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La stratégie de la poussette : « il faut le meilleur pour votre enfant ! »

Avant de tomber enceinte, Virginie croyait que préparer l’arrivée d’un bébé, ce n’était « que du bonheur ». Et puis elle a dû acheter une poussette, et ça s’est légèrement compliqué.

Avant d’être maman, lorsque j’imaginais les préparatifs précédant l’arrivée d’un bébé, je pensais que c’était forcément simple et sans prise de tête, et que les seuls dilemmes auxquels mon mari et moi pourrions être confrontés concerneraient la couleur des lampions lumineux qui viendraient décorer la chambre de notre tout petit.

Et puis je suis tombée enceinte et des considérations beaucoup plus terre à terre sont venues rythmer mon quotidien. Les achats « plaisir » de layette et d’illustrations de bébés animaux ont laissé place à des tableaux Excel et des études de marché beaucoup moins sympas. Notre fille allait avoir besoin d’une poussette, et moi, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait.

La poussette, un choix pas si anodin que ça

Ah la poussette… Rien qu’à prononcer ce mot, un essaim de jeunes et moins jeunes parents vous sautent dessus, tous ravis de pouvoir vous aider à faire le meilleur choix pour votre enfant (et souvent, il est assez proche de celui qu’ils ont eux-mêmes fait). Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi démunie que devant leurs questions pourtant pleines de sollicitude : « vous voulez acheter neuf ou d’occasion ? » , « vous allez prendre une nacelle ou un plan inclinable ? », « toi qui prends le métro, tu as pensé au châssis de la poussette ? ».

A l’époque, en bonne nullipare de surcroît enfant unique, une poussette, ce n’était pour moi que quatre roues et un peu de tissu rembourré pour caler le bébé. Point barre. Je ne faisais pas encore partie des gens qui peuvent inscrire fièrement « a choisi une poussette » dans leurs compétences sur LinkedIn. Mon mari, qui est le cadet de 6 enfants, était un peu plus au point sur le sujet, mais il ne pensait pas non plus que ça prendrait des proportions aussi importantes.

Première fois au royaume de la poussette

Les recommandations de nos proches en tête, nous nous sommes rendus dans un grand magasin de puériculture afin d’acquérir la bête. Personnellement, je m’attendais à poser quelques questions, regarder deux trois modèles puis repartir avec une poussette lambda et pas chère, mais ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. Après avoir formulé la raison de notre venue, on nous a tout de suite dirigés vers une vendeuse spécialisée et accompagnés au sous-sol. Et vraiment, je ne m’attendais pas à ça. Une cinquantaine de m2 entièrement dédiée à la « balade de bébé ». Des poussettes du sol jusqu’au plafond ! On nous a donné un formulaire à remplir pour tenter de « mieux cerner nos attentes ».

Mon mari quand la vendeuse lui a demandé si on voulait la direction assistée.

Qu’est-ce que j’en savais moi, si j’avais besoin d’un habillage déperlant ou d’une protection contre la pluie ? Pourquoi est-ce que la taille des jantes avait autant d’importance ? J’étais venue acheter une poussette, pas une voiture ! Bref, j’étais totalement paumée, et les prix affichés sur les étiquettes, qui frôlaient parfois notre loyer parisien, ne faisaient rien pour me mettre en confiance. Une heure et cinq tutos « pliage de poussette » plus tard, on est finalement repartis avec une superbe bécane totalement hors budget. On n’était pas vraiment sûrs de notre choix mais à l’époque, ce qui était sûr, c’est qu’on se sentait vraiment soulagés d’avoir coché cette case sur notre « to-do list » pré-naissance.

La stratégie de la poussette, entre inexpérience et culpabilité

Sur le coup, je pense que j’aurais été incapable d’expliquer ce qui avait motivé notre choix pour cette poussette en particulier (la Yoyo de Babyzen, pour celles et ceux que ça intéresse) plutôt que pour sa voisine bien moins onéreuse. Avec un peu de recul, je pense que la raison est finalement assez simple : on s’est fait avoir par le sentiment de culpabilité de ne pas prendre « le top du top » (ce qui est très subjectif) pour notre enfant.

De façon hyper insidieuse, la société et les marques de puériculture ont réussi à faire intégrer à nos esprits de futurs parents un peu stressés que pour pouvoir balader notre petit trésor en toute sécurité, il fallait dépenser presque un SMIC. C’est dingue, non ? Et c’est encore pire avec le nombre exponentiel d’accessoires et de gadgets pour poussette que les magasins spécialisée proposent : « Bébé peut parfaitement dormir sur un dossier inclinable, mais est-ce que ce ne serait pas plus confortable pour lui d’être installé dans un vrai cocon ? » Allez, X€ de plus pour une nacelle à clipser sur la poussette. « La nacelle protège bien des intempéries mais, malgré tout, bébé ne risque-t-il pas d’avoir froid ? » et hop, encore X€ de plus pour une chancelière bien douillette. « Le canopy de la poussette protège bien bébé du soleil, mais quand même, est-ce que ça ne vaudrait pas le coup de prendre une petite ombrelle en plus pour protéger sa jolie petite tête ? » et ça continue encore et encore (c’est que le début, d’accord d’accord).

Ce n’est que bien après la naissance de ma fille que j’ai repensé à tout ça et que je me suis rendu compte de l’entourloupe. Sur le moment, j’étais juste contente parce que je faisais désormais partie de la team des possesseurs de poussette, et que j’allais moi-même pouvoir « conseiller » d’autres futurs parents qui n’avaient rien demandé !

Et ce n’est que le début…

Aujourd’hui, lorsque je pousse la porte de ce magasin, les idées bien claires, je ne peux m’empêcher de lancer un regard compatissant aux petits couples qui descendent au sous-sol. Je sais qu’il y a de grandes chances qu’eux aussi ne résistent pas à l’argument choc « votre enfant mérite le meilleur » mais, intérieurement, je leur souhaite de ne pas se laisser manipuler. Surtout qu’un autre grand moment les attend : le choix du siège-auto.

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