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Grossesse

Briser les tabous autour de la fausse couche, c’est l’objectif de cette puissante BD

La bande dessinée Mes presques riens, qui se base sur l’histoire personnelle de l’illustratrice Mathilde Lemiesle, aborde le tabou et la solitude qui entourent les fausses couches.

Mathilde Lemiesle raconte dans cette bande dessinée, grâce à un noir et blanc puissant, dans des pages où s’entremêlent intelligemment dessins et textes, ses fausses couches à répétition et le désarroi ressenti.

La fausse couche, un événement si fréquent et pourtant si tabou

La fausse couche touche une femme sur quatre. Comme on le lit dans Mes presques riens :

« Il y aurait 200 000 fausses couches par an en France, c’est 15 à 20 % des grossesses. D’après une étude de Garel et Legrand. »

En France, il faut attendre trois fausses couches avant de passer des examens poussés : prise de sang, écho, frottis. La BD nous apprend également que 45% des fausses couches sont inexpliquées.

La députée Paula Forteza se bat pour rompre l’isolement des femmes qui font des fausses couches et tente de faire passer des mesures à l’Assemblée nationale qui amélioreraient la vie des personnes enceintes durant les trois premiers mois de grossesse.

Elle s’est d’ailleurs associée dans cette démarche à Judith Aquien, autrice de Trois mois sous silence, et à Mathilde Lemiesle, autrice de cette bande dessinée qui propose un état des lieux historique, géographique et sociologique de la fausse couche, en partant de son expérience personnelle.

Un chemin vers la maternité semé de deuils

Mathilde attendait que tout soit réuni – ce qu’on nous met dans la tête que l’on doit avoir : maison, relation, permis, stabilité, travail – pour se lancer dans une grossesse. À 30 ans, elle ne coche en fait que la case « relation » mais elle et son mec décident tout de même de se lancer.

« Je pensais que le chemin serait facile. Je me suis trompée. »

En effet, elle a subi quatre fausses couches avant d’avoir sa fille. Dans cette bande dessinée forte en émotions, la créatrice décrit donc ses deuils — le deuil du bébé, de la vie à trois, d’elle en mère.

« Un deuil sans cérémonie, sans tombe. Et très souvent sans corps. »

C’est un sentiment très difficile à partager. Elle explique qu’il n’y a aucune preuve de sa grossesse, ni de sa douleur (après sa troisième fausse couche et son curetage à l’hôpital par exemple). Le deuil est ainsi compliqué à faire.

Douleur et isolement

L’autrice passe par toutes les émotions – la colère, la tristesse, le culpabilité, la jalousie, le désarroi – et aurait aimé savoir que celles-ci sont toutes légitimes.

Après la troisième fausse couche, l’abattement s’installe :

« Je pleurais tout le temps, le reste du temps, je me composais un visage impassible. Je m’endormais en pleurant, et me réveillais l’oreiller trempé, en pleurs. Je me sentais très seule, très incomprise. »

Sensibiliser et briser un tabou autour du deuil périnatal

Mathilde Lemiesle veut que l’on parle des fausses couches, que l’on cesse d’en faire un sujet tabou, qui force au silence et à la solitude. Elle veut faire connaître la douleur que l’on ressent. C’est aussi la raison d’être de cette bande dessinée.

« C’est presque rien, on pourrait penser, c’est tellement souvent banalisé et minimisé par l’entourage, le monde médical et la société. »

L’autrice s’emploie aussi à donner des connaissances sur ce qu’il se passe dans son utérus – quand on veut être enceinte, quand on est enceinte, et si l’on fait une fausse couche – pour que les femmes puissent être actrices de ce qui se passe en elles.

Elle décrit l’importance de parler ; elle le fait sur Internet, ainsi que par le biais d’une association spécialisée (Agapa), qui lui permet notamment de rencontrer d’autres femmes qui connaissent les mêmes difficultés et de voir une psy toutes les semaines.

Solitude et jalousies

Les pages noires de la douleur, les bulles sous forme de pensées intrusives, remplies aussi de culpabilité, nous décrivent une jalousie vis-à-vis des femmes enceintes — si naturelle, mais difficile à assumer… Dans un message écrit à ses parents, elle explique :


« J’ai peur de ne jamais réussir à être maman un jour. Ça m’effraie de penser, que peut-être, je n’arriverais jamais à avoir d’enfants.

Et que malgré tout, je devrai continuer à voir les autres, famille, amis, autour de moi y arriver sans difficulté.

C’est insupportable. C’est une injustice insupportable.

J’ai senti des relations se “déliter” au fil des fausses couches successives. Par peur de faire chier, parce que faire semblant d’être bien, au bout d’un moment, c’est trop dur. Par pudeur. Par solitude… »

Avec beaucoup de sincérité, l’autrice parle des sentiments complexes éprouvés à l’égard des femmes enceintes, de sa sœur qui lui annonce sa grossesse, et qui déclenche des douleurs physiques – elle n’arrive pas à se réjouir. Ça fait beaucoup de bien de voir cette parole, trop taboue, alors que si compréhensible :

« Sa grossesse me renvoie avec violence à mes échecs, à mon ventre vide. »

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Elle se met à l’écart pour ne pas embarrasser les autres avec sa douleur, ce qui la rend plus vive encore.

Cette bédé, forte et nécessaire, permet de mettre des mots sur des peines encore trop tues. Elle permet de normaliser ces événements traumatiques, d’en parler, de rompre l’isolement.

Une petite bande dessinée que l’on conseille à toutes et tous de lire pour comprendre ce qui peut se passer dans le corps et dans la tête d’une personne qui fait une fausse couche.

Mes presques riens, aux éditions Lapin, 18 euros

Vous pouvez aussi retrouver le travail de Mathilde sur son compte Instagram.

À lire aussi : Il est temps de libérer la parole autour des fausses couches !

Image à la une : fascicule « fausse couche/parlons-en » / © Mathilde Lemiesle

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