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Pénélope Boeuf
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En écriture : avec la podcasteuse Pénélope Bœuf

Vous rêvez d’amorcer un projet d’écriture ou sentez simplement le besoin de jeter les mots qui vous trottent dans la tête sur le papier ? Chaque dimanche, tout au long de l’été, une femme, autrice, podcasteuse, entrepreneure ou artiste se livre et partage ses conseils d’écriture pour se lancer. Cette semaine, c’est la podcasteuse et fondatrice du studio La Toile Sur Écoute Pénélope Bœuf qui revient sur son rapport aux mots.

Ses podcasts s’écoutent comme on avalerait, gourmands, des chocolats ou des bonbons par dizaines. D’ailleurs, le sucre, Pénélope Bœuf en a fait une série de podcasts dans laquelle l’auditeur ou l’auditrice la suit dans son périple pour vivre sans sucre pendant 21 jours.

Avec ses miniformats à grignoter (Crousti Art, Crousti Book, L’Arnaque…), la fondatrice du studio de podcast La Toile Sur Écoute sait choisir ses récits, les incarner et adopter un ton qui sait retenir l’oreille. Sur son compte Instagram, sur lequel elle partage son quotidien, elle est aussi une narratrice incomparable. L’été dernier, elle a par exemple retenu l’attention de plusieurs milliers de personnes qui suivaient, via les réseaux sociaux, ses aventures amoureuses (dont on se demande toujours aujourd’hui si elles étaient merveilleusement narrées, ou si elles étaient véridiques) avec l’énigmatique Robin.  

Alors qu’elle s’apprête à diffuser sa première série télé (Capucine, sur AB1 le 29 août), et à publier sa BD, Pénouche (Nathan Bande Dessinée, co-écrite avec Anne Schmauch), qui sort le 6 octobre, l’infatigable podcasteuse et autrice parle de son rapport à l’écriture et livre ses conseils.

Madmoizelle. Quel est votre rapport à l’écriture ?

Pénélope Bœuf. J’écris pour visualiser, pour exulter, pour libérer mon esprit quand il est congestionné et trop embouteillé. J’ai besoin d’écrire des histoires. Pas tous les jours, mais régulièrement. J’aime plonger dans la fiction quand mes histoires sont fausses, ou dans mes souvenirs quand elles sont romancées. Lorsque je suis fatiguée, je suis incapable d’écrire, car cela demande d’être alerte ou en tous les cas d’être inspirée. Et fatiguée, ça ne donne jamais rien de bon…

Madmoizelle. Quand avez-vous commencé à écrire ?

Pénélope Bœuf. J’ai commencé à écrire à l’âge de huit ans avec Le canard Gérard. « Il était une fois, un canard qui s’appelait Gérard. Ce nom-là était très rare à cette époque… ». Je ne sais pas ce qu’est devenu Gérard, mais il n’a pas fini en librairie !

Madmoizelle. Écrire pour être écoutée, qu’est-ce que cela recouvre comme spécificités ?

Pénélope Bœuf. Il faut écrire comme on parle. C’est aussi simple que ça. J’écris en parlant. C’est-à-dire que j’écris ce que je suis en train de dire tout haut. Une lecture à voix haute est indispensable pour une écriture audio. J’adore écrire pour être écoutée. Ça ne me demande pas d’effort. Le ton, le rythme sont plus faciles pour moi qu’une tournure de phrase littéraire. J’aime l’intensité de l’écriture parlée. Cela demande de la vigilance au moment de l’audio parce que si ce n’est pas authentique, c’est un flop. Si on entend que c’est lu, c’est l’échec. Il faut le dire comme si on ne l’avait pas écrit. Cela demande de bosser beaucoup en amont l’écriture, les gimmicks, les expressions et le style.

Pénélope Boeuf ©Céline Nieszawer 13
Pénélope Boeuf par Celine Nieszawer

« J’ai besoin de sentir que je suis en mouvement même si je ne bouge pas. J’aime beaucoup les transports pour écrire. Le ronronnement aide à rester focus »

Pénélope Boeuf

Madmoizelle. À quel moment de la journée écrivez-vous ?

Pénélope Bœuf. Le soir tard, le matin tôt ou plus généralement quand il n’y pas de bruit, que je n’ai pas de rendez-vous à venir et que personne ne va m’appeler pour me poser une question, me raconter une histoire ou me proposer d’aller boire un verre. J’ai besoin de me concentrer et de me mettre dans le contexte de ce que j’écris. J’ai aussi et surtout besoin de longues plages horaires. Je ne suis pas capable de me dire « Ok, j’ai 30 minutes, il faut que je tombe trois pages ». J’ai besoin de m’immerger et de me concentrer, et cela me demande un peu de temps.

Madmoizelle. Avez-vous un lieu de prédilection où écrire ?

Pénélope Bœuf. Pas au bureau. Partout, mais pas au bureau. En revanche, ça peut être dans un bus de nuit, à l’étranger, dans le train, dans mon lit. C’est rarement assise à un bureau. J’ai besoin de sentir que je suis en mouvement même si je ne bouge pas. J’aime beaucoup les transports pour écrire. Le ronronnement aide à rester focus. 

Madmoizelle. Comment gérez-vous la page blanche, lorsque cela arrive ?

Pénélope Bœuf. Je vais prendre l’air. Je n’essaie pas, je ne m’acharne pas parce que je sais que je n’y arriverai pas. Je fais complètement autre chose. Si j’ai des échéances, ce n’est pas idéal, mais je sors de là où je suis pour m’aérer l’esprit. C’est en faisant autre chose que l’inspiration revient. C’est assez fou d’ailleurs, parce que cela fonctionne à tous les coups. Pas en quatre minutes évidemment, mais au bout d’un moment, je retrouve ma créativité. Toujours. Bien sûr, la page blanche fait peur. On se dit que notre cerveau ne va plus produire d’images, de mots, d’idées et parfois ça panique. Heureusement, tout revient toujours dans l’ordre à un moment donné.

« Lorsque j’écris, je sors de moi-même, c’est comme si j’étais hors champs, que je partais en voyage dans un pays inconnu. J’ai l’impression d’être dans une parenthèse hors du temps et de gagner des points de vie »

Pénélope Boeuf

Madmoizelle. Quel livre a changé votre façon d’écrire, ou est un incontournable pour vous ?

Pénélope Bœuf. Cherchez la femme d’Alice Ferney. Je l’ai lu trois fois en une semaine. Les personnages sont forts. Leur psychologie est fantastique. C’est millimétré, c’est magnifique. 

Madmoizelle. Qu’est-ce que cela vous procure, d’écrire ?

Pénélope Bœuf. C’est vital. Écrire c’est créer. Chaque mot posé est le début de quelque chose. Cela me permet de pimenter mon quotidien, mais pas uniquement. Lorsque j’écris, je sors de moi-même, c’est comme si j’étais hors champs, que je partais en voyage dans un pays inconnu. J’ai l’impression d’être dans une parenthèse hors du temps et de gagner des points de vie. Un peu comme une drogue qu’on prendrait en soirée pour vivre plus intimement le moment. Sur le moment, on plane. En revanche, c’est la chute qui fait mal. Le retour à la réalité. In fine, chaque moment high apporte davantage que la douleur de l’atterrissage. 

« Ne réfléchissez surtout pas à si votre contenu va plaire. Écrivez d’abord pour vous. Dans un premier temps, ne réfléchissez pas au style. Écrivez comme ça vient. À force, votre style suivra et vous aurez envie de gratter toute la journée au lieu d’aller à la plage. Si vous en êtes là, c’est bon signe, c’est que la narration est dans vos veines ! N’y résistez pas ! »

Pénélope Boeuf

Madmoizelle. Comment écrivez-vous ? Êtes-vous plutôt machine à écrire, carnet ou ordinateur ?

Pénélope Bœuf. Machine à écrire, j’aimerais ! Mais je n’ai pas la patience et je ne suis pas dactylo du tout, je fais dix fautes de frappe à la minute. J’écris à l’ordinateur. En revanche, j’ai toujours un carnet pour noter des idées, des concepts, des mots inventés, des mots que je ne connais pas. Parfois, je suis prise d’une furieuse envie d’écrire et si je n’ai pas ni papier ni stylo, je me sens emprisonnée avec mes idées qui ne peuvent, du coup, pas sortir. Si je ne les note pas, elles risquent de disparaître en fumée dans les limbes de mon cerveau et cela m’angoisse. Si j’ai un iPhone, je les couche dans mes Notes, mais c’est beaucoup moins satisfaisant et j’ai l’impression que je ne peux pas aller jusqu’au bout de mon idée sur un support digital. Le fait d’écrire au stylo permet de prendre le temps de réfléchir et de développer l’idée pendant qu’on écrit, sur un téléphone, ça laisse moins de temps au cerveau pour traiter une idée naissante.

Madmoizelle. Avez-vous un conseil pour les lectrices de Madmoizelle qui aimeraient profiter de l’été pour commencer à écrire ?

Pénélope Bœuf. Ne réfléchissez surtout pas à si votre contenu va plaire. Écrivez d’abord pour vous. Dans un premier temps, ne réfléchissez pas au style. Écrivez comme ça vient. À force, votre style suivra et vous aurez envie de gratter toute la journée au lieu d’aller à la plage. Si vous en êtes là, c’est bon signe, c’est que la narration est dans vos veines ! N’y résistez pas !

Photo de une : Celine Nieszawer

À lire aussi : En écriture : avec la romancière Sophie Astrabie

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