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Les couches pèsent lourd dans le budget des familles précaires. On le sait, alors qu’est-ce qu’on fait ?

À environ 50 centimes par couche de bonne qualité, changer son bébé représente un poste de dépenses important pour les familles françaises. Et si ça changeait ?

Les dépenses pour pouvoir changer son bébé autant de fois que nécessaire impliquent parfois des sacrifices chez les personnes les plus précaires.

Mais si la gratuité de ces biens de première nécessité que sont les couches semble être une solution, s’en tenir là serait ignorer le vrai problème : la pauvreté de nombreux parents.

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(© Pexels/Keira Burton)

Les couches, un poste de dépenses conséquent

Entre 1 785 et 2 244 euros. C’est ce qu’estime avoir dépensé Gabrielle, du compte Instagram une_maman_handinaire, pour changer son fils Noah depuis sa naissance il y a dix-sept mois. Le calcul est simple : les couches qu’elle achète coûtent entre 50 et 55 centimes l’unité et elle en utilise sept à huit par jour.

Une sacrée somme, à laquelle elle ne s’attendait pas avant de devenir maman :

« C’est beaucoup trop cher, surtout si on choisit de la bonne qualité, sans perturbateurs endocriniens et autres produits irritants… »

Bien sûr, une telle dépense est indispensable pour tous les parents. Estelle Ledon, infirmière puéricultrice, alerte :

« Si un nourrisson n’est pas suffisamment changé, c’est-à-dire à chaque selle ou quand la couche en pleine d’urine, il risque d’avoir la peau irritée.

Une fois de temps en temps, l’irritation passe avec un peu de crème protectrice. Mais si c’est récurrent, cela peut devenir très douloureux, voire aller jusqu’à des infections ou des mycoses. »

Problème : cette dépense est vraiment conséquente dans les budgets des familles en situation de précarité.

Selon les données de l’INSEE de 2018, citées dans le Rapport sur la pauvreté en France (deuxième édition, 2020-2021) de l’Observatoire des inégalités, 5,3 millions de personnes en France (soit 8,3% de la population) vivent sous le seuil de pauvreté fixé à 885 euros par mois et un enfant sur dix grandit dans une famille pauvre.

« Les chiffres n’ont pas beaucoup bougé depuis la crise sanitaire », précise Anne Brunner, directrice d’études à l’Observatoire des inégalités, qui a codirigé le rapport.

Ces familles sont donc obligées de se faire aider et se rendent parfois dans des associations.

Des associations à la rescousse pour aider les parents à avoir assez de couches

Si beaucoup d’adultes se refusent à demander de l’aide à des associations, ils finissent souvent par le faire lorsqu’ils ont des enfants, remarque Sophie Palpacuer, directrice du Secours Populaire du Haut-Rhin :

« Ils ont envie de vivre dignement et de s’assumer eux-mêmes, cela va de soi. Mais ils finissent par demander de l’aide, car leurs enfants sont plus importants que tout. »

Depuis mai dernier, la fédération du Haut-Rhin a ouvert une permanence spécifique pour les jeunes mères précaires, qui les suit jusqu’au 2 ans du bébé. Elles sont une « bonne trentaine », la plupart migrante ou en demande d’asile (Albanais, Russes, Arméniens, Afghans …). « Il y a plus des familles sans-papiers qu’il y dix ans. C’est par vagues ».

Lorsque l’accouchement approche, la famille reçoit deux boîtes, une pour le bébé et l’autre pour la mère. Elles comprennent des éléments nécessaires aux soins du bébé (couches, biberons, tétines, sérum phi, vêtements, etc.). Les boîtes sont complétées par une aide financière, aide alimentaire, des demandes d’aides matérielles auprès de partenaires (pour une poussette par exemple).

Deux bénévoles, Véronique chaque mardi a-m et Josiane deux jeudis a-m par mois.  

L’idée est venue l’année dernière, après une initiative : des boites de Noël pour les jeunes mamans. Cela a été une flambée, beaucoup de bénévoles se sont impliqués et des écoles ont relayé le mouvement. Il leur est venu l’idée de venir en aide plus systématiquement les jeunes mamans. Toutes les mères qui n’ont pas la CAF. 

Les besoins matériels sont élevés. Le SPF fournit 20 couches par mois alors que les besoins sont d’au moins 5 par jour.
© Secours populaire

Son antenne du Secours Populaire a créé, en avril 2021, une permanence d’accueil « maman – bébé » dédiée aux femmes enceintes ou venant d’accoucher, qui y trouvent une aide matérielle (couches, cotons, serviettes hygiéniques…), mais aussi logistique (à quelles aides ont-elles droit, comment inscrire leur bébé à la crèche ?). La directrice ajoute :

« Depuis sa mise en place, nous avons aidé une trentaine de mères, très précaires et coupées de leurs droits, chaque mois. »

En plus de cette permanence, des « kits bébés » sont disponibles ; ils contiennent notamment une vingtaine de couches par mois.

Depuis mai dernier, la fédération du Haut-Rhin a ouvert une permanence spécifique pour les jeunes mères précaires, qui les suit jusqu’au 2 ans du bébé. Elles sont une « bonne trentaine », la plupart migrante ou en demande d’asile (Albanais, Russes, Arméniens, Afghans …). « Il y a plus des familles sans-papiers qu’il y dix ans. C’est par vagues ».

Lorsque l’accouchement approche, la famille reçoit deux boîtes, une pour le bébé et l’autre pour la mère. Elles comprennent des éléments nécessaires aux soins du bébé (couches, biberons, tétines, sérum phi, vêtements, etc.). Les boîtes sont complétées par une aide financière, aide alimentaire, des demandes d’aides matérielles auprès de partenaires (pour une poussette par exemple).

Deux bénévoles, Véronique chaque mardi a-m et Josiane deux jeudis a-m par mois.  

L’idée est venue l’année dernière, après une initiative : des boites de Noël pour les jeunes mamans. Cela a été une flambée, beaucoup de bénévoles se sont impliqués et des écoles ont relayé le mouvement. Il leur est venu l’idée de venir en aide plus systématiquement les jeunes mamans. Toutes les mères qui n’ont pas la CAF. 

Les besoins matériels sont élevés. Le SPF fournit 20 couches par mois alors que les besoins sont d’au moins 5 par jour.
© Secours populaire

Si l’aide de telles associations (on peut aussi citer Les Restos du cœur ou La Croix rouge) est précieuse, leur caractère indispensable révèle surtout un manquement des pouvoirs publics, estime Sophie Palpacuer :

« L’idéal serait bien sûr que les familles puissent s’en sortir par elles-mêmes. Aujourd’hui, certaines personnes qui travaillent sont quand même dans le besoin… »

Alors que faire ? Soulager ces dépenses en rendant gratuites les couches, comme cela est souvent réclamé pour les protections périodiques (en février 2021, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation avait annoncé la mise à disposition gratuite de protections hygiéniques pour les étudiantes) ? C’est une des pistes !

Cependant, l’idée est certes tentante, mais peu applicable, selon Caroline De Pauw, sociologue et médecin, directrice de l’URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) et chercheuse au CLERSE (Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques) :

« La différence avec les protections périodiques, c’est qu’il existe déjà des politiques de soutien aux familles avec la CAF, contrairement à celles apportées aux femmes. »

Mais alors, quelles autres solutions pourrait-il y avoir ?

La solution : augmenter les minima sociaux ?

La gratuité peut tomber dans deux écueils : le misérabilisme d’une part, et l’individualisation de problèmes sociétaux et politiques d’autre part. Selon Anne Brunner :

« Mettre en avant les enfants, c’est forcément touchant.

Mais ce qui se joue, c’est bien la pauvreté des parents. Pour lutter contre celle-ci, il faut avant tout repenser l’ensemble des minima sociaux pour que tout bénéficiaire dès 18 ans vive au-dessus du seuil de pauvreté. »

Mais la France en a-t-elle les moyens ? Oui, selon une proposition du président de l’Observatoire des inégalités Louis Maurin et son directeur Noam Léondri, datant d’octobre 2020 : la création d’un revenu minimum unique à 860 euros par personne seule coûterait sept milliards d’euros par an.

« C’est largement à la portée des finances publiques. Le gouvernement s’apprête à réduire l’impôt sur le revenu de cinq milliards d’euros par an et les recettes de la taxe d’habitation de 20 milliards d’euros.

Pour rappel, l’ensemble des niches fiscales coûte à la collectivité 100 milliards d’euros chaque année. »

Pour l’instant ce n’est pas à l’ordre du jour, alors que faire au jour le jour pour les familles les plus pauvres ?

Les couches lavables, une possible solution ?

En attendant de telles mesures, une solution existe pour les familles qui souhaitent économiser et au passage faire du bien à la planète : les couches lavables.

« Vivant sur le salaire de mon conjoint intérimaire, elles nous sont apparues comme une véritable économie », commente Léalison Lamuré, créatrice du compte Instagram mamzellecouche sur lequel elle partage son expérience depuis la naissance de sa fille de dix mois. Elle explique :

« Il faut compter une dizaine de surcouches à 28 euros l’unité et une vingtaine d’inserts (la partie que l’on remplace plus souvent) à environ 10 euros l’unité pour pouvoir changer régulièrement bébé. Il faut aussi prévoir de lancer une machine par jour. »

480 euros en tout, donc. Plus de 1 000 euros d’économies, par rapport aux dépenses de Gabrielle !

Un argument de poids, mais auquel se heurtent des contraintes plus importantes — « surtout si on travaille », admet la jeune femme. Et qui suppose d’avoir un lave-linge chez soi ainsi que pas mal de temps…

Il est fort possible que cette charge retombe une fois de plus sur les épaules déjà bien lourdes des mères, donc ce n’est clairement pas une solution idéale. Les femmes s’occupent encore actuellement de 70% des tâches domestiques et parentales.

Une astuce, donc, à l’échelle individuelle. Mais pas de solution miracle : les couches ne sont qu’une conséquence visible d’un problème général qu’est la pauvreté dans un pays riche (plus de 600 milliards d’euros de PIB au deuxième trimestre 2021) tel que la France.

À lire aussi : Places en crèche, école non-genrée, congé parental… on attend quoi de la présidentielle côté parentalité ?

Image en une : © Pexels/Helena Lopes

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Les Commentaires
3

Avatar de Bidru
26 février 2022 à 17h04
Bidru
100% d'accord avec @Mellys et j'ajouterais que quand il s'agit de pallier l'absence/la pénurie d'un produit trop cher par un surcroit de travail domestique, guess who va s'y coller à 90% ?!
Vous savez très bien
0
Voir les 3 commentaires

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