Comment j’ai appris à vivre au jour le jour

Esther s'est longtemps posé des questions existentielles l'empêchant d'avancer. Elle vous explique comment elle a réussi à les dompter pour vivre au jour le jour.

Comment j’ai appris à vivre au jour le jour

Ces temps-ci, je traverse une période plutôt incertaine dans ma vie. Ça fait quelques mois déjà que j’ai du mal à y voir clair et à distinguer quel est le bon chemin à suivre.

Concernant ma vie amoureuse par exemple, la relation (très) longue distance (je suis en France, il est aux États-Unis) dans laquelle je me suis épanouie longtemps est devenue depuis quelques mois de plus en plus compliquée à gérer.

J’ai aussi dû faire un choix de master qui n’a pas été évident, et les contours de l’année de césure que j’envisage prochainement sont difficiles à dessiner. Sur plusieurs sujets importants donc, je suis dans le flou.

C’est une situation délicate et j’ai eu beaucoup de mal à l’apprivoiser. J’en ai beaucoup souffert à un moment : j’étais incapable de bouger le petit doigt pour prendre une décision, comme paralysée dans le grand casse-tête qu’était devenue ma vie.

Face à trop de questions qui ne trouvaient pas de réponse, j’étais incapable d’avancer dans ma vie.

C’était plutôt nul, parce qu’en plus de ça lorsque ces grands questionnements se sont manifestés, j’étais dans une situation qui aurait dû être géniale. J’étais à l’étranger, j’avais un entourage formidable, c’était pile poil le moment de ma vie où j’aurais dû profiter à fond et m’éclater le plus possible.

Et pourtant, je me laissais clouer sur place par un tas d’interrogations existentielles qui de toute façon, je le savais, ne trouveraient pas de réponses immédiates et claires.

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Moi perdue dans les méandres de la vie, allégorie.

La prise de conscience

Alors j’ai pris une décision. Pas sur mon avenir amoureux ou professionnel non, ces questions-là je ne parvenais pas à y répondre comme je l’ai expliqué. Mais sur le fait de ne pas prendre de décision pour le moment justement.

Sur le fait que cette absence de route tracée ne devait pas m’empêcher d’avancer. Je ne sais pas où je vais ? Et bien tant pis, j’y vais quand même. Finalement, ce n’est peut-être pas la destination qui importe, mais toutes les choses qui arrivent en chemin.

Il suffisait d’arrêter de vouloir tout contrôler et tout prévoir pour reprendre pied.

Alors j’ai fait un premier pas, puis deux, et très vite je me suis aperçue que mon impression d’être dans le noir depuis des semaines était en réalité due à un écran de questions existentielles que j’avais moi-même construit.

Il suffisait que je le mette de côté, et je pouvais de nouveau mettre un pied devant l’autre, même si le lieu de mon arrivée était inconnu. Vivre au jour le jour en somme.

Le bonheur, partout, même s’il n’est pas accessible instantanément

La peur que j’avais de choisir un chemin ou l’autre s’est dissipée instantanément lorsque j’ai compris que j’étais suffisamment forte pour être heureuse peu importe le chemin que j’empruntais, lorsque j’ai arrêté de me flageller avec l’idée que si ma décision était mauvaise, je le regretterais toute ma vie et je serais incapable d’être à nouveau heureuse, un jour.

C’est un changement d’état d’esprit qui n’est pas forcément facile à opérer, mais il est tellement bénéfique.

Quoi qu’il arrive, je suis suffisamment forte pour être heureuse.

J’ai fini par comprendre que si je ne pouvais pas suivre la formation exacte que je voulais dans mes études, il y avait une foule d’alternatives qui étaient drôlement chouettes aussi.

Que si je ne pouvais pas faire de ma passion mon métier, j’en ferais un loisir. Qu’il y a plus d’un domaine intéressant et que je pouvais trouver des parcours certes différents mais qui me plaisaient tout autant.

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J’ai fini par accepter aussi que si je ne parvenais pas à réparer mon couple en rentrant de mon séjour à l’étranger, que si je finissais par me séparer de mon copain, ça serait dur certes… Mais que je parviendrais à m’en relever.

Astuce en passant, écouter l’Émifion sur les chagrins d’amour m’a pas mal aidée à assimiler ce fait.

L’idée, comme me l’a dit mon meilleur ami, c’est que j’apprendrai à marcher toute seule, même si je boite un peu au début.

Un plan de vie ? Quel plan de vie ?

Alors oui, je n’ai plus de plan de vie établi. À long terme, et à vrai dire même à moyen voire court terme, je ne sais pas vers quoi je me dirige. J’ai une vague idée de différentes perspectives qui me plairaient, mais elles ne sont plus immuables.

Je n’en sacralise pas une au détriment des autres, puisque chacune d’entre elles, bien que différentes, contiennent les éléments pour qu’à terme je sois heureuse. C’est normal : c’est moi qui décide de les emmener avec moi.

Je n’ai plus de plan de vie, mais je saisis chaque opportunité.

J’ai pris conscience que si ma vie ne se résume pas à avancer tête baissée vers un idéal fixé de longue date, ce n’est pas grave. Je fais avec ce qui se présente.

Je saisis les opportunités. Je les provoque parfois, à vrai dire j’essaie de les provoquer le plus souvent possible. Et je mène ma barque tout doucement dans les méandres de la vie, même si des fois je me trompe et je rebrousse chemin.

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Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais quand même !

Mais alors comment prendre des décisions importantes ?

Qu’est-il arrivé à mes questions existentielles ? Eh bien certaines sont donc en attente, comme mon futur professionnel qui se construit au fil des opportunités. Et pour d’autres, je trouve les réponses au compte-goutte.

L’une d’entre elle va être résolue aujourd’hui par exemple (évidemment sinon pourquoi j’écrirais cet article ?).

Parce que c’est ça le piège avec une telle philosophie de vie : ne jamais prendre les grandes décisions, à force de juste « voir comment ça se passe ».

Donc cas pratique : par exemple, concernant mon couple, il y a des chances que la solution se présente ce soir (rapport que celui qui vit aux États-Unis sera enfin sur le même continent que moi et qu’on va pouvoir en parler ensemble, en face).

À lire aussi : Comment tirer profit d’une crise existentielle (sans trop de dégâts) ?

J’ai fait la paix avec toutes les possibles réponses à donner, comme c’est expliqué plus haut, mais pas seulement : j’ai aussi fait la paix avec le fait de laisser derrière moi les alternatives à la solution qui sera finalement choisie.

Ne pas regretter les solutions alternatives qu’on laisse derrière, une fois que l’on a fait un choix.

Elle est là la clé : se laisser le champ des possibles ouvert, et une fois qu’on a bifurqué, en profiter, y aller à fond. Mettre en pratique les ingrédients nécessaires au bonheur dans cette perspective sans regretter les autres chemins qui auraient pu être sympas aussi. Si cette solution est privilégiée, c’est qu’il y a de vraies raisons après tout !

Un dernier conseil pour la sérénité : la décision que vous prenez aujourd’hui n’est pas irrévocable. Si à un moment elle ne vous convient plus, il sera encore possible sinon de faire demi-tour, au moins de prendre un nouveau virage.

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Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • Skippy01
    Skippy01, Le 15 octobre 2018 à 12h39

    Vivre au jour le jour, ça a ses limites. Ça te ferme à des choses qui nécessitent obligatoirement de s'y prendre à l'avance, comme un spectacle ou un voyage nécessitant une réservation plus ou moins anticipée, ou des projets qui ne peuvent se construire que sur du long terme.

    Et puis, vivre de temps en temps dans le futur, ça a aussi ses avantages, comme de rendre supportables des situations pénibles mais susceptible de se solder par quelque chose de positif (comme un diplôme où une récompense que tu prévois de te faire toi-même).

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