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Société

« Portez plainte », c’est tout ce qu’Élisabeth Borne a à dire aux victimes de violences sexistes et sexuelles

En déplacement dans sa circonscription du Calvados, Élisabeth Borne a été interpellée sur la présence de Gérald Darmanin au poste de ministre de l’Intérieur. Sur le sujet des violences faites aux femmes, elle répète aux victimes de se tourner vers la justice.

C’est avant tout en tant que candidate dans la sixième circonscription du Calvados qu’Élisabeth Borne était présente hier à Villers-Bocage. Mais au vu du contexte, il était difficile de ne pas la voir aussi comme la Première ministre qu’elle est, et l’interpeller comme il se doit, notamment au regard des nouvelles accusations qui visent son ministre des Solidarités Damien Abad.

C’est ce qu’a choisi de faire une femme, comme l’avait fait quelques jours avant elle Laura à Gaillac et dont la séquence face à Emmanuel Macron est devenue virale :

« Qu’un homme utilise sa stature d’homme de pouvoir pour avoir des faveurs, ça vous dérange pas ? »

La justice, seul argument d’Élisabeth Borne

Elle fait directement référence à l’affaire Darmanin, nommé ministre de l’Intérieur en juillet 2020, et qui a fait l’objet d’investigations après plusieurs plaintes pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance en 2017, puis pour abus de confiance, extorsion de consentement sexuel, escroquerie au consentement sexuel, viol et harcèlement sexuel, en 2018. En septembre 2021, la justice a finalement annoncé la fin des investigations.

bfm elisabeth borne interpellation darmanin

« Bien sûr que ça me dérange », lui répond la Première ministre. « Bah pourquoi il est encore là ? Pourquoi personne ne dit rien ? » Si Élisabeth Borne reste calme, au contraire d’Emmanuel Macron qui n’avait pas caché son agacement, elle peine à convaincre, en campant froidement sur une seule position : les victimes doivent se tourner vers la justice en portant plainte.

En face d’elle, la riveraine tient bon, et martèle que la justice n’est pas appliquée. Les chiffres lui donnent raison : sept plaintes pour viol sur dix sont classées sans suite, le plus souvent par manque de preuves, qu’il incombe à la victime d’apporter. Une statistique qui explique en partie pourquoi seulement une femme sur dix ose porter plainte lorsqu’elle a été victime des violences sexistes et sexuelles.

« Soyez irréprochables »

Comment faire confiance alors qu’au plus haut sommet de l’État des hommes accusés de violences sont maintenus, continue de questionner la femme, qui termine en assénant cette formule pour le moins magistrale sur le devoir d’éthique et d’exemplarité que l’on serait en droit d’attendre d’un ou d’une ministre :

« Soyez irréprochables déjà dans les personnes qui vous représentent, c’est-à-dire les députés, les ministres, on ne peut pas avoir confiance en des gens qui ont des casseroles, c’est même plus des casseroles, c’est une cuisine complète au cul ! »

Rebelote au 20h

En interview au 20h sur France 2, elle a de nouveau martelé que seule la voie de la plainte compte à ses yeux, sous-entendant ainsi que face aux récentes accusations contre Damien Abad, elle se refuse à suspendre son ministre en l’absence d’une décision de justice. Pas de « présomption d’innocence » en guise d’argument comme c’était le cas avec Emmanuel Macron, mais bien le dépôt de plainte et la condamnation comme seule option valable : « Je souhaite que toutes les femmes qui sont victimes de harcèlement de violences déposent plainte, c’est comme ça que la justice pourra faire son travail. »

L’avocate de la dernière témoin de l’affaire Abad était invitée ce matin sur France Info rappelant d’ailleurs le « chemin de croix » que constitue une plainte « pour une victime de violences sexistes ou sexuelles ». Elle a en outre ajouté que la position d’Élisabeth Borne a « marqué » sa cliente, qui avait envisagé au départ de la contacter via un courrier.

À lire aussi : On fait le bilan sur l’égalité femmes-hommes, « grande cause du quinquennat » Macron (mdr)

Crédit photo : 20h de France 2(France TV)

Violences conjugales : les ressources

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez est victime de violences conjugales, ou si vous voulez tout simplement vous informer davantage sur le sujet :

Les Commentaires
20

Avatar de Mayushi
16 juin 2022 à 22h32
Mayushi
La position du président de la République est que la personne accusée doit être considérée comme innocente puisque la justice n'a pas (encore) établi sa culpabilité.
Et sanctionner quelqu'un sur la base d'accusations avant même que l'accusé ait été jugé coupable par un tribunal, n'est-ce pas se substituer à la justice ?

Bizarre pour un Président Startup Nation quand dans un bon nombre d'entreprises privées ce genre d'accusations fait instantanément perdre son job. En général mise à pied immédiate (avec versement du salaire) le temps qu'une enquête interne se tienne puis au choix licenciement à l'arrivé, une négociation pour un départ à l'amiable, simple blâme ou aucune sanction. Mais quand un.e employé.e cause des dégâts à l'image de son entreprise alors on le/la met à l'éccart tout de suite.
La justice on en a rien à faire pour le moment, personne ne dit qu'Abad devrait dormir en prison dès ce soir, ça oui c'est un.e juge qui décide. On parle de virer Abad du gouvernement et de ne pas l'investir dans sa circo. Les positions de ministre ou de député.e c'est pas du salariat, donc il n'y a même pas le risque possible de passer devant les Prud'hommes, on ne parle pas ici d'un licenciement. Un.e ministre ça se change à tout moment et LREM pouvait investir un.e autre candidat.e dans la circo d'Abad pour le faire perdre.
J'ai déjà eu un collègue masculin qui s'est fait dégagé directement de ma boite pour Sexual Misconduct à cause d'accusations sérieuses, l'entreprise n'a pas eu besoin d'attendre une quelconque décision de justice voir même un dépôt de plainte. Il y a la justice et la gestion interne. Ce collègue devenait simplement un risque sérieux pour l'image de l'entreprise ainsi que l'intégrité physique d'autres collègues + client.e.s, alors il s'est fait dégagé. Libre à lui d'aller devant un tribunal s'il veut faire requalifier son licenciement en licenciement abusif. (Bizarrement il ne l'a jamais fait.)
C'est tout ce qu'on demande en faite, des actions immédiates liées au milieu en question (ici sa famille politique) PUIS que la justice fasse son travail (beaucoup plus long) pour décider ou non de sa culpabilité. S'il fallait attendre à chaque fois que la justice se prononce pour prendre une décision interne alors l'impunité serait totale quand on sait le temps qu'il faut pour que des faits de ce type soient jugés.
La position du Président c'est simplement du vomis, ni plus ni moins désolé. Macron sait parfaitement qu'en se cachant derrière une décision de justice il peut facilement attendre 2-3 ans avant que l'affaire soit jugée. Et encore, avec le jeu des appels, de la cassation, ces affaires peuvent s'étaler sur 6-7 ans. Et ça c'est quand elles ne sont pas classées sans suite. Rappel aussi, ne pas être condamné devant un tribunal ne veut pas dire que les faits ne sont pas produits. Etre innocent aux yeux de la justice ou de la société ne veut pas non plus dire que les faits ne se sont pas produits et qu'il n'y a pas de victime.
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