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Parentalité

Comment élever des petits garçons qui n’ont pas peur d’être vulnérables ? Quelques pistes concrètes

On voudrait bien faire grandir les petits garçons sans qu’ils ne craignent montrer leur sensibilité, leurs émotions, leurs faiblesses. Mais comment ?

Malgré l’influence des camarades de classe et les attentes pesantes de la société, comment peut-on aider les garçons à accepter d’être sensibles et vulnérables, et à aller vers une masculinité apaisée ? Les petits garçons auraient-ils aujourd’hui, plus qu’avant, de facilités à montrer leur vulnérabilité, grâce à un environnement favorable ? On serait tentés de le penser, mais la réalité n’est pas si simple. « Il me semble qu’il y a une évolution », constate Aurélia Blanc, journaliste et autrice de plusieurs livres dont Tu seras un homme – féministe – mon fils !  (Marabout) récemment mis à jour et enrichi. « C’est à nuancer, car cela ne concerne pas tous les enfants dans toutes les strates de la société, mais il me semble que depuis au moins une décennie maintenant, on accorde plus d’importance à l’expression, la gestion des émotions et les besoins de l’enfant, sur le plan éducatif. »

Un environnement plus favorable ?

« On le constate dans les pratiques parentales, avec un intérêt croissant pour tout ce qui est lié à l’éducation positive ou bienveillante » ajoute-t-elle. « Sur le plan sociétal, la question de la gestion de l’empathie commence à arriver tout doucement dans le champ de l’école. Dans ce mouvement de société, on commence à comprendre qu’il est dans l’intérêt des enfants, et en l’occurrence des garçons, de les laisser exprimer leurs émotions et leur vulnérabilité. »

Arthur Vuattoux est sociologue, et chercheur associé à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP). Il a aussi co-écrit l’ouvrage Masculinités (E/P/A), une réflexion sur les différentes manières d’exprimer sa masculinité. « La sociologie des émotions ou de la construction du sentiment amoureux est encore un continent à explorer, mais des recherches récentes menées sur les enfants – même si elles ne permettent pas encore de mesurer des transformations historiques -montrent une diversité de rapport aux sentiments, par exemple amoureux, ou aux émotions chez les enfants. »

Le sociologue Kevin Diter montre par exemple que le rapport des enfants aux émotions dépend en partie des interactions — par exemple au sein de la crèche via une socialisation de genre — mais aussi des rapports de genre qu’incarnent leurs parents. La socialisation au sentiment amoureux par exemple, ou plus généralement une sensibilité aux relations affectives (amitiés, inimitiés, etc.) sont liées au fait de pouvoir parler ou non de ses sentiments dans la famille. La production des sentiments enfantins dépend aussi en grande partie de la classe sociale : le fait de parler d’amour ou de relations affectives avec ses enfants, et surtout de le faire aussi avec les garçons – la norme ayant été, et est encore largement, de parler de sentiments ou d’émotions aux filles, et beaucoup moins aux garçons – est une pratique des classes sociales favorisées

Arthur Vuattoux

Comment aider les petits garçons à valoriser leurs sentiments ?

Si l’origine sociale semble donc avoir une importance non négligeable dans la façon dont les garçons acceptent, ou non, de dévoiler leurs sentiments, peut-on dépasser cela et les aider à ne plus avoir peur d’être vulnérables ? Notamment dans le contexte scolaire.

Pour Arthur Vuattoux, la question n’est pas tant de les aider à valoriser des sentiments que de créer une ambiance de classe qui rend possible l’expression de ces sentiments. « Par exemple, en se basant sur une éducation à la vie affective qui, dès les petites classes, insiste sur l’importance de nommer ses émotions, ses sentiments, de prendre en compte la parole et les envies des autres. Cela nécessite une mise à l’agenda ambitieuse de l’éducation à la vie affective et sexuelle, davantage en tout cas que ce qui s’observe aujourd’hui. Mais il faut aussi accompagner les familles : il est difficile de valoriser ses sentiments ou émotions dans des contextes de maltraitance, et l’on sait que la protection des enfants est aujourd’hui une politique publique largement sous-dotée, alors même que l’étendue des difficultés repérées, par exemple les violences sexuelles dans les familles, semble croissante. »

Aurélia Blanc axe également le travail de valorisation des émotions sur la cellule familiale. « Il faut apprendre aux petits garçons à identifier leurs ressentis dans différents moments et situations de leur vie. C’est ce qui permet de donner petit à petit une boussole, voire une sonnette d’alarme, y compris dans des situations de groupe où l’on n’est pas à l’aise, où il y a une forme de pression. Il faut apprendre à mettre des mots, on peut par exemple faire un rituel de météo émotionnelle chaque jour en familleIls apprennent à se fier à ce qu’ils ressentent, c’est important. »

« Il y a aussi un travail de fond à mener dès la toute petite enfance sur les questions de stéréotypes liés à la masculinité et les injonctions virilistes. Il y a des images très fortes véhiculées par les adultes et les enfants, sur le fait que les garçons et les hommes ne sont pas censés pleurer, qu’ils sont plus forts, plus costauds, y compris sur le plan émotionnel. Il faut donner d’autres modèles, en questionnant et en déconstruisant avec les enfants ces représentations-là. »

Aurélia Blanc

Faire des garçons des hommes en paix avec leur sensibilité

Ces conseils suffiront-ils à éviter aux petits garçons de plonger plus tard dans la masculinité toxique ? « Le travail sur les vulnérabilités et les émotions ne suffit pas, il s’inscrit dans un mouvement plus large de questionnement de la masculinité virile traditionnelle », répond Aurélia Blanc.

« L’association américaine de psychologie a fait un manuel en 2018 afin que les professionnels accompagnent mieux les garçons et les hommes sur le plan de la santé mentale. Ils rappellent en introduction que, d’après des recherches, la masculinité traditionnelle est marquée de stoïcisme. Les hommes ne se laissent pas aller à leurs émotions de vulnérabilité, il y a de la compétitivité, de la domination, globalement nuisibles pour ceux qui sont éduqués et socialisés comme ça. On peut en déduire assez logiquement que permettre aux garçons le droit à la vulnérabilité n’est pas honteux et ne fait pas d’eux des individus inférieurs. C’est une façon, à terme, de lutter contre une forme toxique de masculinité. »

Aurélia Blanc

Arthur Vuattoux ne préfère, lui, pas utiliser le terme de « masculinité toxique ». « Cela tend à pathologiser ce qui est en réalité le produit de rapports sociaux et d’apprentissages tout au long de la vie : la masculinité qui se traduit par une violence, envers les femmes, ou d’autres hommes, justement jugés « trop » sensibles — prend racine dans l’enfance, mais bien d’autres éléments ou moments de vie peuvent forger des comportements problématiques, du harcèlement scolaire aux violences homophobes, transphobes ou sexistes. »

« Le changement dans les masculinités passera sans doute par des efforts à de multiples niveaux : éducation à l’égalité et aux relations affectives, mais aussi éducation des adultes et transformation globale de la société via l’égalité au travail, les représentations de genre, etc. Il n’y a sans doute pas, à l’échelle individuelle, de recette miracle sur le modèle du développement personnel qui permettrait de développer une masculinité positive… »

Arthur Vuattoux

« J’aime rappeler que dans notre société, Il vaut mieux être un homme mort qu’un homme faible, cela en dit long », conclut Aurélia Blanc. « On préfère des hommes vivants et en bonne santé, et des garçons bien dans leur peau ! »

À lire aussi : Pourquoi les propos de Vincent Cassel célèbrent la masculinité toxique


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Les Commentaires

3
Avatar de Nefertii
3 avril 2024 à 03h04
Nefertii
Dans les séries coréennes les hommes pleurent très facilement et s'expriment sur leurs sentiments et émotions.
Pourtant ça reste une société très patriarcale. unno:
1
Voir les 3 commentaires

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