Pourquoi l’égalité professionnelle EST une priorité absolue

L’égalité professionnelle n’est pas une bataille de principe : c’est un moteur d’innovation et de croissance. François Rebsamen, le ministre du Travail, semble l’ignorer. Développons ce propos.

Pourquoi l’égalité professionnelle EST une priorité absolue
Cet article a été publié le 12 mai 2015, mais en cette rentrée, une piqûre de rappel ne fait pas de mal : l’égalité, c’est l’avenir !

Le projet de loi relatif au dialogue social et au soutien à l’activité des salariés, porté par le ministre du Travail François Rebsamen, prévoit de revenir sur certaines obligations en matière de promotion de l’égalité professionnelle instaurées par les lois Roudy.

Parmi les mesures décriées, on notera :

  • La suppression de l’obligation de réaliser un Rapport de Situation Comparée qui permet d’établir un diagnostic sur la situation des hommes et des femmes au sein de l’entreprise.
  • La suppression de facto des sanctions financières infligées lorsque l’entreprise ne produit pas ce rapport, et ne développe aucune action pour remédier aux inégalités persistantes en son sein.
  • La suppression de la commission égalité professionnelle, obligatoire dans les entreprises de plus de 200 salariés.

Notons tout de même une mesure ostensiblement en faveur de l’égalité (résumée par Le Monde) :

Sous peine d’annulation du scrutin, le projet introduit « l’obligation pour les listes aux élections professionnelles de comporter une proportion de femmes et d’hommes qui reflète leur proportion respective dans les collèges électoraux ».

Trop aimable. Je vous invite à lire ce que la délégation aux droits des femmes à l’Assemblée Nationale, en la personne de sa présidente, Catherine Coutelle, pense de ce type de « concession » en forme de quotas :  « La parité n’est pas un quota ».

Le Conseil Supérieur de l’Égalité Professionnelle entre les femmes et les hommes a rendu son avis sur ce projet de loi, et son analyse confirme effectivement les inquiétudes des collectifs et associations féministes, qui se sont d’ores et déjà mobilisées contre l’abandon des mesures en faveur de l’égalité.

Une balle dans le dos, une balle dans le pied

François Rebsamen souhaitant « simplifier » les formalités administratives dont les entreprises doivent s’acquitter me rappelle Benoît Hamon se disant « gêné » par l’éducation à l’égalité.

Messieurs les ministres, comment faudra-t-il vous le dire ? L’égalité n’est pas un accessoire. En reculant sur l’égalité professionnelle, monsieur Rebsamen, non seulement vous tirez une balle dans le dos de vos électeurs, de vos soutiens, mais en plus, vous tirez une balle dans le pied de notre économie.

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J’ai l’impression d’avoir déjà écrit cet article, à chaque fois que j’aborde le sujet de l’égalité professionnelle. Son but n’est pas de satisfaire les féministes, son but est de sortir notre économie de son marasme.

Vous pourriez aussi vous attaquer aux facteurs externes qui fragilisent nos entreprises, mais bon, depuis qu’on a déclaré la guerre à la finance, force est de constater qu’elle ne se laisse pas maîtriser aussi facilement.

Vous voulez un levier d’action que vous pouvez effectivement mettre en oeuvre, et qui peut effectivement produire des résultats ? J’ai bien une idée, mais j’ai peur de paraître insolente…

Pourquoi c’est se tirer une balle dans le pied ?

Najat Vallaud-Belkacem avait fait de l’égalité professionnelle la priorité de son ministère des Droits des femmes en 2014, partant de ce constat accablant : 80% des secteurs d’activité en France sont non-mixtes. C’est pas grave, en soi. L’économie tourne, les entreprises fonctionnent. Ça va, on n’a pas à se plaindre. Mais — et je pense qu’on sera tou•tes d’accord qu’il y a un « mais » — ça pourrait aller mieux.

Quand un secteur est « non mixte », ça ne veut pas dire qu’il y a que des hommes, ou que des femmes (il y a, par exemple, souvent des secrétaires femmes, mais ça ne compte pas dans la mixité). Ça signifie que les mêmes postes sont occupés par les mêmes personnes, ayant peu ou prou les mêmes parcours de vie.

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Pourquoi la non-mixité est un problème ? Si on forme un nombre donné d’ingénieur•e•s dans nos écoles, ça me paraît complètement aberrant de se priver sciemment de la part d’ingénieurEs femmes ; non pas qu’elles soient délibérément écartées des processus de recrutement, mais (encore un « mais » !)…

…vont-elles réussir à s’intégrer dans la culture de l’entreprise ?
…vont-elles réellement s’impliquer dans l’entreprise (ou bien vont-elles privilégier leur vie de famille dès qu’elles auront des enfants ?)
…sont-elles véritablement intéressées par le corps du métier, ou plutôt — l’inavouable vérité — par la perspective de rencontrer des hommes, parmi lesquels leur futur mari, du même niveau d’études qu’elles ?
…sont-elles suffisamment expérimentées ? (Comment évalue-t-on l’expérience « suffisante » ?)
…sont-elles suffisamment compétentes pour ce poste ? (Comment évalue-t-on le niveau de compétence ?)

Dans l’absolu, sont-ce des questions pertinentes ? Si oui… sont-elles systématiquement posées lorsque l’on considère le recrutement d’un candidat masculin ?

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Toutes ces questions et bien d’autres (qui n’ont aucun rapport avec les qualifications requises pour occuper un poste) amènent trop d’entreprises à recruter « par clonage » : c’est humain, de privilégier un profil proche du sien, quelqu’un en qui on se reconnaît. Quand on a fait Sciences Po, on se méfie des gens d’école de commerce ; quand on est énarque, on se méfie des élu•es de terrain, etc.

Quand on est un homme, dans une culture d’hommes, on se dit qu’une femme ne sera pas forcément à l’aise dans ce milieu. Et on se prive de facto de 50% du potentiel de ressources disponibles.

Je ne sais pas comment le dire autrement pour être plus claire : ne pas faire de l’égalité professionnelle une priorité, c’est envoyer le message que l’absence de mixité dans les secteurs d’activités est un déséquilibre naturel, normal et nécessaire, qu’on n’entend pas déconstruire, parce que le gain serait trop faible et le coût trop élevé.

Mais c’est aussi stupide que de se lancer dans une partie d’échecs avec la moitié des pièces seulement, et de s’étonner ensuite qu’on ne s’en sort pas. Je comprends, je sortais rarement ma dame, j’avais peur de la perdre, alors je la protégeais à outrance (elle est fragile, vous comprenez). C’était pas une excellente stratégie en fin de compte : il vaut mieux utiliser toutes les pièces pour espérer gagner (soyez indulgents, j’avais 8 ans) !

Alors je veux bien croire que de brillants esprits ont mené les études nécessaires pour en arriver à conseiller cet arbitrage au gouvernement, mais objectivement ça me surprend tout de même, sachant que les États-Unis par exemple, mais aussi d’autres pays européens (comme la Suède), ont plutôt largement misé sur l’égalité professionnelle pour augmenter leur panel de talents, et re-booster le dynamisme de leurs secteurs d’activités.

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À quoi servent les mesures des lois Roudy ?

  • Concrètement, à quoi sert un Rapport de Situation Comparée ? (RSC pour les intimes ) ? Tout simplement à faire un état des lieux de la mixité dans l’entreprise — oui, souvent, c’est un état des lieux de la place des femmes.

Il permet d’avoir des données factuelles et objectives sur le nombre d’hommes et de femmes dans l’entreprise, les projets d’évolutions, les niveaux de salaires, d’accès à la formation, toutes informations pertinentes pour évaluer le degré de mixité, identifier les éventuels freins (voire les obstacles), et pouvoir ainsi développer et déployer des plans d’action pour y remédier.

  • À quoi sert la négociation salariale dédiée ? À remédier à la tendance des femmes à moins solliciter d’augmentations (et donc, à moins en bénéficier), et également à remédier à la tendance des managers à moins promouvoir (et donc moins augmenter) les femmes, au motif qu’elles « risquent de tomber enceinte et de moins s’investir » (puisque la loi interdit désormais de leur demander si telle est leur intention, on présume donc qu’elle l’est).`
  • À quoi servent les sanctions ? À rappeler qu’en France, en 2015, s’obstiner à exclure (volontairement ou culturellement) les femmes (ou les hommes) de certains secteurs activités, certains postes, est non seulement illégal et idiot, mais c’est également une entrave à l’innovation, à la compétitivité et à la productivité de nos entreprises.

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Sérieusement les gars, tout le temps que vous passez à maintenir « les bonnes femmes » dans leur rôle de secrétaire / assistante / femme au foyer, c’est un temps que vous ne passez pas à remettre en question votre éducation et vos certitudes, bref : la base d’un processus créatif et innovant.

Courte vue, à long terme

Passons sur le fait qu’en France, en 2010, l’écart de salaire moyen entre les femmes et les hommes était toujours de 18,4% (il a baissé, youhou !) ; à postes et compétences identiques, il était encore de 8,6%. Ça n’empêche pas les femmes de travailler, ni même de bien travailler, ce qui est tout bénèf’ pour les entreprises qui s’empochent la petite ristourne sexisme culturel. M’enfin, vous devriez quand même vous méfier, parce que ça commence à se savoir, surtout auprès des jeunes femmes qui arrivent sur le marché du travail…

Et ça ne va pas aller en s’arrangeant, votre affaire, parce que maintenant que Najat Vallaud-Belkacem s’est mise en tête d’apprendre aux enfants (dès leur plus jeune âge !) à ne pas se laisser définir par les stéréotypes de leur genre, m’est avis que votre martingale de « payer moins les femmes pour le même travail » va très vite s’épuiser.

C’est-à-dire qu’il y aura toujours des écarts de salaires, mais les cerveaux et la main d’oeuvre de qualité iront voir ailleurs.

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Et puis quand on est payé 18% de moins que son mari, on s’arrête de travailler à l’arrivée des enfants, parce que ça n’a pas de sens de partager l’éducation et les tâches ménagères, quand le salaire de monsieur est indispensable pour continuer à nourrir le foyer, alors que son salaire à soi ne vaut pas le coup de payer une nourrice…

Écoutez, ce n’est pas que ça me dérange : fondamentalement, les entreprises peuvent continuer de baigner dans leur culture machiste, je ne compte pas y remettre les pieds incessamment sous peu. C’est juste que les conséquences de la suppression des mesures en faveur de l’égalité professionnelle me semblent aller à l’encontre de ce que vous essayez de faire.

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L’investissement, l’emploi et la croissance

L’égalité professionnelle, est-ce véritablement une priorité ? Je veux dire, on dépasse les trois millions de chômeurs, n’a-t-on pas d’autres chats à fouetter que de se préoccuper de la mixité dans les entreprises ?

Ne faut-il pas plutôt concentrer nos efforts sur ce qui est vraiment essentiel pour relancer la croissance et dynamiser notre économie ? À savoir…

  • Lutter contre le chômage (par exemple en créant des emplois)
  • Relancer l’investissement
  • Soutenir l’innovation

En combinant ces trois leviers, on devrait retrouver un marché dynamique ! Les banques investissent dans les entreprises, les entreprises investissent dans la recherche et l’innovation, elles embauchent des gens, qui consomment, du coup les entreprises font du profit, et c’est merveilleux, on a un cycle économique vertueux, parfait pour soutenir la croissance !

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Je simplifie à l’extrême, et bien entendu, de nombreuses subtilités échappent à ce raisonnement. Par exemple, la réglementation du travail, qui peut influer sur la capacité des entreprises à embaucher. Quand il est très difficile de se séparer d’un•e employé•e indésirable, quand le coût d’un•e salarié•e est très élevé pour une entreprise, elle aura tendance à moins recruter, selon un argument largement avancé en faveur de l’assouplissement du droit du travail…

Quand une entreprise investit trop d’énergie dans des formalités administratives, ce sont des ressources qu’elle pourrait affecter par ailleurs (« le temps, c’est de l’argent », n’est-ce pas).

Alors logiquement, toutes ces obligations de faire des rapports, d’élaborer et de déployer des plans d’action en faveur de l’égalité professionnelle, ça sonne vraiment comme de l’agitation superflue autour d’une question qui semble déjà réglée (ça va, plus aucune profession n’est « interdite aux femmes »), et qui n’est vraiment pas prioritaire compte tenu de l’état actuel de notre économie. Pas vrai ?

C’est un raisonnement d’apparence logique, mais totalement erroné, car il repose sur l’hypothèse que les mesures en faveur de l’égalité professionnelles seraient une contrainte dénuée d’utilité. Comprendre : ça coûte du temps et de l’argent, et que ça produise ou non des résultats, ça ne change rien pour les entreprises (enfin si, ça change que ça leur coûte du temps et de l’argent, qui pourraient être investis ailleurs).

Mais cela ne correspond pas du tout à ce que Najat Vallaud-Belkacem mettait en évidence, il y a encore un an :

« La moitié des femmes actives de France sont concentrées dans une dizaine de familles de métiers, alors qu’il en existe plus de 90.

En matière d’égalité professionnelle, on ne résoudra pas les inégalités tant qu’on n’aura pas ouvert autant d’opportunités aux femmes qu’aux hommes dans le choix même des métiers, dans l’exercice même des métiers.

L’OCDE, le FMI, la Commission européenne, on ne compte plus le nombre d’instances qui ont démontré par A+B l’importance de l’emploi féminin et de la mixité des métiers. L’écart de taux d’emploi entre les hommes et les femmes, aujourd’hui, dans un pays comme le nôtre, nous coûte 0,5 point de croissance par an.

Quand vous n’avez pas suffisamment de mixité dans un métier, cela signifie que vous avez moins de compétences disponibles à l’entrée, sur le marché du travail, et donc un vivier de talents rapetissé. Les entreprises en souffrent-elles mêmes.

Nous devons sortir des mécanismes d’orientation professionnelle extrêmement sexués, qui sont défavorables aux femmes et aux hommes. »

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Les mauvaises raisons de ne rien faire

« C’est bon, les vieux machistes partent à la retraite, c’est une question de génération, les nouveaux managers vont résoudre le problème »

Non. Désolée, le sexisme est profondément ancré dans notre société, et ça ne changera pas « tout seul », ni « avec le temps », vraiment (et puis accessoirement, j’ai pas très envie d’attendre).

Les jeunes managers n’ont aucun intérêt à changer les règles d’un jeu dans lequel ils peuvent gagner. Je connais de brillants jeunes hommes, qui oscillent entre amusement ironique et déconfiture déprimée face au sexisme ordinaire dont ils sont les témoins. Ils n’ont pas intérêt à faire bouger les lignes (ils tirent néanmoins leur épingle du jeu en l’état actuel de ses règles !). Vous ne retiendrez pas ces talents indéfiniment, et vous les regretterez amèrement quand ils partiront.

« Non mais c’est une décision économiquement rationnelle de privilégier le candidat homme, face à une femme, à compétences égales : le départ en congé maternité est un risque pour l’entreprise. »

Évaluer le risque est une démarche tout à fait naturelle pour une entreprise, et cet argument s’entend parfaitement ; sauf qu’il repose sur un stéréotype sexiste, selon lequel les Fâmes veulent avoir des enfants, et veulent s’arrêter de travailler pour les élever.

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Pour commencer, ce n’est pas le cas de toutes les femmes (merci bien) ; ensuite, les hommes qui veulent participer à l’éducation de leurs enfants sont de plus en plus nombreux (la faute à ces viles féministes qui réhabilitent la paternité, autrement dénigrée par le machisme).

Ensuite, l’évaluation du risque est biaisée : lorsque vous êtes un jeune papa, même si maman se sacrifie pour se lever au milieu de la nuit (entre 4 et 12 fois selon votre rejeton), vous ne profitez pas non plus du repos du guerrier. Peut-être que maman aménage ses horaires, voire télétravaille, pour éviter de laisser la fatigue impacter sa productivité, mais vous, beau gaillard viril que vous êtes, vous papillonnez en fixant votre écran, et enchaînez les cafés dans l’espoir de réussir à vous concentrer jusqu’à la fin de votre journée de bureau…

Voyez la vérité en face : être un homme ne vous immunise pas contre les aléas de la parentalité (et de moins en moins, avec ces générations qui, ô surprise, s’impliquent volontairement dans le pouponnage et l’éducation des petits).

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Monsieur le Président, monsieur le Premier ministre, une petite question…

Enfin, j’ai une question pour François Hollande, et Manuel Valls : à quoi ça sert d’avoir un gouvernement paritaire, si de toute façon, c’est pour ignorer la parole des femmes ?

J’ai du mal à croire que Najat Vallaud-Belkacem aurait soudainement changé d’avis sur les ABCD de l’égalité, au moment où Benoit Hamon se disait pas trop chaud pour déployer le programme ; tout comme j’ai vraiment du mal à croire que Pascale Boistard soit détendue à l’idée de revenir sur les obligations des lois Roudy. Tout comme j’ai pas totalement l’impression que Christiane Taubira soit super emballée par la loi sur le renseignement

Enfin pour moi, naïvement, l’idée d’un gouvernement paritaire, c’est justement de pouvoir prendre en compte l’expertise de personnes ayant eu un parcours différent, soit sorties du même moule mais ayant une perspective différente, soit carrément ayant un parcours de vie différent.

Parce que lorsque vous décidez subitement que l’égalité professionnelle n’est plus une priorité, je me dis que décidément, on ne vous a jamais demandé de « changer de look » ou de vous couper les cheveux alors que votre job consistait à analyser des tableaux Excel ; on ne vous a jamais demandé de « ne pas avoir d’enfants » pendant 18 mois à un entretien d’embauche ; on n’a jamais mis en doute votre réussite professionnelle, en la mettant sur le compte de « vos atouts charme », ni en vous soupçonnant d’en avoir usé — d’avoir couché (ou sucé) pour y arriver, pour être triviale…

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Que vous n’ayez aucune expérience directe de la culture sexiste de l’entreprise est une chose (et vous avez bien de la chance), mais que vous vous permettiez de décider que lutter contre cette culture, et ses conséquences désastreuses sur l’asphyxie de notre économie n’est pas une priorité, tout cela me rend perplexe.

En vrai, ça me coûte de devoir écrire tout un article pour expliquer l’intérêt économique et compétitif de promouvoir l’égalité professionnelle, à destination du ministre du Travail, et du Premier ministre — a priori ancré à gauche, qui plus est, donc « progressiste » dans l’inconscient collectif. Cette simple idée me déprime.

Ce serait plutôt à vous de monter au créneau, pour expliquer aux patrons d’entreprises qu’ils se tirent une balle dans le pied à perpétuer une culture d’entreprise sexiste, qui pénalise non seulement énormément de femmes, mais également beaucoup d’hommes (parce que hé, scoop : toutes les femmes ne sont pas des hystériques-procréatrices compulsives, et tous les hommes ne sont pas non plus des jeunes loups virils et naturellement compétitifs : incroyable) !

Ne me regardez pas, je n’ai aucun intérêt personnel dans l’affaire : j’ai renoncé à m’engager en politique à cause du sexisme, puis j’ai quitté l’entreprise dans laquelle je travaillais depuis trois ans, également à cause du sexisme (que j’ai découvert à cette occasion — un grand moment).

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Ironie ou morale de l’histoire ? J’avais été recrutée à l’issue d’un stage portant sur… l’égalité professionnelle dans ce groupe. Je vous en parlerai si ça vous intéresse, mais en deux mots : quand on cherche à recruter des ingénieurs, se poser la question de savoir comment recruter plus d’ingénieurEs, et surtout, comment faire en sorte qu’elles restent dans l’entreprise, c’était loin d’être une perte de temps et de productivité. Bien au contraire !

Je suis partie en conseillant à mon manager de ne surtout pas recruter une jeune femme à ma place : tant que la culture de cette entreprise serait inchangée, elle finirait par se heurter à un mur, et partirait. Je ne lui disais pas « ne recrutez pas une femme, vous aurez des problèmes », je lui disais : désolée, mais votre panel de candidats potentiels est amputé de 50%. Débrouillez-vous avec ce qu’il reste.

C’est ça, l’égalité professionnelle. Considérer 100% des ressources, des talents, et ne pas se limiter à la moitié d’entre eux, pour des raisons culturelles profondément ancrées, dont on renierait aujourd’hui aisément les fondements.

À lire aussi : J’ai testé pour vous… bosser dans le BTP, un milieu 99% masculin

Mais bon. Vous avez sûrement vos raisons. À un moment, j’aimerais bien les comprendre, parce que pour l’instant, vraiment, ça me dépasse complètement.

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Agissons !

Parce qu’on ne va tout de même pas se laisser faire sans protester, j’invite tou•te•s ceux et celles qui me liront à signer cette pétition pour manifester notre mécontentement collectif face à cette — nouvelle — trahison du gouvernement (de gauche, précisons-le : on aurait tendance à l’oublier).

On vous propose aussi d’interpeller les député•e•s, qui auront à se prononcer sur ce projet de loi. Envoyez-leur un message personnalisé, ou partagez-leur cet article. Sollicitez un rendez-vous à leur permanence pour exprimer votre inquiétude (les député•e•s sont à votre écoute, vraiment, surtout si c’est pour leur donner du feedback pertinent et pas seulement pour parler de votre situation personnelle pour laquelle, malheureusement, ils ne peuvent souvent pas grand-chose).

Enfin, n’hésitez pas à interpeller François Rebsamen, Manuel Valls et François Hollande sur les réseaux sociaux (poliment, ça marche toujours mieux) (que des hommes, avez-vous remarqué ?), avec le hashtag #SOSEgalitePro.

Un communiqué de presse conjoint à François Rebsamen, Pascale Boistard et Marisol Touraine a été diffusé lundi en fin de journée : le gouvernement précise que les données nécessaires au diagnostic sur l’égalité seront toujours collectées, c’est simplement la forme du rapport de situation comparée qui disparaît : « il n’y aura aucune perte d’information par rapport à la situation actuelle ».

Danielle Bousquet, la présidente du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, a réagi à ce communiqué, en soulignant l’absence de garanties sur les points cruciaux.

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Il nous faudra donc interpeller directement les député•e•s, afin qu’ils amendent ce texte en tenant compte de la nécessité de promouvoir l’égalité professionnelle sans compromis. 

À lire aussi : La loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a été adoptée !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mademoiselle Papillon
    Mademoiselle Papillon, Le 17 septembre 2015 à 16h26

    Un article très intéressant et donc une pétition signée. Ayant découvert Madmoizelle récemment, je viens d'apprendre ce que prévoit Monsieur le Ministre.

    Avant de revenir de mes préjugés sur les féministes, je ne savais pas j'en étais une. Parce que je crois que ce sont les compétences qui comptent pour faire un travail et non le sexe. Les dispositions que François Rebsamen souhaite enlever, m'ont toujours semblées justes et surtout essentielles.

    Je suis d'accord avec beaucoup, qu'il y a une question de mentalités et qu'il faut travailler en amont pour déconstruire les idées reçues? Mais forcer les entreprises à analyser la situation des hommes et des femmes, à pratiquer de la discrimination positive, participe selon moi à l'évolution des mentalités. Il faut apprendre aux jeunes filles et femmes à ne pas se limiter, à occuper des postes à responsabilités, à faire des métiers dits "d'hommes". Mais il faut aussi masculiniser certaines professions : je pense aux métiers d'infirmières, aux RH...

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