Live now
Live now
Masquer
Image d'erreur
Livres

Les Pintades à Téhéran (Delphine Minoui)

Aux Editions Jacob-Duvernet
Tu connais peut-être déjà la collection Les Pintades qui, à Londres et à New-York, a déjà décortiquée les modes de vie de citadines occidentales. Dans ce troisième opus, direction l’Orient, à la découverte de Téhéran en Iran, une ville à la population pleine de surprises.
Quel étonnement pour moi, petite occidentale sous-informée, d’apprendre que, dans un pays dirigés par des islamistes, les femmes votent, conduisent, suivent des études, etc. Même si au regard de la loi, elles ne valent que la moitié d’un homme et doivent s’astreindre à des règles plus absurdes les unes que les autres (pas le droit de chanter, par exemple), les persannes installent doucement le changement en assumant, malgré la dure loi islamique, leur féminité.

Installée à Téhéran depuis 8 ans, Delphine Minoui a rencontré ces fameuses Pintades iraniennes, une espèce à part, de celles qui s’adaptent à toute sorte de climat social ou politique. Guidée par le regard de la journaliste (lauréate du prix Albert Londres en 2006), on ressent immanquablement l’affection qu’elle porte à ces femmes un peu soumises, un peu rebelles. Elle a vécu, au quotidien, les préoccupations de ses congénères : les courses, les rites religieux, les soirées entre amies, les repas, le sport, la drague et, last but not least, la mode. Le moindre aspect de leur vie quotidienne est empreint de contradiction, entre respect de la loi et contestation par l’esquive.

On apprend qu’il est impossible de déshabiller la Barbie iranienne car les fabricants ont collés les vêtements à son corps et, quelques pages plus loin on se rend compte que, sans tabou, les persannes s’offrent de la lingerie que peu d’entre nous oseraient porter. Ou, quand après avoir passé la journée à sermonner les jeunes femmes sur leurs tenues et attitudes, les miliciennes islamites retrouvent leurs amis pour danser, causer épilation et jacasser.

Une révolution douce mais utile puisque les filles imposent à coup sûr le changement, en occupant 60% des bancs de la fac, en se faisant élire ou en conduisant des voitures.

Le port du voile est, tu t’en doutes, en bonne place des préoccupations des femmes, jeunes et moins jeunes, riches et moins riches. Chez ces modeuses affirmées, il est à la fois accessoire de mode et de contestation. Elles le choisissent fleuri ou transparent, le raccourcissent, en laisse s’échapper une frange ou quelques mèches selon les tendances. Elles l’accordent à un manteau seconde peau et à un maquillage parfois outrancier. Tant pis si elles doivent subir l’humiliation du démaquillage public ou la douleur des coups de fouet. Les mollahs ont voulu les rendre invisibles, elles s’obstinent à revenir dans la sphère publique.

Sans complaisance ni propos convenu sur l’Islam, la journaliste raconte la contrainte du port du roussari (le voile) dans ses aspects quotidiens. Mais on comprend aussi que dans une certaine mesure, il a permis aux filles de notre génération de se libérer du carcan familial en accédant aux études. Eh oui, leurs filles emprisonnées dans un carré de tissu, les pères leur laissent plus facilement la possibilité de se rendre dans des lieux mixtes, comme l’université. Quoi de mieux que l’éducation pour s’émanciper ?!

Le voile, entre mille autres choses. Des anecdotes amusantes, des idées reçues qui tombent et des traditions qui choquent, c’est ce que raconte (bien mieux que moi) Delphine Minoui dans ce merveilleux document.


Découvrez le BookClub, l’émission de Madmoizelle qui questionne la société à travers les livres, en compagnie de ceux et celles qui les font.

Les Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire sur cet article.

Réagir sur le forum

Plus de contenus Livres

9782290397336_UnJourDeNuitTombeeT1_Couv_BD (1)
Livres

Trois bonnes raisons de découvrir la fantasy grâce à l’œuvre de Samantha Shannon

Livres

Trois bonnes raisons de découvrir la fantasy grâce à l’œuvre de Samantha Shannon

Humanoid Native
Couverture du livre "Et, refleurir" aux éditions Philippe Rey, illustrée par Iris Hatzfeld
Livres

« Une femme qui refuse de souffrir, c’est radical » : Kiyémis, autrice afroféministe du roman Et, refleurir

4
Source : Juliette Leigniel
Livres

Relations amoureuses : comment la ville a « uberisé » l’amour ?

3
Maryse Condé photographiée lors du Calabash Literary Festival 2007 // Source : Creative Commons : Georgia Popplewell via Flickr
Livres

Maryse Condé, grande autrice guadeloupéenne, aura-t-elle un hommage national ?

6
Livres pour enfants : les 10 meilleurs albums jeunesse en mars 2024
Livres

Livres pour enfants : les 10 meilleurs albums jeunesse en mars 2024

gloria-steinem-feminist-litterature-
Livres

Gloria Steinem, féministe incontournable, fête ses 90 ans

1
Source : Éditions Atelier de la Belle Étoile
Daronne

Et si vous souteniez le livre jeunesse « Zaza, queen de la bibliothèque » ?

livres_feministes // Source : URL
Livres

Les cinq essais féministes à lire absolument ce printemps

Couverture du livre "Couper la douleur" de Lisa Dayan // Source : Éditions Marabout
Livres

Douleurs vaginales intenses : « Quand on te demande de jauger ta douleur de 1 à 10, c’est dur de dire 10 »

1
Annie Ernaux sur le plateau télé de La grande librairie // Source : Capture d'écran YouTube
Culture

« Si tu parles, t’es morte » : 400 autrices dénoncent un monde littéraire violent et misogyne

La pop culture s'écrit au féminin