À 19 ans, j’ai réussi à vaincre l’anorexie

Inès est tombée dans l'anorexie à 11 ans, et à 19 ans, elle peut le dire : elle a vaincu sa maladie. Elle raconte son histoire.

À 19 ans, j’ai réussi à vaincre l’anorexie

Il y a un mois, le 8 septembre, Mymy est tombée sur un tweet qui a attiré son attention :

Inès a 19 ans, et elle témoignait via ce tweet de sa victoire contre son trouble du comportement alimentaire (TCA) : l’anorexie.

Je l’ai donc contactée pour qu’elle me raconte son histoire inspirante, et pour pouvoir te la partager.

La découverte de son anorexie

Inès est normande, et elle veut devenir journaliste.

À 11 ans, elle a commencé à développer un trouble du comportement alimentaire, pendant la période difficile de la séparation de ses parents :

« Les TCA sont les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie, etc.

Pour ma part, j’ai été touchée par l’anorexie restrictive non-vomitive (je ne mangeais qu’en très faible quantité sans me faire vomir).

J’ai commencé à développer ce trouble à l’âge de 11 ans, lorsque je sortais d’une période de surpoids suite à la séparation de mes parents (qui, par choc émotionnel, m’avait fait prendre beaucoup de poids).

Je ne me suis pas rendue compte que j’étais atteinte de TCA, alors que je commençais à cet âge-là une longue période d’orthorexie. »

[NDLR : ce terme désigne un désir obsessionnel d’ingérer une nourriture dite très saine, associée à un mode de vie très sain (par exemple du sport à outrance) avec un rejet systématique de tout ce qui est perçu comme malsain.]

« L’anorexie s’est révélée lors de mon entrée à la fac en septembre 2018, qui m’a tout d’abord fait entrer dans une phase dépressive importante, qui par la suite m’a fait perdre beaucoup de poids, et qui enfin m’a fait chuter dans l’anorexie par refus de reprendre le poids perdu.

J’ai dû stopper ma première année de licence, tout d’abord par un arrêt de mon médecin afin de me reposer, puis par une hospitalisation de 4 mois de février à juin 2019.

J’ai donc perdu 1 an dans mon parcours solaire, chose que j’ai très mal vécue, étant très perfectionniste dans le domaine des études.

Lors de ma période d’anorexie, j’étais devenue asociable. Pensant perdre tous mes amis, je me suis isolée. Je ne sortais plus, ne voyais quasi plus personne.

Je refusais toute soirée ou sortie en ville avec qui que ce soit, de peur de devoir affronter la nourriture à un moment ou un autre.

Je m’en veux beaucoup par rapport à mes amis, qui pensaient toujours bien faire et que je repoussais à chaque fois… »

Ma prise en charge médicale pour soigner mon anorexie

Physiquement, Inès cherchait à repousser ses limites, à savoir jusqu’où son corps pouvait aller. Elle n’a jamais eu d’idées suicidaires, malgré son état dépressif important.

Au plus mal de sa maladie, elle a atteint les 33kg pour 1m57, elle était à la limite de la réanimation forcée :

« J’ai beaucoup perdu mes cheveux, ma peau n’était plus élastique du tout, je m’habillais en 9 ans chez les enfants… Heureusement, j’ai pu être hospitalisée à temps.

Mon médecin traitant, qui m’a suivie dès le diagnostic de ma dépression en septembre 2018, m’a conseillé le service de nutrition du CHU de Rouen, voyant mon poids dégringoler.

J’y suis donc allée, et j’y étais suivie toutes les deux semaines dès le mois de décembre 2018 par des diététiciens, psychologues, psychiatres et internes en nutrition.

Mais voyant que cela ne fonctionnait pas, que je continuais à perdre du poids de semaines en semaines, j’ai demandé à me faire hospitaliser, ce qui n’a pas été chose facile car les places étant très rares.

Je savais que seule je ne réussirai pas, et que l’hospitalisation était mon ultime espoir de survie.

J’ai attendu plus d’un mois avant d’avoir une place dans le centre de La Croix Rouge à Bois Guillaume en Normandie, et j’y suis entrée le 20 février, jusqu’au 13 juin.

J’avais des cours de sport, des sorties thérapeutiques, une ergothérapeute, des psychiatres et psychologues, des diététiciens, des médecins nutritionnistes, des socio-esthéticiennes…

On m’a posée une sonde naso-gastrique de force, ce qui a été un traumatisme. [NDLR : une sonde naso-gastrique permet de réguler l’alimentation des personnes particulièrement dénutries.]

Je l’ai gardée deux mois, et je suis ensuite passée aux compléments alimentaires hypercaloriques et hyperprotéinés. Je suis restée dans ce centre 4 mois, il m’a sauvé la vie. »

Combattre l’anorexie, une grande leçon de vie

Son hospitalisation a sauvé la vie d’Inès, mais pour autant, cela n’a pas suffit tout de suite. Il a fallu qu’elle ait un vrai déclic pour combattre consciemment sa maladie :

« Au début, je progressais à l’hôpital pour faire plaisir aux médecins, être la bonne élève. Mais lorsque j’avais des permissions de sortie et que je rentrais chez moi, je rechutais, mes démons revenaient.

Puis un jour ma mère s’est mise à pleurer devant moi en me disant qu’elle voyait son unique enfant mourir devant ses yeux et qu’elle se sentait impuissante, que si je tombais, elle tombait avec moi. Alors j’ai eu un déclic.

Je me suis rendue compte que non seulement je me faisais du mal à moi-même, mais également à ceux que j’aimais.

Et c’est là que tout a changé. »

De cette période où elle a frôlé la mort, Inès ne retire que du positif, et une nouvelle manière d’aborder la vie qui impose le respect.

Avec une bonne dose de reconnaissance en prime :

« Ce combat m’a appris que la vie est précieuse et bien trop courte pour se la gâcher. Certaines personnes ont des maladies incurables, alors quand on a la possibilité de guérir par soi-même, on doit se battre jusqu’au bout.

J’ai beaucoup mûri durant cette période, j’ai grandi, je me suis assagie.

Je profite de chaque instant, aussi anodin soit-il. J’ai pris un peu plus confiance en moi, et je vais me battre pour chaque combat que la vie me fera affronter.

Si j’avais en face de moi une jeune femme qui passe par les mêmes épreuves que moi, je lui dirais de bouffer la vie, c’est l’expression favorite de ma maman pour cette maladie !

Je lui dirais que lorsqu’elle sera sur son lit de mort et que sa vie sera derrière elle, elle ne se souviendra pas des calories présentes dans ses assiettes ni du poids qu’elle aura pesé, mais plutôt de tous les moments passés avec ceux qu’elle a aimé, de tous les bons souvenirs.

Et puis lorsqu’on sort de l’anorexie, on ne grossit pas, on démaigrit !

On prend des kilos de vie, et chaque femme est belle, peu importe son poids, sa taille ou son IMC. Il faut profiter de chaque instant car on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Moi, quand j’avais peur de manger un aliment, je me disais : « Inès, t’as 18 ans, et t’as peur d’une assiette de pâtes ? Tu devrais plutôt avoir peur d’un devoir non-rendu, ou de la vaisselle pas faite dans ton studio d’étudiante ! ».

Je suis tellement reconnaissante envers tous ceux et toutes celles qui m’ont soutenue durant ce combat !

Et je souhaite à toutes et tous ceux atteints de TCA de vaincre cette épreuve, car si je l’ai fait, alors tout le monde en est capable.

Je ne suis pas une super-héroïne ! »

Merci à Inès pour son touchant témoignage, qui j’en suis sûre aidera bien des personnes se reconnaissant dans son combat.

À lire aussi : J’ai vaincu l’anorexie, j’ai choisi de vivre

Les TCA, tu peux en parler

Si tu es atteinte de troubles alimentaires du comportement, ou que c’est le cas de l’un de tes proches, tu peux composer le numéro vert 0810 037 037.

Tu tomberas sur la ligne d’écoute de la fédération nationale d’associations liées aux troubles des conduites alimentaires, et tu pourras parler à des professionnels (psychologues, médecins, ou membres d’associations).

La permanence est assurée du lundi au vendredi entre 16h et 18h.

En parler, c’est l’important, alors n’hésite pas à le faire auprès de ton médecin traitant, ou de n’importe quel proche ou parent avec qui tu te sens à l’aise d’en discuter !

Oceane

Oceane

Océane est chargée des témoignages sur madmoiZelle ! Sa passion, c’est vos vies, surtout quand elles lui font réfléchir à la sienne. Elle aime aussi le froid, les arbres et les avocats.

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Commentaires

Aziri

@Mimicollo : C'est un peu contradictoire car tu dis ne pas être guérie et en même temps que c'est un soulagement. Je pense au contraire que tu es en plein dans ta maladie et que tu en souffres. D'ailleurs le "je grossis de suite" le montre bien, personne ne prend cinq kilos pour avoir mangé 100g de pates de trop.
Les vomissements a longueur de journée ce n'est pas cool. Personne n'aime avoir l'impression que la gorge se déchire, les maux de ventre qui s'en suivent, le goût affreux dans la bouche, les yeux rouges, les larmes.. J'espère sincèrement que tu finiras pas en sortir. De toute façon, tu n'auras pas le choix car se faire vomir plusieurs fois par jour n'est PAS viable. D'autres problèmes de santé vont finir par surgir et ce n'est plus seulement contre l'anorexie qu'il va falloir te battre :/


J'ai connu tout ça, je suis passée par de longues années d'anorexie et de boulimie et même si j'estime en être sortie maintenant, j'ai toujours d'anciennes angoisses qui remontent. J'ai toujours énormément de mal à manger devant les autres si personnes d'autre ne mange, je me regarde 150 fois par jour devant un miroir pour scruter mon corps de ses moindres défauts, j'ai appris à me tenir loin des balances qui me pourrissent la vie, je me trouve systématiquement grosse sur les photos, j'ai parfois le réflexe de me faire vomir si j'ai trop mangé bien que la-dessus j'ai fait beaucoup de progrès, ca ne m'arrive plus que 2 ou 3 fois par an, etc. Quand je vais chez le médecin, je demande à ne pas regarder mon poids sur la balance. C'est terrible, car ca fait maintenant 6/7 ans que j'en suis sortie et j'ai encore plein de tocs nerveux la dessus. Mais j'en ai parlé à une pote qui elle aussi a été anorexique et c'est pareil pour elle. On a beau en être sortie, on gardera toujours plusieurs orteils dedans.
 

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