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À quoi ressemble l’enfer ? À un voyage en avion avec deux enfants

Chloé Genovesi, notre formidable chroniqueuse, nous raconte avec humour son voyage en avion avec ses deux enfants. Et bizarrement, ça ne donne pas DU TOUT envie de plier bagages.

Certains diront que la place d’un bébé n’est pas dans un avion. Je suis d’accord avec ça. D’ailleurs si vous voulez mon avis, la place d’un humain quel que soit son âge n’est jamais dans cet habitacle volant qui lévite sans qu’on sache bien comment.

Mais comme le fait d’être devenus parents ne nous exempt pas de devoir parfois nous déplacer à bonne distance de notre domicile, il nous arrive tout de même d’embarquer en famille à bord de la carlingue des enfers. C’est d’un de ces voyages hauts en couleurs dont je vais vous faire le récit.

Bon vol !

Première étape : le passage à l’aéroport

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » me demande l’agent en avisant la poussette. Je ne juge pas nécessaire de répondre puisque de toute évidence il ne s’agit pas d’un char à voile.

« Vous ne pouvez pas prendre ça en cabine, on va devoir la mettre en soute. Vous voulez régler les 500€ de supplément en espèces ou en carte ? »

Heureusement que j’économise depuis quelques années pour parer aux petits extras imprévus, incontournables lorsque l’on part en excursion à l’aéroport. Ravie.

On ne s’en sort pas trop mal cette fois, notre avion n’affiche que douze heures de retard. Nous n’avons donc qu’une nuit d’hôtel et un dîner pour quatre à payer en plus de la poussette qui nous attend sagement dans le ventre de l’appareil cloué au sol.

Et si nous avions prévu un vol de nuit pour pouvoir profiter du sommeil de notre marmaille, eh bien un vol de jour en compagnie de voyageurs déjà exaspérés, ça devrait être très amusant !

Deuxième étape : prévoir (ou pas) des petits sachets cadeaux

J’ai lu sur Internet qu’au moment d’embarquer, certains parents passagers bien intentionnés distribuaient des petits sacs cadeaux à leurs voisins pour s’excuser d’avance de la gêne occasionnée.

Si je ne doute pas un instant que je vais occasionner beaucoup de gêne, je ne suis pas persuadée que trois fraises Tagada et un set de bouchons d’oreilles vont réellement réussir à endiguer la haine que je devine naissante à notre égard.

Malheureusement, la poignée de barbituriques et les fioles de vodka que je prévoyais initialement de partager avec mes compagnons d’infortune ont été confisquées à la sécurité, sous prétexte que je pouvais me procurer la même chose pour une somme astronomique au duty-free.

Monsieur papa et moi expliquons à nos enfants qu’ils doivent dorénavant se montrer très sages et ne pas crier — contrairement à nous qui braillons nos instructions, dans l’espoir que nos voisins de rangée entendent nos bonnes intentions.

Troisième étape : affronter les turbulences

Il paraît que l’avion est l’endroit le plus sûr au monde, mais j’écris cette chronique confortablement allongée sur mon lit donc permettez-moi d’en douter.

Je n’ai jamais été très fan de ce gros machin qui ne vole qu’à la seule force de la magie noire. Non seulement c’est inconfortable et l’odeur y est très discutable, mais en plus on frôle la mort à chaque seconde.

Depuis que j’ai mes enfants, mon rejet du moyen de transport flottant a atteint son paroxysme. Pas qu’ils aient hérités de ma phobie, mais comme c’est moi l’adulte responsable, je n’ai pas le droit de céder à la panique en leur présence.

Et c’est difficile de ne pas céder à la panique lorsque l’avion est secoué de turbulences et menace à tout moment (probablement) de tomber dans le cœur d’un volcan en fusion.

À chaque convulsion aérienne, mes enfants et mon mari rient de bon cœur. Absurde. Heureusement, notre voisin de derrière, celui qui ne s’exprime qu’en vociférations (très) sonores et qui fiche des coups de genoux dans mon siège depuis le début du vol, est là pour exiger du silence dès qu’un de mes trésors a le malheur d’ouvrir la bouche.

Quatrième étape : occuper son enfant tout au long du vol

Au-delà de son côté dangereux, il faut reconnaître à l’avion un potentiel de chiantise rarement égalé jusque-là. Ma fille est bon public, cela dit : elle regarde un nuage pendant les dix minutes que je passe à nourrir son frère.

Dommage que dix minutes ne couvrent même pas le tiers du quart de la première partie de cet infâme trajet.

Évidemment, comme tous les parents voyageurs avant nous, nous avons prévus pléthore de jeux, confiseries, hochets et autres cahiers de coloriage pour les occuper. Et évidemment ces objets n’ont pas suscité le moindre intérêt chez notre progéniture.

Nous avons donc placé nos derniers espoirs dans les nombreux dessins animés mis à notre disposition par la compagnie aérienne.

C’est malheureusement le moment qu’a choisi ma grande pour opérer un changement de vie radical et rejeter en bloc tout ce qu’elle adorait avant pour se consacrer à des activités plus saines comme la course à pieds.

Voilà donc monsieur papa qui trottine vaillamment derrière sa fille dans le couloir de la carcasse volante. Au bout du sixième tour de l’allée, il me demande naïvement si nous sommes bientôt arrivés à destination.

Non.

Cinquième étape : la pression de l’atterrissage

Monsieur papa et moi passons finalement l’intégralité du voyage à faire des longueurs dans nos allées respectives, chacun munis d’un enfant.

Quand nos regards se croisent, nous nous gratifions d’un sourire amoureux mais amer puisque si ne nous étions pas rencontrés, nous ne serions pas dans ce pétrin aujourd’hui.

Au bout d’un laps de temps dont nous pourrions qualifier la longueur d’insoutenable, une voix nous annonce que nous allons bientôt atterrir. Si cela veut peut-être dire que nous allons finalement survivre à ce trajet infernal, la pression de la descente agresse les petits pavillons fragiles de mon bébé qui s’époumonera sans s’arrêter jusqu’à l’immobilisation complète de l’appareil.

De son côté, mon mari dégaine des bouchons d’oreille et les présente à notre aînée. Aguichée par leur couleur rose pétard, la fillette retrouve sa gourmandise et son appétence habituelle pour les confiseries industrielles fluo.

Gloup. Au revoir les bouchons.

L’homme et moi retenons notre souffle, les yeux rivés sur l’enfant, mais le bouchon-bonbon semble naturellement trouver son chemin dans le corps de la petite créature.

C’était pas très bon !
— C’est normal, c’est des bouchons pour mettre dans tes oreilles.
Ah. Bah c’est pas très bon les bouchons pour mettre dans mes oreilles.

Je pense que la prochaine fois, nous prendrons plutôt le vélo.

À lire aussi : Mes vacances en All Inclusive avec un gosse : le 1er cercle de l’Enfer

Crédit photo image de une : Paul Hanaoka / Unsplash

Les Commentaires
5

Avatar de Chloe Genovesi
11 août 2021 à 05h44
Chloe Genovesi
@BravoCharlie @soshishi j'ai suivi le débat depuis Instagram, et je suis super partagée sur la question des "nuisances enfantines" dans l'espace public. Déjà je pense que c'est un souci qui est un peut-être un peu "exagéré" dans le sens ou si on a tous des anecdotes incluant un enfant qui hurle non-stop pendant un trajet ça reste au stade anecdotique je pense (comme on a tous des anecdotes de trucs relous/wtf qui sont arrivés pendant un trajet) ? Enfin je ne peux pas faire de mon cas une généralité mais autant oui les enfants ça parle et ça bouge au même titre que les adultes, autant je crois que je n'ai jamais été confrontée à un événement gâché par le comportement d'un enfant "extérieur". Je me demande si en tant que société on a pas tellement intégré l'idée que l'enfant est par nature chiant et bruyant qu'on se crispe des qu'il bouge une oreille alors que la même attitude serait passée totalement inaperçu chez un adulte. En tous cas j'ai pu le voir ça mais c'est peut-être juste moi.
Apres en admettant que effectivement les enfants dans l'espace public représentent concrètement une véritable nuisance, d'un côté je comprends totalment les gens, même ceux qui sont parfaitement neuro typiques et valides (c'était les Termes employés dans le debat) qui eux n'ont pas à subir les conséquences reloues (du bruit, éventuellement des bousculades) de mes choix personnels. D'un autre côté je pense que en tant que société on pourrait faire preuve de plus de tolérance et supporter ces petits aléas, en sachant par exemple que si un jour c'est notre tour, on acceptera.
Du coup pour moi ça dépend simplement de la façon qu'on a de voir la vie en société. Si on est dans un schéma individualiste (je ne dis pas ça de façon péjorative, on a le droit d'avoir envie de ça) oui, effectivement, les enfants qui hurlent c'est intolérable et c'est "normal" de faire preuve d'agacement manifeste puisqu'on se voit imposer une situation trop reloue alors qu'on ne devrait pas.
Si on est dans un schéma "de groupe", alors on considère que les petits-enfants font parti de notre communauté si ce ne sont pas les notres, et à ce titre on accepte / comprends leurs éventuelles "sorties" de route même si ça casse les oreilles.
C'est vraiment deux visions du monde qui s'affrontent.
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