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Vie étudiante

Les ados eux-mêmes harcelés sont « plus nombreux à avoir été auteurs de violences en ligne »

Le harcèlement scolaire est une réalité de plus en plus étudiée. Une nouvelle enquête met en lumière cette problématique.

Avant leur suppression, sur TikTok, des centaines de vidéos « anti-2010 » ciblant les personnes nées cette année-là cumulaient des dizaines de millions de vues, avec des répercussions jusque dans les cours des écoles, où des élèves de 6e subiraient coups, insultes et harcèlements en tous genres.

Depuis, l’application a banni le hashtag, mais le phénomène — dont l’ampleur a été tantôt démentie, tantôt corroborée par de nombreux témoignages d’élèves — soulève de nouveau des questions autour du harcèlement scolaire, du cyber-harcèlement et de leur prise en charge.

Hassina Bouchemla, psychologue en libéral et à l’Éducation nationale qui reçoit régulièrement des patients victimes de harcèlement scolaire, anticipe même une vague de consultations à ce sujet.

« Depuis plusieurs années, nous alertons sur les dégâts provoqués par le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement. »

Céline Berardo, Directrice Générale du Fond de Dotation Le Lab HEYME.

Il faut dire qu’en France, au total, 700.000 élèves sont harcelés chaque année. Et d’après une étude réalisée en 2021 par OpinionWay pour Le Lab HEYME et e-Enfance auprès de 1 000 parents et leurs enfants, plus d’un adolescent sur dix aurait déjà été victime de violences en ligne.

Une violence physique et psychologique, en ligne ou IRL

D’après le site du Ministère de l’Éducation Nationale, le harcèlement se définit comme « une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique ».

À l’école, elle peut être perpétrée par un ou plusieurs élèves envers une victime, souvent incapable de se défendre. « Lorsqu’un enfant ou un adolescent est insulté, menacé, battu, bousculé ou reçoit des messages injurieux à répétition, on parle donc de harcèlement », précise la plateforme du gouvernement dédiée à la lutte contre le harcèlement scolaire.

Deux élèves se moquent et harcèlent une de leur camarade en classe – RODNAE (Pexels)
Deux élèves se moquent et harcèlent une de leur camarade en classe – RODNAE (Pexels)

Quant au cyberharcèlement, qui sévit au-delà des cours de récré, sur les réseaux sociaux, il se définit comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule ». 

Ce type d’intimidation peut passer par des « commentaires négatifs postés en ligne, des prises de photos et leur propagation sur Internet avec des remarques ou des montages visant à discréditer ou à se moquer de camarades, par exemple », précise Hassina Bouchemla.

L’étude menée par le Fonds de dotation révèle que ces violences en ligne seraient principalement liées à des facteurs comme la jalousie et l’apparence physique : « Depuis plusieurs années, nous alertons sur les dégâts provoqués par le harcèlement scolaire et le cyber-harcèlement. Les chiffres de notre dernière enquête sont criants », explique Céline Berardo, Directrice générale du Lab HEYME.

Sur le Web et les applications, le harcèlement prend plus rapidement de l’ampleur, les vidéos, messages et posts insultants ou haineux pouvant se partager à l’infini, au-delà même du cercle scolaire. Une propagation plus rapide, et donc moins facile à contrôler…

Les ados qui ont déjà été victimes de harcèlement sont « plus nombreux à avoir été auteurs de violences en ligne sur une même personne ».

Quel est le profil du harceleur scolaire ?

Évitement scolaire, crises d’angoisse, insomnies, troubles alimentaires, scarifications, difficultés à se concentrer en classe, décrochage scolaire, isolement… Selon Hassina Bouchemla, l’impact du harcèlement sur les victimes peut aller très loin.

Si les harceleurs doivent être punis à la hauteur de leurs actes et accompagnés pour désamorcer leurs comportements, les raisons pour lesquelles ils cèdent à la violence ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Quand on parle de harcèlement, on a souvent en tête l’image d’un enfant terrible et agressif, meneur de sa bande d’amis qui le suivent aveuglément dans le peur d’être à leur tour pris pour cible. Si cet archétype est parfois réel, il existe d’autres profils de harceleurs.

D’après l’Observatoire de la Santé, les plus susceptibles de devenir des brutes belliqueuses dans leur classe seraient des élèves qui souffriraient d’anxiété ou de troubles de l’attention. Hélène Romano, docteure en psychopathologie, dégage trois types de harceleurs scolaires dans un article pour Doctissimo :

  • Les suiveurs, qui suivent le mouvement par conformisme
  • Les meneurs, qui compensent souvent une solitude ou un manque d’estime à la maison
  • Ceux qui « répètent des traumatismes car eux-mêmes ont été harcelés ».

L’étude du Lab HEYME soulève ce dernier profil dont on parle peu souvent, et explique que les ados qui ont déjà été victimes de harcèlement sont « plus nombreux à avoir été auteurs de violences en ligne sur une même personne ».

La psychologue Hassina Bouchemla nous explique ce phénomène :

« C’est l’effet boule de neige ! Parfois, les harceleurs sont d’anciens harcelés. On leur a dit qu’ils étaient bêtes ou nuls, ils vont donc tenter de renforcer leur estime en se construisant un rôle d’intimidateur.

C’est tout un système qui fait qu’une personne qui se fait intimider a tendance à en intimider d’autres, comme s’il y avait un processus d’imitation. C’est d’ailleurs exactement ce que décrit la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura : les enfants ont tendance à reproduire les comportements qu’ils observent ou qu’ils subissent. »

Comment limiter le harcèlement ?

Pour enrayer le harcèlement, les intimidateurs doivent être punis et comprendre la gravité de leurs actes. La même étude menée par le Fonds de dotation montre que « 56% des adolescents n’ont vu aucune conséquence suite à leur acte de violence en ligne mais que 9 adolescents sur 10 ayant vu une conséquence à leurs actes ont pris conscience de leur geste ».

D’après les conseils d’Hélène Romano, la prise en charge des harceleurs passerait en effet obligatoirement par l’intervention des adultes. Pour Hassina Bouchemla, elle passe aussi et surtout par l’écoute :

« C’est le même processus pour le harceleur comme pour le harcelé : il faut prendre le temps de les écouter pour savoir s’ils ont un mal-être ou s’ils ont subi eux-mêmes une forme de harcèlement ».

Le gouvernement et l’Éducation nationale ont eux aussi leur rôle à jouer dans la lutte contre le harcèlement. Si une campagne est en cours et que des numéros d’écoute ont été mis en place, beaucoup de chemin reste à faire pour comprendre les mécanismes qui se cachent derrière ce phénomène et les enrayer pour de bon — dans les cours de récré comme sur la Toile.

À lire aussi : Harcèlement en ligne : que se passe-t-il sur Tik Tok contre les enfants nés en 2010 ?

Crédits photos : Keira Burton (Pexels) / RODNAE (Pexels)

Les Commentaires
7

Avatar de ChatPitre
30 septembre 2021 à 04h51
ChatPitre
@Nanouchette Même le "très souvent", tu ne peux pas savoir.
Cette étude se concentre juste sur le profil des harcelés qui cyberharcèlent à terme.
Pourtant @Audrey Couppé de Kermadec cite au dessus les autres profils possibles que d'ailleurs personne se concentrent dessus.
  • Les suiveurs, qui suivent le mouvement par conformisme
  • Les meneurs, qui compensent souvent une solitude ou un manque d’estime à la maison
Donc je le redis ce point de vue est BIAISÉ et comme d'habitude on évacue les autres sans réfléchir.
Je le redis, j'ai été harcelé mais c'est pas pour autant que les adultes prenait mon harcèlement au sérieux. Au contraire, pour elleux, c'était souvent moi qui harcelé car je dénoncé les comportements de mes camarades. Donc c'est pour ça que je suis vraiment pas contente de cette étude car par défaut il a des personnes qui vont continuer à traiter les victimes comme de la merde. unno:
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