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Contre le cyberharcèlement, « les mesures prises par Twitch ne suffisent pas »

12 août 2021

Critiquée sur les réseaux pour son inaction face au harcèlement de certains streamers, la plateforme Twitch a annoncé plusieurs mesures pour durcir sa politique de modération. Pas sûr qu’elles soient suffisantes. 

Action, réaction. Alors que les témoignages de harcèlement sur Twitch s’accumulent depuis lundi derrière le hashtag #TwitchDoBetter (#FaisMieuxTwitch), la plateforme de streaming est sortie du silence, mercredi 11 août.

« Nous avons vu beaucoup d’échanges sur les bots, les raids de haine et d’autres formes de harcèlement visant des créateurs marginalisés. Nous savons que nous devons en faire plus pour résoudre ces problèmes », a reconnu l’entreprise — qui appartient à Amazon — sur Twitter.

Pour l’instant, le populaire service de diffusion de vidéo en ligne a indiqué avoir déployé une mise à jour pour mieux détecter les propos haineux dans les chats. La plateforme aurait en effet « identifié des failles » dans ses filtres automatiques de modération.

« Notre travail n’est jamais fini », peut-on lire dans la déclaration de Twitch, qui indique prévoir d’autres mesures de sécurité pour mieux détecter le contournement des bannissements de comptes et améliorer la vérification des comptes. 

Des raids haineux à gogo 

Le hashtag #TwitchDoBetter a été lancé par RekItRaven qui cumule près de 3000 followers sur la plateforme.

« J’ai lancé #TwitchDoBetter parce que j’en ai assez de devoir me battre pour exister sur une plateforme qui se dit diverse et inclusive mais qui est restée silencieuse face aux supplications des créateurs et créatrices marginalisées demandant plus de protections contre les raids haineux. »

RekItRaven — The Verge

Le raid est une fonctionnalité populaire sur Twitch qui permet aux streameurs et streameuses d’envoyer leurs viewers vers d’autres comptes à la fin de leur diffusion. En théorie, l’outil peut permettre d’augmenter la visibilité des streamers, de développer leurs communautés et de favoriser la connexion avec leur public.

Un raid haineux, c’est l’exact opposé.

Un groupe de viewers arrive en masse sur un chat pour déblatérer des propos insultants et discriminants. Leur cible préférée ? Toute personne dont l’identité est marginalisée.

« Ces personnes visent surtout des petits streamers, souvent des noirs, des femmes ou des personnes qui parlent politique, dont la communauté est encore restreinte et qui se retrouvent alors démunies face à ce déferlement de haine », avance Brice Adjivon, streamer et fondateur du collectif Persos Cachés qui vise à des donner plus de visibilité aux personnes racisées dans le monde du gaming.

RekItRaven pense avoir été la cible de ce type de raids à cause du tag (un outil permettant de décrire les streams) « Black » apposé sur ses contenus. Il y a quelques mois, Twitch avait en effet ajouté plus de 350 nouveaux tags à sa plateforme pour « favoriser l’inclusion ». Mais pour Brice Adjivon, cette mise à jour est à double tranchant :

« C’était une bonne idée sur le principe, mais un streamer qui a 50 followers et qui met un tag “noir” devient une cible facile pour des harceleurs. »

Le problème des pseudos 

En dehors des raids, la haine peut se répandre sur Twitch par une méthode beaucoup plus difficile à contrer : le choix des pseudos. Brice Adjivon explique :

« C’est leur mode d’action préféré. En gros, ça consiste à débarquer sur un stream avec un pseudo qui contient un jeu de mot à caractère discriminant ; le but est de pousser la streameuse ou le streameur à prononcer ce pseudo pour remercier le viewer. Certains se contentent d’observer leur réaction une fois le mal fait, mais d’autres vont jusqu’à cliper [immortaliser dans une courte vidéo facile à partager, ndlr] le moment. »

Le collectif Persos Cachés recense quotidiennement des pseudos de viewers qui trouvent le moyen de contourner les filtres de la plateforme. « Les mesures prises par Twitch ne suffisent pas car il faudrait améliorer la modération a priori », regrette son fondateur. 

Les mesures annoncées par Twitch le 11 août ne concernent a priori que les trolls utilisant des caractères latins pour contourner les filtres des chats, selon le média The Verge. RekItRaven réagit :

« J’aimerais que les créateurs disposent de plus d’outils pour contrôler leur expérience, par exemple en leur permettant d’empêcher les comptes [récemment créés] de chatter, et en permettant aux mods [modérateurs du chat, ndlr] d’approuver ou de refuser les raids. »

Un milieu encore très toxique   

Les dénonciations de harcèlement sexiste, raciste ou homophobe sur Twitch sont légion. Face à cette ambiance toxique, de nombreux collectifs comme Stream’Her, Afrogameuses ou Persos Cachés se sont créés pour dénoncer les discriminations sur la plateforme et proposer un safe space. Brice Adjivon avance :

« L’intérêt du collectif, c’est de créer une communauté et d’apporter du soutien. À chaque fois qu’une personne streame, il y aura d’autres personnes pour la regarder et la soutenir si des problèmes surgissent. On peut aussi désigner des modérateurs parmi eux, ce qui — en plus d’être efficace — réduit la charge mentale des streamers. »

Dans une démarche similaire, l’association Afrogameuses propose aussi des réunions d’information et des espaces d’écoute et de soutien pour les personnes victimes de comportements toxiques sur Twitch. 

Selon le fondateur des Persos Cachés, les utilisateurs non-concernés ont aussi un rôle à jouer :

« Je pense que les streamers qui ont des grosses communautés et dont les viewers sont susceptibles de répandre de la haine devraient aussi faire de la prévention. Il faut plus d’éducation dans ce milieu, qui reste très blanc et masculin. »

De son côté, il serait peut-être temps que Twitch prenne ses responsabilités.

À lire aussi : Le #BikiniGate de Twitch vu par les streameuses : « C’est juste pour critiquer les femmes »

Crédit photo : Caspar Camille Rubin / Unsplash

Les Commentaires
1

Avatar de Timea
12 août 2021 à 13h47
Timea
J'ai commencé le streaming sur Twitch en février et c'était une de mes plus grosses craintes : le harcèlement, les haters, les bots, les raids...
Pour l'instant je m'en sors pas mal, je n'ai "que" eu des pseudos problématiques et des propos sur mon physique, mais par une ou deux personnes à la fois. Pas de groupe entier à gérer... (c'est souvent là que ça devient problématique)
Twitch devrait clairement ajouter des options pour protéger les personnes sujettes à la discrimination et trouver un moyen de punir les streamers responsables de ces raids.
En tout cas, j'ai bien senti dès le début que cette histoire de tags n'allait vraiment pas rendre service. C'est vraiment malheureux, parce que l'idée paraît bonne, mais pas sur une plateforme comme twitch. En tout cas pour l'instant...
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