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Frères – bagarre – intimidation – santé mentale
Psychologie

Entre frères et soeurs aussi, le harcèlement existe, et ses conséquences peuvent être graves

Les brimades et le harcèlement entre frères et soeurs peuvent avoir un impact important sur leur santé mentale à l’adolescence. Raison de plus pour soulever ce sujet tabou.

On entend de plus en plus parler du harcèlement que peuvent subir les jeunes à l’école, mais on entend moins parler des comportements d’intimidation entre frères et/ou soeurs. Pire, les brimades et « querelles » dans une fratrie sont souvent regardées d’un œil amusé — comme si les tirages de cheveux, les insultes répétées ou les bagarres quotidiennes faisaient partie des dynamiques familiales naturelles…

Selon une étude menée en 2018, la moitié des enfants interrogés (âgés de 11 ans) auraient été impliqués dans des brimades entre frères et sœurs, soit en tant qu’auteur, soit en tant que victime, soit les deux. Ça fait beaucoup.

Quelles conséquences sur l’estime de de ces enfants et leur santé mentale ? D’après les résultats d’une enquête publiée le 30 septembre 2021, les jeunes victimes de harcèlement de la part de leurs frères et sœurs seraient plus susceptibles de développer des problèmes de santé mentale et de bien-être dans l’adolescence.

À l’âge adulte, ces comportements peuvent même participer au développement d’une dépression, de troubles anxieux ou d’automutilation.

Des brimades entre frères et sœurs pas si anodines que ça

Les enfants et les adolescents sont des éponges : dès le plus jeune âge, tout un tas d’expériences façonnent leur personnalité et peuvent participer à l’amélioration comme à la dégradation de leur santé mentale, avec parfois des conséquences sur le long terme. Pas de raison, donc, que le harcèlement y échappe, surtout quand il concerne les membres d’une même famille.

Dans une recherche publiée en 2015, ce type de harcèlement a été défini comme :

« Tout(s) comportement(s) agressif(s) non désiré(s) de la part d’un frère ou d’une sœur qui implique un déséquilibre de pouvoir observé ou perçu et qui se répète(nt) plusieurs fois ou qui est très susceptible de se répéter ; le harcèlement peut infliger un préjudice ou une détresse au frère ou à la sœur ciblé(e), y compris un préjudice physique, psychologique ou social »

Enfant qui pleure.
Crédit photo : Victoria Borodinova

Ces comportements sont très souvent normalisés, observés avec amusement ou agacement par-dessus la jambe, alors qu’ils peuvent avoir un impact très négatif sur les enfants concernés. À l’âge adulte, ils peuvent même participer au développement d’une dépression, de troubles anxieux ou d’automutilation.

D’après les résultats de l’étude de 2021 menée sur un échantillon de 17.000 jeunes ayant entre 11 et 17 ans, la gravité des problèmes de santé mentale en fin d’adolescence augmenterait en fonction de la fréquence des brimades à la pré-adolescence et en milieu d’adolescence.

Le docteur Umar Toseeb, l’un des auteurs de la recherche, explique l’importance de cette découverte sur la fréquence des intimidations :

« Jusque là, on ne savait pas s’il existait une relation entre la persistance des brimades entre frères et sœurs et la gravité des résultats en matière de santé mentale, à plus long terme. »

« […] même les personnes qui ont maltraité leurs frères et sœurs, mais qui n’ont pas été maltraitées elles-mêmes (c’est-à-dire les maltraitants) ont eu des résultats moins bons en matière de santé mentale des années plus tard. »

Docteur Toseeb

Harcelé comme harceleur en paient les conséquences

N’allez pas penser que le frère ou la soeur maltraitant s’en sort mieux que son frangin ou sa frangine qui subit : harceleurs et harcelés seraient étonnement logés à la même enseigne, ou presque, en termes d’impact sur leur santé mentale.

L’enquête suggère que les brimades au début de l’adolescence au sein d’une fratrie auraient un effet à long terme sur la santé mentale que le jeune soit victime, auteur des faits ou les deux. Le docteur Toseeb va même plus loin et analyse :

« Il est particulièrement intéressant de noter que même les personnes qui ont maltraité leurs frères et sœurs, mais qui n’ont pas été maltraitées elles-mêmes (c’est-à-dire les maltraitants) ont eu des résultats moins bons en matière de santé mentale des années plus tard. »

Mais pourquoi certains s’acharnent-ils sur leurs fratés ?

L’enquête parle de plusieurs facteurs qui avaient déjà été évoqués dans une étude datant de 2019 sur les « antécédents de la victimisation et de la perpétration d’actes d’intimidation entre frères et sœurs ».

Comme on peut s’en douter, cela peut être une histoire de compétition ou de jalousie, surtout lorsqu’un enfant pense recevoir moins d’attention de la part de ses parents, ou lorsqu’un nouveau frère ou une nouvelle sœur fait son entrée dans la famille.

Mais l’étude parle aussi de certains contextes familiaux pouvant favoriser ce type de dynamiques. Les différences telles que le sexe ou le tempérament sont par exemple « les prédicteurs les plus forts de l’intimidation entre frères et sœurs ». L’ordre de naissance, le nombre d’enfants dans la fratrie et la dureté de l’éducation ont également leur rôle à jouer.

Mais les frères et soeurs ne sont heureusement pas tous voués à s’entretuer jusqu’à ce qu’ils quittent le nid. Les chercheurs de l’étude pensent que des interventions cliniques et la prévention peuvent aider à réduire le harcèlement dans la famille.

Voilà qui devrait vous convaincre de ne plus prendre les querelles entre frères et soeur à la légère !

À lire aussi : Les ados eux-mêmes harcelés sont « plus nombreux à avoir été auteurs de violences en ligne »

Crédits photos : Victoria Borodinova (Pexels)

Les Commentaires
9

Avatar de Weena88
15 octobre 2021 à 12h41
Weena88
@Bealor je suis assez d'accord avec toi, je trouve la fin un peu raide
Les chercheurs de l’étude pensent que des interventions cliniques et la prévention peuvent aider à réduire le harcèlement dans la famille.
Ok, merci, mais ça consiste en quoi? parfois, mon fils aîné a des comportements de petit chef qui m'horripile avec son petit frère, je le reprend régulièrement, je rappel à chacun qu'ils ont le droit de ne pas vouloir suivre le jeu de l'autre, etc. Mais effectivement, la vie d'une fratrie, c'est aussi les disputes et c'est vachement dur à gérer "correctement"
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