Quand deux personnes que tout oppose s’attablent autour d’une bière…

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Que se passe-t-il quand deux personnes aux opinions diamétralement opposées se retrouvent dans la même salle, forcées de travailler ensemble ? Et que se passe-t-il lorsqu'elles apprennent les convictions de l'autre ?

Quand deux personnes que tout oppose s’attablent autour d’une bière…

Prenons deux personnes aux opinions frontalement opposées.

Comme par exemple une femme trans et un homme qui estime que « si on naît homme, on est un homme, c’est comme ça ». Ou une féministe et un homme qui pense que les féministes sont misandres. Ou encore un écolo convaincu et un mec persuadé que le changement climatique n’existe pas.

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Mettons-les dans la même pièce, faisons-les travailler ensemble à une tâche simple, comme assembler des éléments pour construire un meuble. Puis montrons-leur ce que l’autre pense des « gens comme vous ».

Vous vous demandez ce que ça donnerait ? Heineken l’a fait.

La publicité Worlds Apart d’Heineken

Trois duos bâtissent ensemble un bar. Ensuite, une vidéo présentant leurs opinions politiques est projetée contre un mur. C’est le moment gênant : ces inconnu•es se rendent compte que tout les oppose.

Un choix final leur est présenté. Ils peuvent partir chacun de leur côté, ou s’attabler autour d’une bière pour discuter. Et bien sûr, comme c’est une pub Heineken, ils décapsulent une bouteille de blonde et commencent à échanger.

Il est possible que ce soit des acteurs, ce qui rendrait la chose moins spontanée mais ne changerait rien au message final, à bien réfléchir.

Open your world, c’est le slogan de la marque, parce qu’« ouvrir une Heineken c’est consommer une bière vendue dans le monde entier ». Mais ici, le monde dont on parle est impalpable, on ne peut pas en faire le tour. C’est celui des idées, des émotions.

De l’importance du dialogue

Même si j’avais vu venir le dénouement de cette pub, je l’ai trouvé très chou. On sent que les personnes sont gênées, ne veulent pas revenir sur leurs opinions mais ne veulent pas non plus que l’autre se sente agressé•e ou craigne qu’on ne leur saute à la gorge.

— Dans mon éducation, les choses étaient toutes blanches ou toutes noires. Mais ça ne correspond pas à la vraie vie.
— Oui, je suis juste… moi-même !

Les personnes qui n’ont pas les mêmes opinions que nous ne sont pas forcément nos ennemies. Parfois, c’est une question d’éducation, de préjugés, de crainte.

Tout le monde n’a pas accès à la même ouverture d’esprit, aux mêmes ressources pour se mettre dans les pompes de quelqu’un ayant une vie très différente. Avant de hurler, pourquoi ne pas commencer par se parler ?

« Quand on veut convaincre quelqu’un, le plus simple c’est de s’assoir autour d’une bière. »

Je suis une jeune femme féministe engagée contre les clichés en tous genres, très body-positive et autres convictions qui font que mes dîners de famille ne sont pas toujours de longs fleuves tranquilles.

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Mais je ne suis pas une blanche colombe n’ayant jamais eu la moindre pensée discriminatoire, n’ayant jamais perpétué la moindre idée reçue nauséabonde. J’ai été une fille qui n’aime pas les filles, j’ai effectué des raccourcis sexistes, j’ai rejeté la solidarité féminine

Et si, à l’époque, on m’avait engueulée, ou traitée avec mépris, je n’aurais pas changé d’avis. Ce qui a marché, ça a été le dialogue.

« À mort le patriarcat ! »

Alors oui, c’est une pub, oui, le but est de vendre de la bière, mais je la trouve chouette, moi, cette pub. Elle me fait me dire que le prochain mec qui me dira « Ah ouais t’es féministe, t’es une FEMEN alors, montre tes seins », bah j’irai peut-être lui parler, en fait.

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Il sortira peut-être du bar en ayant appris qu’il y a plein d’autres courants féministes au-delà des FEMEN, et se couchera un peu plus cultivé !


Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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Voici le dernier commentaire
  • Penny Winkeul
    Penny Winkeul, Le 1 mai 2017 à 11h45

    @Mymy Non, je ne fréquente pas que des gens déconstruits. Mais je ne leur parle jamais des sujets qui fâchent. Jamais. Je me contente de m'en aller ou d'observer si vraiment je suis coincée. Eventuellement, je me débrouillerais pour détourner la conversation. Ou dire gentiment que je ne suis pas d'accord, mais sans tomber dans le piège de l'argumentation, ça s'est jamais bien passé.

    Non, moi non plus, je n'ai pas vécu exempte de préjugés. Mais j'ai fait la démarche active de les vérifier, j'ai donc pu les déconstruire. Je ne crois pas à un dialogue possible avec quelqu'un qui ne fait pas ce travail de remise en question de son propre chef, qui ne traverse aucun doute. Et c'est pourquoi je partirais en laissant cette bière imbuvable à sa place.

    Si quelqu'un souhaite me poser des questions sur la réalité du viol et des agressions sexuelles, je lui répondrais avec toute la patience et la pédagogie dont je suis capable. Mais si cette personne vient en me disant "je pense qu'on en fait trop sur le viol, et puis bon, les filles le cherchent et se plaignent après", là je me barre aussi sec: oui, je le prends comme une attaque frontale, comme une négation de ce que les victimes traversent et je juge qu'il ne sert à rien de dire quoi que ce soit, d'autant plus que ces préjugés assurent à leur propriétaire un confort non négligeable.

    Edit: ajout d'un paragraphe.

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