconnu.e, ça peut créer des moments un peu gênants, il faut l’avouer. Comme ce petit « Euh… Monsieur est en salle de… de recueil », caché entre deux petits toussotements de la biologiste, en réponse à un médecin qui cherchait son patient dans les couloirs.

La salle de recueil. Je sais que c’est ma prochaine étape, les questions générales que l’on me pose ne sont que des préliminaires. À quoi s’attendre ? Pas à grand-chose, finalement. Une petite pièce qui ferme à clé, un lit d’hôpital, un lavabo… Et une télévision avec une liste de films porno enregistrés en .mov, avec des noms équivoques. « Hard », « Trio », « Racial »… Ils auraient pu faire un effort de sélection, ce n’était pas très compliqué.

On m’explique qu’il faut surtout bien nettoyer le gland, uriner dans un flacon avant de refaire un nettoyage et de terminer par une masturbation avec éjaculation dans un autre flacon. Petite précision : il faudra tenir 2 à 7 jours d’abstinence sexuelle avant un recueil !

Étape 2 : Entretien psychologique

Plusieurs semaines après ma première visite au Cecos, me voici face à une psychologue. Elle doit déterminer si ma démarche et mes intentions entrent dans les lignes éthiques et si je sais ce que je fais.

Comme la biologiste avant elle, elle me pose des questions sur ma motivation et ma vie en général, puis va un peu plus loin. Elle essaye de comprendre mon raisonnement mais également ma vision de la famille. Est-ce que je veux des enfants ? Est-ce que je suis au courant des changements concernant l’anonymat dans le don de sperme ? (on y revient juste après)

On échange autour de la PMA, du fait qu’aujourd’hui des couples de femmes et des femmes seules peuvent, au même titre que les couples hétérosexuels, recevoir les gamètes.

Question inattendue : elle me demande ce que je pense de l’évolution de la place des communautés LGBT, si ça me pose un problème… mais sans me demander mon orientation sexuelle (je suis bi) ! Et ça ne s’arrête pas là : elle m’interroge sur ma vision du traitement médiatique de la thématique LGBT et me demande quel journal est pour moi celui qui en parle le mieux. J’ai bégayé.

Mais le tampon est posé : je suis psychologiquement apte !

Étape 3 : Généalogie des maladies

Dans la foulée de la rencontre psy, on m’annonce que je suis fertile ! Je refais un tour en salle de recueil (je commence à prendre mes marques). Deuxième flacon rempli. Je file voir une cytogénéticienne.

Encore plus sympathique que la biologiste et la psy, elle me met tout de suite en confiance. On établit ensemble mon arbre généalogique, à savoir le nombre de personnes, leur sexe et leur âge,…  Nous répertorions toutes les maladies possibles et imaginables présentes dans ma famille. Une véritable enquête génétique ! J’ai de la chance d’avoir une famille plutôt épargnée par la maladie.

Il faut aussi checker mes chromosomes, pour voir si eux aussi ils sont aptes. Ainsi qu’un tas d’autres détails (comme des infections). C’est pourquoi je file voir une infirmière pour une prise de sang. Petit avantage : on me délivre une carte de groupe sanguin, qui coûte normalement plus de 60 euros.

Voilà, c’est presque fini ! Tous les feux sont au vert et il ne me reste plus qu’à passer une paire de fois en salle de recueil dans les prochains mois.

J’ai donné mon sperme. Mais à qui ? Comme précisé par la psychologue, potentiellement à une femme seule, un couple de femmes ou un couple hétérosexuel en attente d’une PMA. Mes spermatozoïdes sont congelés à -196°C et conservés au Cecos en attendant d’être choisis. Ils pourront donner jusqu’à dix enfants (nombre rarement atteint).

Anonyme, mais dans quelle mesure ?

J’ai donné mon sperme. Mais à qui ? Comme précisé par la psychologue, potentiellement à une femme seule, un couple de femmes ou un couple hétérosexuel en attente d’une PMA. Mes spermatozoïdes sont congelés à -196°C et conservés au Cecos en attendant d’être choisis. Ils pourront donner jusqu’à dix enfants (nombre rarement atteint).

Dix enfants. Mes enfants ? Non ! C’est tout le principe. Aucun lien de filiation n’est établi entre le donneur et les enfants. Ils ne peuvent rien réclamer, même lorsque qu’ils sont majeurs. Ce qu’ils peuvent demander à 18 ans en revanche, c’est d’accéder à des données.

Grâce à la nouvelle loi de bioéthique 2021, le 1er septembre 2022 sera appliquée la mesure de l’accès aux origines. Le donneur devra signer un consentement pour donner des informations identifiantes (nom et prénom) et non-identifiantes (caractéristiques physiques, pays d’origine,…). À sa majorité, l’enfant pourra choisir ou non de découvrir ces données.

Le parcours peut paraître un peu long, mais ça ne coûte rien de voir si vous remplissez les critères. Si c’est le cas, vous ferez potentiellement le bonheur de plusieurs familles qui attendent désespérément un moyen d’avoir un enfant !

À lire aussi : J’ai testé pour toi… la vasectomie

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