Hapsatou Sy, ni ton prénom ni le mien ne sont des « insultes à la France »

Hapsatou Sy, chroniqueuse dans Salut les Terriens, s'est retrouvée face à un Éric Zemmour lui reprochant son prénom pas assez « français » à son goût...

Hapsatou Sy, ni ton prénom ni le mien ne sont des « insultes à la France »

La perspective d’écouter Éric Zemmour parler me fait en général aussi envie qu’une plâtrée de soupe froide oubliée sur un comptoir pendant 3 semaines.

Et encore, au moins la soupe, c’était bon au début.

Mais quand j’ai vu que beaucoup de médias relayaient son échange avec la chroniqueuse Hapsatou Sy, sur le plateau de Salut les Terriens, j’ai voulu me renseigner.

Et mon sang n’a fait qu’un tour.

Éric Zemmour s’en prend à Hapsatou Sy

Ce dimanche 16 septembre, Salut les Terriens recevait Éric Zemmour, qui a critiqué le prénom d’Hapsatou Sy, pas assez « français » selon lui.

— [Votre mère] a eu tort.
— Elle aurait dû m’appeler comment ?
— Corinne.

Les propos coupés au montage d’Éric Zemmour à Hapsatou Sy

L’invité, condamné en 2011 pour provocation à la discrimination raciale, a vu plusieurs de ses répliques coupées au montageLe Monde relaie les propos de Stéphane Simon, producteur de Salut les Terriens :

« Éric Zemmour flirtait avec la ligne jaune (sic), il y avait un fort risque de condamnation juridique, c’est pour cela que nous avons fait notre travail en responsabilité, en coupant la séquence au montage. »

Hapsatou Sy, qui envisage de porter plainte et de quitter Salut les Terriens, a mis en ligne une séquence coupée.

— Mademoiselle, c’est votre prénom qui est une insulte à la France.

Face à ces propos, j’ai décidé d’écrire à Hapsatou Sy. D’une enfant d’immigrée à une autre.

Soutien à Hapsatou Sy, attaquée par Éric Zemmour

Chère Hapsatou Sy,

Je ne te connais pas, tu ne me connais pas non plus.

Nous sommes deux inconnues, mais nous partageons quelques points communs : un boulot dans les médias, une certains visibilité, et une double culture.

Pas de celle qui passe inaperçue, non, celle qui se voit sur la peau, les cheveux, dans les souvenirs d’enfance, dans le prénom.

Et tu as été attaquée pour ça, pour ta double culture et tes origines.

Sur le plateau de Salut les Terriens, émission où tu officies aux côtés de Thierry Ardisson depuis un an, Éric Zemmour, polémicard professionnel, était invité.

Et il s’en est pris à toi pour défendre sa « vision » nauséabonde d’une France uniforme, dans laquelle il faudrait gommer la réalité pour ne pas heurter les réacs comme lui.

Selon Éric Zemmour, appeler sa fille Hapsatou, c’est un tort, une erreur. Il aurait fallu t’appeler Corinne, tiens ! Ça t’irait bien, Corinne !

Histoire que tu passes inaperçue, histoire que tu te dilues mieux. Comme si la France ne pouvait pas accepter en son sein des Hapsatou, des John, des Piotr, des Aya.

Des Myriam, aussi. Car même si mon prénom est plutôt courant en Occident, si on me l’a donné, c’est parce qu’il est présent dans la langue arabe, au Maroc, pays de ma mère, qui aimait sa sonorité, et pays de cœur de mon père, qui l’a épousée.

Et si mes parents m’ont donné en deuxième prénom Alix, un choix bien soluble dans la France d’Éric Zemmour, ce n’est pas un hasard.

C’est pour que si un jour m’appeler Myriam me pose un souci, si un jour des gens comme Zemmour ont un peu trop de pouvoir, je puisse me glisser dans une identité francisée pour limiter les risques.

Ce prénom bien français, c’est un gilet pare-balles, c’est une façon de cacher ce qui pourrait déplaire chez moi : ma double culture, mes origines, le soleil du Maroc dans mes veines et le goût du thé à la menthe sur ma langue.

Du coup, jamais je ne l’enfilerai, ce prénom, même s’il me plaît, car je me refuse à cacher une partie de ce que je suis.

Et tu t’y refuses aussi, Hapsatou. Tu as annoncé envisager de porter plainte, de quitter l’émission.

Seule sur un plateau où personne ne te défendait, tu as tenu tête malgré la douleur que les mots d’Éric Zemmour t’infligeaient.

Parce que tu es Hapsatou, pas Corinne, et je suis Myriam, pas Alix, n’en déplaise aux lamentables esprits étriqués incapables de supporter la moindre épice dans leur fade blanquette.

La France d’Éric Zemmour serait d’une insupportable uniformité, ennuyeuse comme un morceau de plâtre. Je lui préfère notre France, celle qui est bariolée, diverse, pleine de saveurs et de couleurs.

Ce n’est pas ton prénom qui fait honte à l’Histoire de France, ce sont les propos d’Éric Zemmour et tout ce qu’ils représentent, cette volonté de rester ancré dans un passé poussiéreux et grisâtre.

Courage, Hapsatou, je crois que toi et moi, on sait qu’on est du bon côté de la France, et qu’on construit l’Histoire qu’on veut voir dans les livres.

À lire aussi : Les Français peuvent être noirs, incroyable mais vrai

Mymy

Mymy

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle et gère la rubrique masculinité (dont fait partie son podcast, The Boys Club). Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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Commentaires

Lacus_Clyne

Je trouve cette BD assez maladroite. Même si je suis tout à fait d’accord avec le fait que Zemmour ait une vision trop (voir ultra) sélective de l’histoire (un article intéressant qui pointe les nombreuses erreur dans un seule chapitre d’un de ses bouquins : http://www.slate.fr/story/167801/eric-zemmour-livre-destin-francais-chapitre-premiere-croisade-fact-checking-histoire), essayer de généraliser les propos d’Edward Said sur ce sujet ne me semble pas pertinent du tout.

Je trouve que Diane Ranville a aussi un énorme biais : elle regarde l’histoire ancienne par rapports aux valeurs d’aujourd’hui.
Actuellement on considère (enfin si on est pas trop antimilitariste) que celui (ou celle) qui sert (dans l’armée d’un pays notamment en France par l’intermédiaire de la Légion étrangère) et autant digne, voir plus par ses actions que ceux qui sont uniquement nés citoyens.
On pouvait peut être trouver cet état d’esprit en France en 1914-18 envers certains étrangers comme les italiens, mais cela ne concernait pas les gens des colonies (Voir la “Force noire” de Charles Mangin publié en 1910).
La reconnaissance de la contribution des tirailleurs sénégalais est assez faible (mais c’est la règle générale pour la 2ème GM pour l’ensemble de l’action des troupes de l’AFL à l’exception de la division de Leclerc) et à par dans les milieux universitaire la contribution des populations de l’AOF à la “bataille du caoutchouc” (Sans ces femmes, enfant, vieillards qui ont travailler dans des condition proche de l’esclavage, les avions assemblés par Rosie la riveteuse n’auraient pas eut de pneus...) n’est jamais mentionnée.
Il ne faut pas oublier que même sous la 3ème république les habitants des colonies ne sont pas citoyens français mais citoyens de l’empire français (pas le même passeport, leur voie ne comptait pas pour les élections,...).

Son bref argumentaire sur ce sujet donne l’impression que les Français et Sénégalais étaient somme les Tchèques et les Slovaques, ou les différents peuples constituant la Yougoslavie de Tito, ce qui n’était pas vrai du tout.

@lalaya Le problème c’est que pour démonter trois conneries lancées en l’air par quelqu’un à la télé, il faut parfois se plonger dans de nombreuses pages de texte qui expliquent le pourquoi du comment et ce n’est pas télégénique du tout.
Et le soucis face à quelqu’un de militant comme Zemmour qui assène pour lui des certitudes, c’est que si on trouve beaucoup de preuves et de sources sur les événements récent, plus on s’éloigne dans le passé plus les historiens sont dans le domaine de l’hypothétique. Il y a parfois des faisceaux de preuves très forts et on admet que l’histoire s’est déroulée comme cela mais il n’est pas impossible de remettre en question bien des aspects.
 

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