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Grossesse

Arrêtons de dire « fausse couche », et 8 autres mesures concrètes à adopter d’urgence

En France, 200 000 femmes vivent un arrêt naturel de grossesse chaque année. Encore trop taboue, cette épreuve fait l’objet d’une tribune et d’une pétition. Pour que la parole se libère !

La fausse-couche touche une grossesse sur quatre au premier trimestre. 200 000 femmes traversent cette épreuve chaque année en France. Une femme sur dix risque de subir un arrêt naturel de grossesse au cours de sa vie. Ces chiffres sont très importants et pourtant ce sujet reste tabou.

Un collectif de personnes, nommé « Fausse couche, vrai vécu », veut libérer la parole et faire en sorte que les arrêts naturels de grossesse mieux pris en charge. Elles viennent de publier une tribune dans Le Monde et une pétition que l’on peut signer.

La tribune publiée dans Le Monde a été écrite et signée par Judith Aquien, autrice de Trois mois sous silence (Payot, 2021), Fanny de Font-Réaulx, cofondatrice et réalisatrice de « Luna Podcast », Mathilde Lemiesle, autrice de Mes Presques Riens (Lapins, 2021) ; Sandra Lorenzo, journaliste et autrice de Une fausse couche comme les autres (First, 2022) ; Anna N’Diaye, cofondatrice de « Luna Podcast » ; Paloma Stefani, chargée de communication de « Luna Podcast ».

Troismoissousilence

Huit mesures concrètes

Si l’on a pas vécu de fausse couche soi-même, on connaît forcément quelqu’un qui en a vécu une et même plusieurs.

Mais dans les discussions, dans les médias, le sujet est encore très tabou. Pourtant les conséquences sur les personnes qui les vivent peuvent être très difficiles à appréhender. Autant physiques que psychologiques, celles-ci se vivent souvent en silence, en secret.

Pour aider ces personnes, le collectif « Fausse couche, vrai vécu » propose huit mesures concrètes à mettre en place, relayées par Le Monde :

« 1. La mise en place d’une campagne nationale d’information multimédia sur les arrêts naturels de grossesse.

2. La mise en place d’un arrêt de travail 100 % rémunéré d’au moins trois jours pour les femmes ayant traversé un arrêt naturel de grossesse et leur conjoint ou conjointe (à l’instar de la Nouvelle-Zélande).

3. L’augmentation du budget consacré aux hôpitaux pour permettre une meilleure prise en charge des arrêts naturels de grossesse, première cause de consultation aux urgences gynécologiques. L’augmentation des effectifs et la création de lieux dédiés dans les maternités (en finir avec les auscultations à côté des salles de naissance avec des pleurs de bébés en bruit de fond).

4. La mise en place de formations pour les sages-femmes et gynécologues-obstétriciens, avec participation de patientes expertes (comme c’est le cas au Canada depuis trente ans), afin de permettre une meilleure prise en charge médicale des femmes qui viennent de subir un arrêt naturel de grossesse.

5. L’intégration aux programmes de SVT et dans les cours d’éducation à la sexualité, dès le collège, d’un enseignement sur les arrêts naturels de grossesse, leurs causes biologiques et leurs manifestations concrètes et corporelles.

6. La mise à disposition d’un livret sur les arrêts naturels de grossesse dans toutes les maternités, les centres de protection maternelle et infantile (PMI) et les cabinets de généralistes, de sages-femmes et de gynécologues, à destination des femmes, de leur conjoint ou conjointe, et de leurs proches. Livret comprenant des éléments explicatifs, mais aussi la mention d’associations, de groupes de parole, de psychologues spécialisés pouvant leur venir en aide.

7. Offrir la possibilité d’un suivi psychologique remboursé pour les femmes qui vivent un arrêt naturel de grossesse et leur conjoint ou conjointe, afin de les aider à traverser cet événement et à envisager sereinement une future grossesse.

8. La création d’un numéro vert, plate-forme d’écoute qui informe et oriente vers des dispositifs d’accompagnement et de prise en charge. »

En lisant ces mesures, on se demande pourquoi ce n’est pas déjà le cas.

En ce qui concerne l’arrêt de travail de trois jours, cela faisait partie des 17 mesures pour que soient mieux pris en charge et en considération les trois premiers mois de grossesse, ainsi que les fausses couches, présentées par la députée Paula Forteza devant l’Assemblée en novembre 2021. Toutes avaient été rejetées. Voilà pourquoi il est important de revenir à la charge.

Un changement de vocabulaire et une prise de conscience collective

La terminologie est importante. Le terme « fausse » donne l’impression que ce n’est pas réel, pourtant la souffrance liée a un arrêt non désiré de la grossesse l’est.

Capture d’écran 2022-03-28 à 11.33.24

De plus, extérieurement, cela ne se voit pas, mais les personnes qui font face à cet événement, le vivent dans leur corps, physiquement, c’est un vrai vécu. Dans Le Monde, le collectif explique le poids des mots :

« Finissons-en avec l’expression “faire une fausse couche“ qui culpabilise et invisibilise. Parce que rien n’est faux, et que tout est vrai.

Parce que nous ne “faisons pas les fausses couches“, mais les subissons. Et que les mots pèsent sur nos esprits, dictent nos pensées et influencent nos actes. Parlons “d’arrêt naturel de grossesse“. Car c’est bien ce dont il s’agit et ce que nous vivons dans nos corps. »

Pour que ces mesures parviennent aux pouvoirs publics, et pourquoi pas arrivent dans le débat pour l’élection présidentielle, il est important de signer la pétition. C’est par ici !

Capture d’écran 2022-03-28 à 11.52.47

À lire aussi : Briser les tabous autour de la fausse couche, c’est l’objectif de cette puissante BD

Image en une : © Mathilde Lemiesle

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Les Commentaires
20

Avatar de Pas_du _gateau
13 avril 2022 à 08h27
Pas_du _gateau
Merci pour l'article et pour l'initiative, il y a vraiment du boulot à faire sur le sujet.
Ayant fait trois épisodes de... oui le terme pose problème. Arrêt naturel/inattendu/involontaire ? Grossesse interrompue naturellement ? Allez savoir. La médecine utilise "avortement spontané" dans les dictionnaires d'effets indésirables.
La sémantique est liée à notre culture et à notre vécu perso. Difficile de fédérer.
Involontaire me renvoie à une erreur de bonne foi, vous voyez, le "c'est pas ma faute, c'était involontaire". Du coup pour moi ça ne passe pas.
Naturel, ça coule en douceur, c'est délicat... Tout le contraire de ce qui se passe en réalité.
Inattendue, on se rapproche de l'impression qu'on ressent à l'annonce/la découverte de l'arrêt de grossesse et ce qui suit. A la limite ça me convient mieux.
Spontanée, c'est un terme auquel je suis habituée. Arrêt spontané de grossesse. Why not.
Contenu caché du spoiler.

Sinon à chaque fois, j'ai eu un arrêt de travail de plus de 3 jours, du généraliste ou du gygy, et des antidouleurs forts à prendre "au cas où" (oui je les au pris).
Et quand j'ai à peu près digéré ma première fausse couche, j'ai pris la parole à un dîner de famille et j'ai expliqué les choses. Après des réactions surprises, beaucoup m'ont dit avoir vécu la même chose ou connaître intimement quelqu'un qui a vécu cette situation.
En parlant, jai pu prendre la mesure du tabou que représente la perte d'une grossesse.
Plus tard, j'en ai aussi parlé à mes collègues de travail, après l'annonce de ma grossesse (celle qui a enfin marché), parce que ça fait partie de mon histoire et que j'ai envie qu'on libère la parole sur ce sujet.
Bien sûr, c'est parce que je me sens prête à en parler. C'est comme pour tous les traumatismes, parfois on y arrive, parfois pas.
Par contre il y a une règle que je trouve injuste, qui m'a mise dans une colère noire à l'époque, c'est d'attendre la troisième fausse couche pour démarrer des examens génétiques, hormonaux, et radiologiques, histoire de vérifier que rien (de connu) ne cloche. L'impact psychologique a été dévastateur pour moi, d'autant qu'à mon âge j'avais certains facteurs de risque. Trois années passées à me dire que quelque chose clochait peut-être chez moi, que si ça se trouve il suffirait de quelques hormones, que je devrais peut-être déjà me préparer pour une PMA... (Spoiler: non, ils n'ont rien trouvé, et c'est à ce moment là que j'ai eu une grossesse qui a abouti).
J'espère qu'on en parlera un de ces jours, l'écrire me donne encore des aigreurs.
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