Comment devient-on la voix française de Harley Quinn ?

Mais comment devient-on la voix française de la légendaire Harley Quinn ? Dorothée Pousseo, comédienne de doublage, te parle son métier aussi technique que passionnant !

Comment devient-on la voix française de Harley Quinn ?

Depuis toujours le doublage de cinéma est quelque chose qui me fascine.

Âgée d’une petite dizaine d’années, j’avais même passé des castings pour prêter ma voix à un dessin animé !

À l’occasion de la sortie en VOD de Birds of Prey (et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn), j’ai eu la chance d’interviewer Dorothée Pousseo, la comédienne qui se cache derrière la voix française de Harley Quinn (entre autres) !

Rencontre avec une professionnelle de ce milieu peu connu mais passionnant.

Comment ça se passe le doublage ?

Le doublage consiste à prêter notre voix à un acteur tout en respectant son travail et à s’en approcher au maximum.

Le but est de lui rendre hommage en version française, en restant le plus proche de son jeu, mais tout ça, dans l’ombre !

Le doublage se passe dans une grande salle de cinéma dont on aurait enlevé les sièges.

Il y a un ingénieur du son, un directeur de plateau (un peu comme un réalisateur pour un tournage) et nous, comédiens de doublage (ou doubleurs, à ne pas confondre avec les « doublures » qui s’occupent des cascades au cinéma), on est derrière un micro.

La plupart du temps on découvre le film au moment du doublage.

On va regarder une séquence du film de généralement une minute, qu’on appelle la « boucle », en lançant la « bande rythmo », c’est-à-dire le texte.

Ça ressemble un peu à un prompteur mais en plus précis. On a notamment des indications sur le moment où la bouche doit s’ouvrir et se fermer.

C’est une technique à choper car la bande rythmo n’est pas toujours très précise.

Mais comme on dit dans le métier :

« Quand on a l’intention, on a la longueur. »

Autrement dit, même si le texte n’est pas extrêmement précis, si on joue bien et qu’on est dans l’intention du comédien à doubler, alors on arrivera à être synchro avec sa bouche.

Quand on double les rôles principaux, on est généralement entre deux et trois à la barre.

Si c’est des ambiances, une foule, des manifestants, on peut être jusqu’à 30 personnes derrière le micro.

Quand nous allons reprendre à la fin du confinement, on va devoir faire l’exercice un par un pour des raisons d’hygiène et de sécurité, car habituellement on est tous collés derrière le micro.

Ce sera forcément plus difficile car on va devoir jouer seul, mais ça devrait aller !

Comment devient-on doubleur ?

Les doubleurs sont très souvent des comédiens qui ont voulu élargir leurs compétences.

La plupart du temps ce sont des comédiens de théâtre à la base.

Ces comédiens jouent le soir et sont souvent disponibles la journée, alors ce sont les candidats parfaits.

Personnellement, j’ai été repérée à 9 ans environ au théâtre aux côtés de Michel Bouquet dans Le Malade Imaginaire.

Un directeur de plateau m’a attendu à la sortie pour me proposer de faire du doublage.

À cette époque, il n’y avait pas Internet comme aujourd’hui, on n’envoyait pas des démos par mail !

Les directeurs de casting se rendaient dans les salles de théâtre pour trouver des talents.

J’ai accepté de doubler sans même savoir ce que c’était. Mais j’étais ravie et ne demandais qu’à recommencer !

Est-ce que tous les comédiens peuvent devenir doublure ?

Le doublage est un métier qui a besoin d’immédiateté, il faut qu’on soit prêts tout de suite.

Il y a des comédiens extraordinaires mais qui ont besoin de répéter, s’imprégner pendant des mois du personnages pour aborder leur rôle à fond.

En doublage, nous n’avons pas ce temps-là.

Quand on double une série, on finit peu à peu par s’imprégner de notre personnage donc ça devient plus facile mais dans un film, non.

Quand on double, on doit avoir la capacité d’être dans l’instant.

Pour une scène de pleurs par exemple, il faut savoir pleurer en trois minutes maximum. Nous n’avons pas le temps de préparation des acteurs.

En moyenne, quand on double une scène, on regarde la boucle quatre, cinq fois, ce qui signifie qu’on a que 5mn pour se préparer !

Comment choisis-tu les voix que tu vas doubler ?

Il n’y a pas d’agent pour le doublage, sauf si on fait appel à des acteurs ponctuellement pour un film (genre Pierre Niney et Audrey Fleurot dans Toy Story).

Il existe une convention collective, donc nous touchons tous le même salaire, selon les tarifs syndicaux.

Nous n’avons donc pas besoin d’agent puisqu’il n’y a rien à négocier.

Moi, je suis dans le doublage depuis trente ans maintenant, alors je connais presque tous les gens de ce métier.

Quand un directeur de plateau reçoit un film et m’imagine sur un des personnages, il m’appelle directement.

C’est un peu le même principe que pour les comédiens de toutes les branches à ce niveau-là.

Qui sont les personnages/actrices les plus connus que tu aies doublés ?

Dans les plus connues, il y a les jumelles Olsen que j’ai toujours doublées. Il n’y a que Fête à la maison que je n’ai pas fait car je n’avais pas encore commencé le doublage).

Il y aussi Lacey Chabert (La Vie à Cinq) ou encore Annabelle Wallis (Annabelle, La Momie).

Dans l’animation, j’ai doublé Vanellope dans Les mondes de Ralph, Diana dans Martin Mystère, Dee Dee dans le Laboratoire de Dexter ou encore Charlotte dans la Princesse et la Grenouille.

Mais la plus connue reste bien sûr Margot Robbie (Harley Quinn, Scandale, Le loup de Wall Street).

Est-ce qu’une fois que tu as doublé un acteur, tu le gardes pour toujours ?

Malheureusement non, il arrive que les personnages changent de voix.

Ça peut notamment être le cas lorsque des patrons de boîtes de prod qui représentent la France ont des avis différents.

Par exemple, les patrons de Warner m’ont confiée Margot Robbie après que Martin Scorsese m’ait choisie en personne pour doubler son rôle dans le Loup de Wall Street. Mais pour Once Upon A Time in… Hollywood, les patrons de Sony ne m’ont pas choisie.

Mais si c’est bien sûr frustrant pour nous les comédiens, ça l’est aussi pour les spectateurs.

Comme les clients ne sont pas dérangés par le fait que la voix soit différente, ils estiment que ça ne dérangera personne.

Mais quand les spectateurs sont habitués à mettre une certaine voix sur un certain acteur, bien sûr qu’ils sont déroutés et même agacés quand celle-ci change. Moi la première !

Il y avait même eu des plaintes, des vidéos et des courriers de fans pour se plaindre que la voix de Margot Robbie ne soit pas la mienne dans Once Upon A Time In Hollywood !

Alors non, on a jamais vraiment de garantie. Mais bon, si on double très souvent un même acteur, cela devient de moins en moins légitime de nous remplacer.

Comment devient-on un personnage aussi zinzin qu’Harley Quinn ?

Comme j’avais déjà doublé Margot Robbie dans le Loup de Wall street, Warner a tout de suite pensé à moi pour doubler Harley Quinn dans Suicide Squad.

Non seulement nos voix sont proches, mais en plus ils me connaissent en temps que comédienne, ils connaissent ma personnalité un peu fofolle…

J’ai été vraiment ravie de retrouver Harley Quinn pour Birds of Prey !

Quelle a été la scène la plus difficile à tourner de Birds of Prey ?

Personnellement, j’ai toujours un peu de mal avec les voix off, les voix intérieures, la narration, et dans Bird of Prey, il y en a beaucoup !

Je trouve ça toujours très dur à faire, parce que comme je découvre le film au moment de le doubler, je n’ai pas le recul de la narration !

Il y a une façon de parler différente de celle de jouer, je ne devais ni être trop hystérique, ni trop calme… C’était un exercice un peu plus compliqué.

De manière générale, quelles sont les scènes les plus difficiles à doubler ?

Pour moi, le plus dur à doubler c’est un film de Woody Allen par exemple, car il y a énormément de texte et de ruptures de jeu… souvent comiques. Et il n’y a rien de plus dur que la comédie.

L’exercice est aussi difficile quand il s’agit d’un film d’époque, avec une manière de parler particulière ou un accent…

Mais j’adore le challenge ! Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on me confie des rôles souvent un peu compliqués. Si c’est trop facile ça m’amuse moins.

Quid des scènes de baston ou de sexe ? C’est difficile ?

Au contraire ! Ce sont les plus faciles à faire.

Pour les scènes de baston, on garde souvent en anglais, c’est inutile de refaire les respirations.

Les scènes de sexe, ça fait un peu tourner la tête parce qu’il faut qu’on se mette en hyperventilation, mais ça aussi ce n’est pas très difficile.

Par contre, cela peut être gênant selon le comédien avec qui on enregistre !

Comme dans les films d’horreur, comme il s’agit principalement de réactions et non pas de texte, c’est plutôt tranquille pour nous les doubleurs.

Et sinon toi, tu regardes plutôt la VF ou la VO ?

Alors ça dépend !

Pour ce qui est animation, je regarde toujours la VF !

Je n’aime pas la VO parce que les comédiens américaines enregistrent toujours sans voir le film. Ils jouent à partir du script.

Du coup, je trouve ça mou parfois, il y a des scènes qui ne collent pas. Si par exemple, ils lisent la phrase d’un personnage sans savoir que celui-ci court, alors le rendu est très bizarre et peu crédible.

Il faut savoir que les français ont inventé le doublage, et je trouve qu’on est de loin les meilleurs dans ce domaine.

Par contre le reste je regarde la VO.

Déjà parce que j’aime rester dans l’univers d’une œuvre, qu’elle soit américaine ou coréenne ou indienne, peu importe.

Mais aussi parce que souvent quand je regarde un film doublé, je connais 90% du casting et c’est très étrange d’entendre les voix de mes potes.

Je me concentre aussi sur l’aspect technique et du coup inconsciemment je sors du film et me retrouve comme au boulot.

Je ne sais pas toi, mais cette interview m’a donné envie de revoir Birds of Prey en VF rien que pour me concentrer sur la voix de Dorothée Pousseo.

Ça tombe bien, il est maintenant dispo en VOD et en achat digital sur toutes les plateformes !

À lire aussi : Birds of Prey, le film sur Harley Quinn, enfin un film DC féministe ?

Philippine M.

Philippine M.


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