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Les Pintades à Téhéran (Delphine Minoui)

19 juil 2007

Aux Editions Jacob-Duvernet
Tu connais peut-être déjà la collection Les Pintades qui, à Londres et à New-York, a déjà décortiquée les modes de vie de citadines occidentales. Dans ce troisième opus, direction l’Orient, à la découverte de Téhéran en Iran, une ville à la population pleine de surprises.
Quel étonnement pour moi, petite occidentale sous-informée, d’apprendre que, dans un pays dirigés par des islamistes, les femmes votent, conduisent, suivent des études, etc. Même si au regard de la loi, elles ne valent que la moitié d’un homme et doivent s’astreindre à des règles plus absurdes les unes que les autres (pas le droit de chanter, par exemple), les persannes installent doucement le changement en assumant, malgré la dure loi islamique, leur féminité.

Installée à Téhéran depuis 8 ans, Delphine Minoui a rencontré ces fameuses Pintades iraniennes, une espèce à part, de celles qui s’adaptent à toute sorte de climat social ou politique. Guidée par le regard de la journaliste (lauréate du prix Albert Londres en 2006), on ressent immanquablement l’affection qu’elle porte à ces femmes un peu soumises, un peu rebelles. Elle a vécu, au quotidien, les préoccupations de ses congénères : les courses, les rites religieux, les soirées entre amies, les repas, le sport, la drague et, last but not least, la mode. Le moindre aspect de leur vie quotidienne est empreint de contradiction, entre respect de la loi et contestation par l’esquive.

On apprend qu’il est impossible de déshabiller la Barbie iranienne car les fabricants ont collés les vêtements à son corps et, quelques pages plus loin on se rend compte que, sans tabou, les persannes s’offrent de la lingerie que peu d’entre nous oseraient porter. Ou, quand après avoir passé la journée à sermonner les jeunes femmes sur leurs tenues et attitudes, les miliciennes islamites retrouvent leurs amis pour danser, causer épilation et jacasser.

Une révolution douce mais utile puisque les filles imposent à coup sûr le changement, en occupant 60% des bancs de la fac, en se faisant élire ou en conduisant des voitures.

Le port du voile est, tu t’en doutes, en bonne place des préoccupations des femmes, jeunes et moins jeunes, riches et moins riches. Chez ces modeuses affirmées, il est à la fois accessoire de mode et de contestation. Elles le choisissent fleuri ou transparent, le raccourcissent, en laisse s’échapper une frange ou quelques mèches selon les tendances. Elles l’accordent à un manteau seconde peau et à un maquillage parfois outrancier. Tant pis si elles doivent subir l’humiliation du démaquillage public ou la douleur des coups de fouet. Les mollahs ont voulu les rendre invisibles, elles s’obstinent à revenir dans la sphère publique.

Sans complaisance ni propos convenu sur l’Islam, la journaliste raconte la contrainte du port du roussari (le voile) dans ses aspects quotidiens. Mais on comprend aussi que dans une certaine mesure, il a permis aux filles de notre génération de se libérer du carcan familial en accédant aux études. Eh oui, leurs filles emprisonnées dans un carré de tissu, les pères leur laissent plus facilement la possibilité de se rendre dans des lieux mixtes, comme l’université. Quoi de mieux que l’éducation pour s’émanciper ?!

Le voile, entre mille autres choses. Des anecdotes amusantes, des idées reçues qui tombent et des traditions qui choquent, c’est ce que raconte (bien mieux que moi) Delphine Minoui dans ce merveilleux document.

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