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Psycho

Après 12 ans à me maquiller tous les jours, j’ai tout arrêté et je me sens si libre

Melody se maquillait presque tous les jours depuis plus de 12 ans. Elle raconte comment elle a changé de regard sur le make up, et pourquoi elle a arrêté de se maquiller du jour au lendemain.

Le 17 septembre 2019

Alors que j’écris ces lignes, ça fait un mois et demi que mon visage n’a pas été en contact avec du fond de teint ou du mascara. Il n’y a encore pas si longtemps, je n’aurais pourtant jamais envisagé de sortir de chez moi sans maquillage.

Mais avant de vous raconter comment j’en suis arrivée à arrêter de me maquiller, je vais vous expliquer mon rapport compliqué aux cosmétiques, qui ne date pas d’hier.

Comment j’ai découvert le maquillage

J’ai commencé à me maquiller au collège, vers mes 13 ou 14 ans. À cet âge, j’étais très mal dans ma peau. Je ne me maquillais que les yeux, mais j’y mettais une sacrée couche de crayon khôl façon Cléopâtre un peu bourrée.

Évidemment mes muqueuses oculaires, peu enclines à supporter autant de produits cosmétiques, se mettaient à pleurer : je finissais alors mes journées avec un rendu œil au beurre noir avec supplément coulure aux coins internes des yeux. (miam mioum)

Ayant de l’acné (la faute à l’adolescence) et des cernes très prononcées, appliquer fond de teint et anti-cernes est très vite devenue, selon moi, une étape obligatoire. Plus tard, le mascara et l’eye-liner se sont ajoutés à ma liste quotidienne, et voilà ; j’étais partie pour plus de 10 ans avec la même morning routine, sans jamais la remettre en question.

Et ça aurait pu continuer encore longtemps.

Se maquiller, ou se cacher ?

En m’aidant à camoufler ce que je considérais comme des défauts, le maquillage est devenu une pratique quotidienne et indispensable. Petit à petit, l’idée que j’étais beaucoup mieux avec maquillage que sans, s’est installée dans mon crâne.

Au final, il n’était plus envisageable pour moi de sortir sans être maquillée.

Que ce soit pour aller en cours, faire du sport, ou aller chercher du pain, à partir du moment où je mettais un pied dehors et qu’un humain risquait de m’apercevoir, je DEVAIS être maquillée… Sinon, les gens allaient me trouver sale et repoussante.

Je me souviens d’ailleurs de ce jour où, à 15 ans, malade comme un chien, je me suis sentie obligée de me maquiller avant d’aller chez le médecin. Tout comme ma mèche de cheveux devant les yeux ou mes fringues ultra-larges, le maquillage était pour moi avant tout un outil pour m’aider à me cacher.

Le maquillage est-il superficiel ?

J’ai eu une période où j’aimais dire à qui voulait bien l’entendre, au moment d’aller me préparer : « Je reviens je vais mettre ma couche de superficialité lol ! »
Ce cynisme un peu nul était symptomatique d’une misogynie intégrée, dont je n’avais aucune conscience à l’époque. Je méprisais les femmes qui se maquillaient « trop » et accordaient trop d’importance à leur apparence. Pourtant, me tartiner le visage de produits cosmétiques tous les matins était le seul moyen que j’avais trouvé pour me sentir moi-même, et à peu près normale.

Pendant longtemps, je me suis sentie partagée entre mon besoin de plaire ( soit le maquillage, selon mes raccourcis douteux) et mon envie d’être plus naturelle, ou du moins ce que j’imaginais être plus naturelle.

Une évolution progressive

J’ai donc passé la moitié de ma vie à me maquiller — un peu malgré moi — presque tous les jours, jusqu’à il y a quelques semaines. Mais le déclic ne s’est pas fait du jour au lendemain. J’ai fini par mettre le doigt sur la base de ma relation avec le maquillage : mon manque de confiance en moi. Quand j’ai réalisé que je faisais le choix de me maquiller pour les mauvaises raisons, j’ai commencé à reconsidérer mes habitudes.

J’ai aussi changé de regard sur les gens qui se maquillent. Pendant longtemps, je pensais que c’était tout noir ou tout blanc :  soit tu étais quelqu’un qui se maquillait tous les jours (ou presque), soit tu n’avais jamais touché un mascara de ta vie.

J’ai compris que j’avais tort en voyant mes collègues parfois très maquillées (et très jolies) un jour, et sans maquillage (mais tout aussi jolies) le lendemain. Elles m’ont fait réaliser que je n’étais pas obligée de choisir entre une vie sans make up et une vie avec.

Il s’avère qu’en fait, chacun fait bien ce qu’il veut, d’un jour (ou d’une semaine) à l’autre.

Melody avec et sans maquillage
Photo fournie par Melody

« J’ai de la valeur, même sans ma couche de fond de teint »

Je dois aussi ce changement de mentalité aux autres meufs en général, et peut-être à vous qui me lisez. Ces dernières années j’ai vu dans mon entourage de plus en plus de filles et de femmes qui n’avaient pas besoin de maquillage pour se sentir belles.

Que ce soit mes amies, si badass au naturel, les jeunes femmes que j’ai pu croiser dans la rue et qui dégageaient une énergie folle, ou encore l’illustratrice Diglee qui, par militantisme et amour de soi, a fait le choix d’arrêter de se maquiller…

Toutes ont fait pour moi office d’exemple et m’ont permis de me rappeler que j’avais de la valeur en tant qu’être humain même sans ma couche fond de teint quotidienne.

Le jour où j’ai arrêté de me maquiller

Alors ces derniers mois, j’ai progressivement arrêté de me maquiller.  J’arrivais régulièrement démaquillée à la rédac (par manque de temps car je traîne au lit), et j’allais me maquiller sur la pause du déjeuner.

Je me félicitais d’avoir pu passer une demi-journée au naturel sans pour autant me cacher ou avoir honte. Me maquiller était de moins en moins un besoin, de plus en plus une contrainte.

Surtout que ça voulait dire : se démaquiller une fois rentrée chez moi et, même si je le faisais tous les soirs méticuleusement, j’y allais toujours à reculons.

demaquillage_clownbozo

même si ça peut aussi être rigolo

J’ai vraiment sauté le pas après être passée chez le coiffeur et m’être fait une coupe avec laquelle je me sentais mieux dans ma peau. Ça coïncidait plus ou moins avec l’arrivée de mes vacances, ce qui veut dire pour moi : soleil, plage, et surtout pas besoin de me maquiller.

Quand je suis revenue après 3 semaines, je m’étais habituée à me voir sans maquillage, et je n’avais plus honte de mon visage au naturel. C’était assez fort comme sentiment ; je me suis sentie fière et libérée.

Les effets libérateurs de cet arrêt

Aujourd’hui, après toutes ces années à me maquiller plus par obligation que par plaisir, je suis un peu dans une phase de « rejet ».

En rentrant de mes vacances, j’ai tenté de me maquiller pour mon premier jour de boulot et je me suis sentie mal, comme « sale » d’être maquillée.

J’ai mis tellement de temps à apprécier la couleur de mes cernes, à accepter mon teint pas parfait, à aimer mes yeux sans artifice, que, quand j’ai réessayé de me maquiller,  je ne me sentais plus moi-même.

Je sens bien que cet amour de moi au naturel est encore fragile et que la route vers une confiance en moi véritable est encore longue.

En témoigne cette délicieuse anecdote… Il y a quelques jours, alors que je me baladais dans Paris j’ai croisé un homme, qui, quand il m’a vue, a fait une tête étonnée.

Me sentant toute moite après une chaude journée, et me sachant démaquillée, mon premier réflexe a été de me dire : « le mec me trouve tellement moche qu’il est choqué, SYMPA !! » Tandis que j’étais toujours en train de grommeler sur l’indélicatesse du personnage, il m’a rattrapée dans les escalators pour finalement me dire qu’il me trouvait très jolie et qu’il aurait bien aimé qu’on s’échange nos numéros.

Cette histoire, au delà de me faire sentir un peu bête, m’a rappelée que j’étais capable de plaire au naturel, et que même démaquillée j’avais une force de séduction. C’est quelque chose que je n’avais jamais envisagé. [Ndlr : suivre une inconnue dans la rue pour lui faire un compliment, cela peut tomber sous la définition du harcèlement de rue. Cela a pu être perçu comme agréable par la personne qui témoigne, mais ce n’est pas un encouragement à reproduire ce comportement !]

Le make up comme outil créatif avant tout

Je sais que je retournerai au maquillage bientôt, mais j’ai changé de regard sur lui, et sur moi-même.

Je me laisse le temps de trouver mon équilibre et d’accepter pleinement mon apparence au naturel, pour que la prochaine fois que je dégaine un eye-liner ou un rouge à lèvres, ça soit parce que j’ai envie de m’amuser et non parce que j’ai honte de moi.

Du haut de mes 26 ans, j’ai fini par voir le maquillage pour ce qu’il est vraiment selon moi : un outil créatif pour se faire plaisir, et s’empouvoirer par la même occasion !

À lire aussi : L’essor du « no make up » se confirme, et la société va devoir l’accepter

Crédit photo : Anastasia Vitykova / Unsplash

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