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affiche du festival du film de femmes de créteil
Culture

À Créteil, le Festival international de films de femmes célèbre « le regard des femmes sur le cinéma »

Du 24 mars au 2 avril, le Festival international de films de femmes de Créteil est de retour à la Maison des Arts et de la Culture et au cinéma La Lucarne. Rencontre avec la créatrice et directrice du festival, Jackie Buet.

Vous êtes à la recherche de femmes réalisatrices ? Ça tombe bien, on vous propose d’en découvrir pendant dix jours !

Le Festival international de films de femmes de Créteil est l’occasion de découvrir un panorama incroyablement riche de filmographies de femmes originaires de France et du monde entier, d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Rythmé par des tables rondes avec des spécialistes du cinéma, des historiennes, des cartes blanches, mais aussi par la présence de femmes aussi inspirantes qu’Annie Ernaux, Mati Diop ou encore Rebecca Zlotowski, le festival s’annonce comme l’évènement de référence pour celles qui souhaitent privilégier une approche féministe du cinéma.

Pour célébrer l’ouverture du festival ce vendredi 24 mars, nous avons rencontré la créatrice et directrice du festival, Jackie Buet.

Affiche du festival // Source : Festival du film de femmes
Affiche du festival // Source : Festival du film de femmes

Madmoizelle. Quand et pourquoi avez-vous créé le festival ?

Jacquie Buet. Le Festival international de films de femmes a été créé en 1979, il y a 45 ans. Ce que je défends avec Créteil, c’est une vraie cinéphilie au féminin. Je pense qu’on a mis en avant une nouvelle cinéphilie, le regard des femmes sur le cinéma, et notamment sur des films réalisés par des femmes.

Cette année, le festival a 45 ans. Comment célébrez-vous cet anniversaire ?

Pour les 45 ans du festival, on va proposer toute une relecture de l’histoire et de l’histoire du cinéma.

On a par exemple Michelle Perrot, une grande historienne de la place des femmes dans l’Histoire. Et puis des personnalités comme Geneviève Sellier, qui a travaillé sur la place des femmes dans le cinéma, notamment sur le fait que les femmes n’aient pas été honorées pendant la Nouvelle Vague. 

Du côté du cinéma, on a invité Agnès Jaoui, qui est quelqu’un de et de talentueux, à la fois actrice comme réalisatrice et comme artiste. On est aussi heureuses de recevoir une jeune réalisatrice de la nouvelle génération, Rebecca Zlotowski. Et Coline Serreau est du côté des fidèles du festival, puisque qu’on a programmé ses films dès 1980, au tout début du festival.

Les enfants des autres de Rebecca Zlotowski // Source : ad vitam
Les enfants des autres de Rebecca Zlotowski

On a aussi une section internationale avec une soixantaine de très jeunes réalisatrices qui vont montrer leur premier film. Le monde entier va être représenté, aussi bien l’Amérique latine à travers un film argentin que le Canada, la Corée ou de nombreux pays européens et africains. On a décidé de rendre hommage à une pionnière africaine qui s’appelait Safi Fye et qui est malheureusement décédée il y a une quinzaine de jours. Elle était très talentueuse, mais pratiquement jamais invitée dans des grands festivals européens, comme Cannes par exemple.

C’est pour cela qu’on a créé le festival : on s’est aperçus que les femmes réalisatrices, surtout de ces pays-là, n’étaient jamais sélectionnées et ça nous avait un peu provoquées, dans le bon sens du terme. On avait voulu apporter une réponse en montrant une vitrine internationale de tous les pays du monde et de tous les styles.

Pouvez-vous nous parler du nom de cette 45ème édition, la fabrique de l’émancipation ?

La fabrique de l’émancipation, c’est le thème global de cette année. J’ai trouvé que ces deux mots étaient importants pour synthétiser cet anniversaire et le contenu de la réflexion qu’on pouvait mener, ces deux mots étaient importants.

La fabrique, parce que le cinéma, ça se fabrique. Comme tous les arts, il y a une partie art et artisanat. Et je crois que c’est intéressant de comprendre comment se fabrique un film, comment se fabrique un personnage, une histoire, une narration.

Émancipation, c’est un mot qui pourrait rassembler à la fois l’envie de liberté, l’envie de reconnaissance et le besoin de changement. C’est un très beau mot. La jonction des deux va nous conduire à réfléchir sur les étapes qui jonchent le chemin vers la liberté et la reconnaissance.

Ce thème, vous l’approchez à travers différentes disciplines, le cinéma mais aussi l’histoire…

Oui. On va décliner la fabrique de l’émancipation avec Michel Perrot du côté de l’histoire, en essayant d’identifier les principales étapes qui ont fait que les femmes sont progressivement passées du statut de non-citoyenne, puisqu’elles n’avaient pas le droit de vote à citoyennes et à leur statut social actuel. Du côté de l’image, donc, avec Geneviève Sellier, on va aussi identifier l’évolution des personnages féminins. On entrera dans l’écriture même de ce qu’est le cinéma, puisque, jusqu’à l’arrivée de certaines réalisatrices, les femmes y sont représentées dans des rôles très conventionnels, soumis. Quelqu’un comme Alice Guy, qui est la pionnière du cinéma narratif, a toujours créé des personnages féminins très forts, qui prenaient vraiment la place et étaient déterminants dans les films.

En parlant d’Alice Guy, vous consacrez toute une rétrospective à l’actrice et réalisatrice des années 1920 Musidora. Pourquoi souhaitez-vous visibiliser cette grande figure féminine assez peu connue du grand public ?

Cette année, la grande référence cinéma du festival sera Musidora, qui est encore trop peu reconnue alors qu’elle était une très belle actrice devenue assez rapidement réalisatrice et productrice de ses films. Je pense qu’elle n’avait pas forcément la bonne écoute pour faire ses projets, elle a décidé de se débrouiller seule.

Je considère que le festival est une forme d’université populaire qui rétablit des domaines de connaissances qui n’ont pas été du tout pris en compte dans l’éducation normale.

D’ailleurs, j’essaye de savoir si Alice, Guy et Musidora se sont rencontrées. Ça m’intéresse beaucoup de savoir comment les femmes d’une époque, qui étaient un peu des aventurières sur un domaine comme le cinéma ou la littérature, se sont connues ou ignorées !

Je me demandais pourquoi les hommes, comme pendant la Nouvelle Vague, arrivent à faire bande, alors que les femmes non : en faisant des recherches, je me suis rendue compte qu’elles arrivaient à faire collectif, mais que ce n’était pas écrit dans l’histoire. Par exemple j’ai appris récemment que Colette, Musidora et une autre grande actrice de l’époque ont vécu ensemble, dans un appartement à Paris comme dans une communauté, donc elles discutaient sûrement de leur projet. C’est incroyable et très important !

Pour vous, le festival est-il un lieu de contre-pouvoir ? 

Oui ! C’est une bonne formulation. Je suis tout à fait preneuse de l’expression contre-pouvoir. Pas tant dans la formule guerrière que dans l’idée d’élargir l’intelligence et la conscience, oui.

Observez-vous une évolution en France du nombre de films réalisés par des femmes et trouvez-vous que les représentations sont meilleures ?

Ces dix dernières années, en France, il y a une accélération de cette arrivée des réalisatrices. Je crois que le CNC a mis en place ces cinq dernières années des quotas pour que les femmes passent mieux les commissions de contrôle.

Quand les inégalités sont telles que les femmes ne peuvent les rattraper ni par leur talent, ni par leur énergie, ni par leur courage, il faut que les structures qui financent le cinéma incluent des quotas. Tant que ça ne bouge pas, que les mentalités ne changent pas, il faut des quotas. Mais l’objectif à terme, c’est de changer les mentalités. 


Et si le film que vous alliez voir ce soir était une bouse ? Chaque semaine, Kalindi Ramphul vous offre son avis sur LE film à voir (ou pas) dans l’émission Le seul avis qui compte.

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