Pourquoi les mères badass dans les séries sont souvent des control freaks


Dans les séries, les personnages féminins qui ont eu la bonne idée d'enfanter sont souvent présentés comme des vraies maniaques du contrôle. Pourquoi faire un tel choix scénaristique et que dit-il de nos représentations de la maternité ?

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Les séries de notre adolescence regorgent de personnages de mères bourrés de clichés, et il y en a un qui nous énerve tout particulièrement : la mère maniaque.

Prenons trois exemples que vous connaissez peut-être : Claire Dunphy dans Modern Family, Lynette Scavo dans Desperate Housewives et Loïs dans Malcolm. Quel est donc leur point commun, à votre avis ? (Hormis le fait qu’elles soient toutes les trois blanches, on est d’accord…)

Les mères badass sont considérées comme des control freaks 

Ces trois femmes, qui ont marqué les esprits de celles et ceux qui dévorent les séries américaines, sont toutes dépeintes comme des mères qui gèrent d’une main de maitresse leur foyer, tout en étant complètement control freak. Et encore, le mot qui vient le plus à l’esprit, bien qu’il soit dépassé, misogyne et réducteur est « hystérique ».

Souvenez-vous, Lynette, Loïs et Claire, chacune à leur échelle et avec plus ou moins d’humour ou de drame, étaient toutes des mères aimantes, dévouées, qui s’occupaient de leur maison, de leurs enfants et de leur mari (et souvent d’un boulot en plus de tout ça).

Avec les années et le recul, on se rend compte que ces femmes, qui pouvaient parfois franchement nous énerver quand nous regardions ces séries en étant plus jeunes (et sans enfants, pour certaines d’entre nous), étaient surtout dépeintes comme des péteuses d’ambiance.

Elles étaient celles qui empêchaient les autres personnages — masculins ou enfantins — de kiffer un peu la vie et de foutre le bordel dans la maison.

Ces femmes étaient les relous de la bande, les daronnes castratrices qui manquaient de fun, celles qui ne savaient pas se détendre et s’amuser. Mais au fait Jean-Roger, comment voulais-tu qu’elles se détendent les ovaires quand elles voyaient le bordel s’accumuler ? Il y avait bien quelqu’un qui devait s’y coller, et c’était elles.

Les mères control freaks nous faisaient rire

À l’époque de la diffusion des séries, quand nous étions adolescentes pour Desperate Housewives et Malcom, l’attitude caricaturale de Loïs et Lynette pouvait prêter à rire et à se moquer.

Elles incarnaient ce que certaines d’entre nous ne supportions pas dans la maternité : des femmes asservies par leur famille, qui gueulaient tout le temps contre tout le monde, qui ne supportaient pas le bordel, la fantaisie et l’imprévu, et qui voulaient que tout soit cadré. Elles mettaient leur carrière de côté pour allaiter le petit dernier, faisaient en sorte que le diner soit servi à l’heure pour les multiples gosses et le mari qui voulaient bien prendre la peine de s’attabler.

Ces mères semblaient mornes, un peu folles, trop sévères et relous au possible. Et pourtant, elles nous faisaient rire : une sorte de catharsis du stéréotype de la daronne au foyer qui ne vit que pour sa cuisine rangée et son linge plié. Elles étaient celles qu’on ne voulait surtout pas devenir, ces femmes adultes qui se prenaient trop au sérieux et qui rendaient la vie bien trop chiante et plate pour ceux qui les côtoyaient.

Pourtant, lorsqu’on prend un peu de recul et qu’on prend le temps d’avoir une deuxième lecture de leur personnage, on ne peut se rendre compte que d’une chose : aujourd’hui, on les comprend, ces femmes.

Qui, en étant à présent adulte et peut-être mère à son tour, n’aurait pas eu envie de cramer toute la baraque en devant se taper tout le boulot pour les êtres ingrats qui constituent sa famille ? Qui n’aurait pas eu envie de gueuler en permanence en voyant à quel point on lui manquait de considération et de respect ? Qui n’aurait pas eu envie de dissimuler de la mort au rat dans le poulet du dimanche ?

Les pères, ces grands enfants rigolos

À l’opposé de ces mères control freaks, nous avons le droit dans les séries à des pères cools. Certes, certains partagent un peu la charge parentale comme Phil Dunphy dans Modern Family, mais ce dernier est surtout dépeint comme un grand enfant maladroit, la tête pleine de rêves enfantins, pendant que sa femme se doit de garder les pieds sur terre, pour contrebalancer l’immaturité de son époux et offrir à leurs trois enfants une certaine forme d’équilibre.

C’était un peu la même chose pour Hal, le père de Malcolm : tout aussi couillon que ses enfants, il était également absolument ingérable, mais il était présenté comme un personnage attachant, effrayé par l’autorité de sa propre femme (la maniaque du contrôle, rappelez-vous).

Quant à Tom Scavo dans Desperate Housewives, ce grand dadais un peu gauche qui essayait tant bien que mal de faire croire qu’il pouvait avoir une carrière aussi brillante que celle de sa femme alors qu’il ne lui arrivait pas à la cheville, il était celui qui était « castré » par son épouse qui prenait trop de place et qui gérait tout bien mieux que lui. Pauvre chaton.

Étrangement, nous avions de l’affection, voire de la compassion pour ces hommes qui ne pouvaient s’exprimer pleinement face à leur femme. Nous les prenions en pitié, nous comprenions leur besoin et leur désir de faire des conneries et de s’émanciper, nous admirions leur créativité et leur douce folie. Après tout, ils étaient brimés, les pauvres.

Alors qu’en vrai, avec du recul, n’étaient-ils pas plutôt de gros losers qui laissaient leur épouse prendre les grandes décisions, gérer toute l’organisation familiale, et se taper l’intégralité ou presque de la charge mentale ? N’étaient-ils pas en fait que des personnes immatures, pas foutues de prendre leur vie en main ?

Les mères sont-elles des control freaks à cause des hommes ?

Et si finalement ces mères décrites comme des péteuses d’ambiance étaient devenues maniaques à cause de ceux qu’elles ont épousés ?

Prenons un contre-exemple intéressant : le personnage de Lorelai dans la série Gilmore Girls. Celle-ci est dépeinte comme une meuf qui gère au boulot : elle dirige un hôtel (puis ouvre sa propre auberge) et s’attaque à tous les problèmes sans peur et avec efficacité. Pour autant, elle n’est pas tyrannique avec ses employés, ni dépeinte comme une maniaque du contrôle. À la maison, elle élève seule sa fille qu’elle a eue à 16 ans, et là aussi, pas de control freak à l’horizon. Elle fait même preuve d’une certaine fantaisie au quotidien, ce qui ne l’empêche d’être une mère qui gère.

La différence entre Lorelai et les trois mères dont nous parlions précédemment ? Déjà, Lorelai n’a qu’un enfant (et c’est sans doute plus facile d’être fantaisiste quand on n’a qu’une personne à gérer que quand on en a 5, tous les monos de colo vous le diront). Mais surtout, Lorelai et sa fille vivent seules. Pas de père rigolo, mais immature, dans le décor : pas besoin de faire de Lorelai une control freak pour contrebalancer.

Autre détail qui a son importance : la série Gilmore Girls a été créée et portée par une femme, Amy Sherman-Palladino, contrairement à Modern Family, Malcolm  ou Desperate Housewives, toutes imaginées par des hommes. Est-ce qu’il y aurait un lien ? Mon petit doigt me dit que c’est bien possible…

L’écriture des mères dans les séries évolue

Heureusement, il n’y a pas non plus dans le paysage des séries que des mères dépeintes comme des hystériques qui ont besoin de tout contrôler. Plus les années passent, plus les scénaristes semblent réaliser que les femmes ne sont pas là que pour couper les couilles des mâles, et qu’elles peuvent avoir, elles aussi, toute une palette d’émotions et d’attitudes qui peuvent être autre chose que péjoratives et caricaturales.

Par exemple, un des personnages qui nous a le plus marquées ces derniers mois est celui d’Ally dans la série anglaise Breeders.

Elle est la mère de deux enfants, vit à Londres avec son mari, bosse, s’occupe des mômes, mais tout autant que son époux. Il y a, pour une fois, un vrai partage de la charge mentale et parentale. Les deux font des erreurs, se questionnent, pensent à leur carrière, élèvent leurs enfants. Ils sont une équipe, ils ne sont pas l’un contre l’autre.

Une telle modernité dans une série traitant de la parentalité est un véritable vent de fraicheur, et nous prendrons le temps, dans un prochain article, de vous parler un peu plus de cette œuvre qui dépoussière enfin le genre, avec brio.

Tout comme la série canadienne Workin’ Moms qui présente avec sincérité et réalisme une palette de mères aux personnalités variées. La cinquième saison a été diffusée en début d’année au Canada et on l’attend impatiemment sur Netflix pour prouver une nouvelle fois que les mères peuvent gérer sans être des maniaques du contrôle, et que les pères sont aussi capables d’être des adultes.

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Manon Portanier

Manon Portanier


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Witch'Daughter

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