Retour sur vos commentaires concernant la vidéo « S’habiller pour avorter »

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La vidéo de Mymy intitulée « comment s'habiller pour aller avorter ? » a généré beaucoup de réactions, pas toutes positives. Elle répond à vos commentaires, et explicite sa démarche.

Retour sur vos commentaires concernant la vidéo « S’habiller pour avorter »

Nous sommes le 6 mars 2018. Hier, lundi 5, est parue sur la chaîne YouTube de madmoiZelle ainsi que sur le site ma vidéo « mode » intitulée Comment s’habiller pour aller avorter ?.

Elle a suscité diverses réactions.

Certaines, très positives, me remerciaient de ce contenu dédramatisant l’IVG, donnant des informations et conseils concrets pour l’aborder avec moins d’angoisse, d’inconnues.

Ces commentaires m’ont fait très chaud au coeur, car c’est l’objectif que je visais !

D’autres réactions n’ont pas été positives.

Plusieurs personnes ont estimé que je prenais le sujet trop à la légère, qu’associer la mode et le shopping à l’avortement — qui est, pour beaucoup, un acte traumatisant — était un manque cruel d’empathie, de respect même.

Il est probable que je n’aie pas assez explicité ma démarche. Peut-être aurais-je dû m’appesantir davantage sur la potentielle violence que peut représenter une IVG, ou axer ma vidéo sur des conseils concrets au-delà de l’habillement.

Voici la génèse de cette vidéo, et ma réponse aux diverses réactions.

Pourquoi faire une vidéo mode sur l’IVG ?

Petit point planning pour commencer. Depuis octobre, et la refonte de la chaîne YouTube de madmoiZelle, un programme précis est en place — comme à la télé, oui oui !

Lundi c’est mode avec Élise, mardi Sister Sister, mercredi c’est Mymy, jeudi beauté avec Manu, et vendredi c’est le LOL avec Charlie. On vous a tout expliqué dans cet article et la vidéo ci-dessous (et d’ailleurs, abonnez-vous !).

Je me rends bien compte que ce n’est pas forcément limpide pour qui ne suit pas assidûment notre chaîne, mais il est important de conserver ce planning, cette idée de rendez-vous hebdomadaire.

Et il se trouve qu’on approche du 8 mars, la Journée Internationale des Droits des Femmes qui tombe cette année un jeudi.

À lire aussi : Ode à la liberté sexuelle et au plaisir sur madmoiZelle !

Alors nous avons décidé, au sein du « YouTube Squad » (c’est le nom qu’on s’est donné, avec les meufs qui font des vidéos chez madmoiZelle), d’axer, dans la mesure du possible, tous nos contenus sur des problématiques liées, de près ou de loin, à la question.

Comme je l’explique dans la vidéo, l’IVG est à mon sens un droit FONDAMENTAL pour la liberté des femmes à disposer de leur corps, mais aussi de leur vie comme elles l’entendent.

Et malgré la diversité des moyens de contraception existants, l’avortement est toujours nécessaire.

Le nombre de grossesses non désirées, particulièrement chez les 20-24 ans, inquiète le corps médical, comme l’explique Le Parisien — notamment à cause du recours aux méthodes dites « naturelles », comme le retrait, qui manquent de fiabilité.

Rappelons d’ailleurs que le retrait n’est PAS un moyen de contraception !

Tour d’horizon de méthodes de contraception (par ici pour la partie 2)

Chaque année, chaque mois, ce sont donc de nouvelles personnes parfois très jeunes qui ont recours, pour la première fois, à l’IVG.

J’ai donc réfléchi à une vidéo autour de l’avortement. Comment en parler ? Par quel bout aborder ce vaste sujet ?

Là encore, je le mentionne dans la vidéo et dans l’article qui l’accompagne : je suis d’un naturel très anxieux. À l’approche d’une situation inconnue et potentiellement négative, j’ai besoin de détails concrets pour me rassurer.

Je n’ai jamais vécu d’IVG, et je me suis dit que si demain un test de grossesse m’affichait un petit « + », je me poserais beaucoup de questions.

Pas celle de mener la grossesse à son terme, a priori, car je ne veux pas d’enfants. Mais de nombreuses interrogations sur la réalité concrète de l’avortement.

À lire aussi : À quoi ressemble une IVG, loin des idées reçues et des mensonges de propagande

Et parmi toutes ces questions il y aurait celle de l’habillement. Ça peut paraître futile, et pourtant : quitte à faire subir un acte médical important à mon corps, je préfèrerais être à l’aise autant que possible !

J’ai donc demandé à Élise si elle voulait bien, pour une fois, me céder son créneau « vidéo mode » pour que j’explique comment choisir les vêtements que je porterai le jour — éventuel — de mon avortement.

Voilà comment l’idée m’est venue.

Aurais-je dû insister sur l’aspect potentiellement traumatisant d’une IVG ?

Je mentionne dans ma vidéo le fait que certaines personnes vivent très mal leur IVG, d’autres très bien, avec toutes les nuances entre ces deux extrémités du spectre.

Et qu’au final, au-delà du ressenti, ces personnes ont toutes un point commun : elles ne vont pas avorter toutes nues, il leur faut bien se vêtir, aussi confortablement que possible !

Cependant, si certain·es d’entre vous ont bien compris mon intention, d’autres ont jugé que cette mention n’était pas suffisante.

Que lier l’IVG à un sujet aussi « futile » que la mode, c’était irrespectueux pour le grand nombre de personnes qui ont vécu leur avortement comme une souffrance.

À lire aussi : Ce que mon avortement m’a appris — Témoignage

Je mentionnais plus haut le fait que le planning de notre chaîne n’est pas forcément limpide pour tout le monde ; cette réalité se ressent aussi dans les canaux de commentaires !

Sur YouTube, les gens qui a priori sont au courant de notre programmation ont livré des réactions majoritairement positives.

Sur le forum de madmoiZelle, on a un entre-deux : il y a des personnes surprises, quelques-unes déçues, d’autres contentes de ma vidéo.

Sur Facebook, on trouve la plus grande concentration de réactions négatives, estimant que je manque de respect aux personnes ayant mal vécu leur avortement.

J’avoue que je ne sais pas forcément quoi répondre. À aucun moment je ne nie cette potentielle souffrance ; à aucun moment je ne dis que l’IVG, ça va, c’est comme se faire arracher une dent…

De plus, dans mon esprit, cette vidéo allait être majoritairement utile à des gens n’ayant pas encore dû interrompre une grossesse — car sinon, elles sauraient déjà quels vêtements sont le plus adaptés.

Je m’excuse néanmoins si parmi vous, certain·es ont ressenti ma vidéo comme une insulte, une négation de leur vécu. Promis, ça n’a jamais été mon objectif !

Oh, et un dernier mot qui accompagne la sélection shopping présente dans l’article.

Vraiment, ce ne sont pas les quelques centimes que l’affiliation sur cet article nous rapportera qui fera vivre madmoiZelle (même si je suis très reconnaissante des gens qui passent par le site pour faire leurs achats) !

C’est plus une idée d’accompagner mes lectrices jusqu’à la fin du processus, de leur proposer au même endroit des conseils concrets et des liens pour les appliquer, si elles le souhaitent et si elles en ont besoin.

L’important, pour une IVG, ce n’est pas de savoir se saper

Plusieurs commentaires évoquaient, enfin, le fait que les vêtements et le confort physique ne sont qu’une toute petite part de l’avortement, et pas la plus importante.

Pourtant, les filles qui ont eu la gentillesse de me raconter leur IVG pour m’aider à écrire cette vidéo ne sont pas de cet avis !

Beaucoup m’ont raconté des expériences désagréables, l’impression d’être mal à l’aise, mal considérées également par le corps médical.

Pour ce second problème, je n’ai que peu de marge de manoeuvre.

Par contre, pour le premier, il est assez facile d’informer !

Oui, l’IVG s’accompagne de saignements et souvent de douleurs, et certaines des filles en question m’ont raconté des choses que cette vidéo les aurait aidées à éviter.

Un slim impossible à enfiler après l’anesthésie, un retour à la maison les cuisses couvertes de sang car personne ne lui avait conseillé de ramener des serviettes hygiéniques supplémentaires, une jupe qui empêche de se sentir au chaud…

Les exemples sont nombreux.

Et c’est précisément ce que je voulais aborder en faisant cette vidéo, ce que je voulais éviter au plus grand nombre : ajouter à un acte médical qui peut être traumatisant un inconfort physique qui rend les choses encore plus compliquées !

À lire aussi : 9 récits d’avortements se croisent pour former un émouvant tableau

D’ailleurs, la plupart m’ont écrit hier soir pour me dire qu’elles étaient heureuses d’avoir contribué, et qu’avoir eu accès à ce genre de contenu leur aurait évité des désagréments.

D’autres personnes, plus nombreuses encore, ont exprimé le même sentiment dans les commentaires YouTube par exemple.

À mon sens, donc, mon objectif est atteint. Et j’espère que tout comme moi, un jour, peut-être, des personnes ayant dans le futur recours à une première IVG y iront avec un peu moins d’angoisse, d’inconnues, de boule au ventre.

Pour conclure, je tiens à vous remercier, comme toujours, pour vos commentaires constructifs, vos réactions parfois empreintes d’émotion, mais respectueuses et ouvertes à la discussion.

Croyez-moi, une communauté d’une quelle qualité, c’est rare et précieux !

À lire aussi : « L’histoire de mon avortement en 26 posts », sur Instagram

Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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Commentaires
  • Plumes56
    Plumes56, Le 6 juin 2018 à 18h12

    Le ton de cet article est à gerber. L'auteur spécifie n'avoir jamais "personnellement eu recours à l'IVG" et le contraire m'aurait étonné étant donné la nature profondément superficielle de la façon d'aborder ce thème. J'ai du mal à considérer que pour des femmes engagées dans le processus d'une IVG, la sujet de l'habillement ait été source de dilemmes cornéliens dans la mesure où les divers médecins que l'on rencontre lors de la procédure exposent clairement ce qui va arriver (douleurs, hémorragies...) et qu'il est donc assez explicite qu'une tenue sophistiquée et/ou inconfortable est à éviter. Mais j'ai pu lire le témoignage de certaines d'entre elles pour qui c'était le cas, donc admettons. Je veux bien reconnaître l'utilité de ces conseils mais la façon dont ils sont amenés est parfaitement insupportable. Les enrober dans un habillage "tuto mode", avec gros sourires et petites blagues, relève pour moi d'une indécence ahurissante. Dédramatiser l'IVG, pourquoi pas. Le banaliser à ce point, non.

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