Les Lolitas, leur mode et leur communauté

Lady Beth a découvert il y a peu l'univers des Lolitas : une vraie communauté, avec ses codes, ses valeurs et ses événements. Petite visite guidée.

Les Lolitas, leur mode et leur communauté

Il y a quelques temps, j’ai vécu une expérience déroutante et magique. Un peu comme une rencontre du troisième type, mais qui fait un bien fou. J’ai rencontré des Lolitas ! Que diable est-ce donc que ce phénomène ? S’agit-il d’ailleurs d’un phénomène ? Cette mode, ce monde voire cette communauté pousse à la curiosité et mérite le détour.

La découverte

Tout a commencé avec cette affiche qui est apparue sur mon écran d’ordinateur quelques jours avant la Tea Party.

Affiche réalisée par Lady Momochi.

Intriguée par ce coup de crayon mais également par la tenue (c’est mon côté poupée de porcelaine qui a surgi), j’y ai vu un signe… Ni une, ni deux, j’ai cherché davantage d’informations sur ce genre d’évènement, sur celui-ci en particulier et sur cette communauté.

Après avoir contacté les organisatrices, Solène et Yumi, je me suis inscrite sans savoir exactement où je mettais les pieds. Quelle aventure ! Je fais la maline, mais j’étais morte de trouille le jour J…

Vous les avez sans doute déjà vues dans la rue, dans un parc, ou dans les allées de la Japan Expo et autres évènements liés à la culture japonaise : ce sont ces filles habillées avec des robes volumineuses, des fanfreluches pour certaines, et qu’il ne faut surtout pas confondre avec du cosplay (activité qui consiste à se costumer en personnage de fiction). Sacrilège, horreur, vous serez fouetté-e-s sur la place publique si vous le faites !

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En été, les regroupements Lolitas fleurissent un peu partout (il y a la Following Alice, la Garden Party, la Convention…). J’ai quant à moi eu la chance de participer à ma première Tea Party le 27 juillet dans l’Est de la France, dans un petit village d’irréductibles meusiens, à Hattonchâtel.

C’est dans un lieu magique (qui l’aurait cru au fin fond de la Lorraine) que s’est tenu ce premier rassemblement où douces pâtisseries et thés variés étaient servis dans une belle porcelaine digne de Alice au pays des merveilles. Oui, vous allez vite le comprendre, je suis une fan de Lewis Caroll et son univers !

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Vous n’avez jamais rêvé de rejouer la scène du thé ? Moi si… et ce fut le cas ! Cadeaux, jeux, photographe… tout était au rendez-vous pour faire de ce rendez-vous un moment unique.

Comme toujours aux TP, il y a une tombola et un concours de la meilleure coordination (tenue) selon trois catégories : sweet lolitas, gothic lolitas et classical lolitas.

Comment faire pour y participer ?

C’est bien simple : il suffit de porter du lolita, que ce soit ponctuellement ou de manière régulière, et de s’inscrire à l’un de ces évènements. Si vous m’avez bien lue jusqu’ici, vous devez vous douter que je n’étais pas une Lolita à part entière et que ma garde-robe n’était pas du tout dans ce thème.

Heureusement, Solène m’a été d’une aide précieuse puisqu’elle a eu la gentillesse de me prêter une tenue pour que je fasse mes premiers pas dans cet univers. Telle la citrouille de Cendrillon se transformant en carrosse, j’étais prête !

En général, une petite contribution est demandée afin de financer les délicieux mets et boissons qui sont proposés. Dans l’Est de la France, plusieurs projets sont prévus pour les années à venir, alors soyez au rendez-vous !

Mais qu’est-ce donc ce style ?

Raffinement et élégance caractérisent ce style inspiré de la mode du XVIIIème siècle (comme la robe à la française avec ses paniers) et de l’époque victorienne.

Pensez à la Pompadour ou à la reine Marie Leszczynska qui un soir, au théâtre, disparut littéralement derrière les jupes si volumineuses des princesses qui l’accompagnaient. Ce fut d’ailleurs un scandale à l’époque, puisque toutes les princesses ainsi que les duchesses durent se déplacer d’un tabouret, bouleversant ainsi l’ordre des places assises selon le rang de chacune.

Mais je m’égare… Je suis une vraie pipelette quand il s’agit d’histoire de la mode et d’anecdotes… Bref ! Vous visualisez ? Eh bien schématiquement, prenez les volumes, la forme de sablier créée grâce au corset et au panier, les rubans, nœuds, glands et pompons, mélangez tout cela, actualisez-le et raccourcissez-le (mais pas trop), et ça donne le LOLITA !

Si l’origine de cette mode remonte à la fin des années 1960, elle émerge réellement dans le quartier Harajuku de Tokyo 20 ans plus tard, en réaction à la rigidité de la société. Le principe : ressembler à une poupée, en étant « parfaite » de la tête aux pieds. Il s’agit d’être mignonne et innocente plutôt que sexy !

Les marques comme Angelic Pretty, Btssb (Baby the stars shine bright au Japon) ou Mana et sa marque Moi-même-Moitié vont permettre l’essor de ce mouvement.

Ce reportage montre d’ailleurs que cette mode permet de rassembler une communauté, qu’il y a bien plus en jeu que des vêtements.

Les différentes Lolitas

C’est compliqué de faire simple étant donné que chaque Lolita s’approprie un style : même deux Lolitas portant la même robe ne seront jamais identiques et ne la porteront jamais de la même manière. Il existe cependant trois grands genres de Lolitas.

  • Le sweet Lolita — La tenue est faite de robes bouffantes décorées de multiples ornements (dentelles, rubans…) et de dessins/décors (cupcakes, bonbon, licorne…), aux couleurs pastel, rose ou blanc.

C’est l’un des rares moment où une fille adulte peut renouer en toute tranquillité avec ses couettes ; le tout est surmonté d’un headbow (un serre-tête avec nœud). Le maquillage est quant à lui discret. Une des représentantes de ce style est par exemple Aoki Misako !

  • Gothic lolita. Le noir et blanc dominent, avec éventuellement quelques touches de couleurs (violet, rouge…). Les croix peuvent être présentes, rappelant la mode gothique occidentale. Le maquillage est quant à lui plus prononcé, mais surtout pas vulgaire ! Yumi, élue ambassadrice Gothic Lolita en 2014, en est un bel exemple. Vous pouvez voir son style sur son blog.
  • Classical lolita. Simplicité et époque victorienne seraient selon moi ce qui caractérise ce style. Il y a moins de froufrous, les couleurs sont plus sobres, plus naturelles (vert anis, chocolat, vieux rose, beige…). Je dirais que c’est en quelque sorte une tenue plus « mature ».

Être Lolita, c’est bien plus que porter de jolies robes bouffantes avec des fioritures : la plupart vivent « lolita » au quotidien. Elles s’habillent, interagissent entre elles (via les réseaux sociaux notamment) et ont créé une vraie communauté. Elles ont des manières et des valeurs bien à elles, comme la politesse poussée à l’extrême, un comportement distingué, un goût pour les belles choses, un attrait pour les arts…

Notons qu’il existe une mode « masculine » que l’on appelle les « Bro-Lolitas » : la plupart du temps, ce sont des Gothic Lolitas, mais il en existe de plus en plus de sweet. Ce sont des hommes qui sont attirés par ce style et qui aiment les beaux vêtements.

Les règles à respecter

Si porter un tel style peut sembler simple, ce n’est pas le cas et vous risquez de nombreux faux pas les premières fois ! Vous pouvez même risquer d’être considérée comme « ita » : à côté de la plaque, de mauvais goût. Avoir une alliée ou une « grande sœur » dans ces cas-là peut s’avérer bien utile.

Porter du lolita, de manière ponctuelle ou au quotidien, demande de respecter quelques règles :

  • Ne pas découvrir les épaules et pas de décolleté. Les chemisiers sont boutonnées jusqu’en haut ! Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir…
  • La robe/jupe doit arriver aux genoux, voire une paume de main au-dessus. Cachez-moi cette cuisse que je ne saurais voir…
  • La jupe/robe en bas doit être volumineuse. Peu importe le style, la jupe se doit d’être bouffante, d’où l’utilisation de jupons et de « crinoline ». Ce n’est pas celle du XIXe siècle, mais elle y ressemble : visualisez un faux-cul ou une queue d’écrevisse. Pour avoir une idée de ce charabia, allez donc voir les photos de la superbe exposition La Mécanique des dessous, vous comprendrez mieux..

Mais alors, que porter ?

La tenue de base comprend :

  • Une OP (one piece), une jupe ou une JSK (robe à bretelles).
  • Un jupon.
  • Une blouse (chemisier), ou un « cutsew ».
  • Des collants opaques qui peuvent être ornés ou des chaussettes montantes.
  • Quelques accessoires pour les cheveux (chapeau, nœuds, fleurs…).
  • Des chaussures soit très mignonnes, soit assez sobres (type babies), mais les plates-formes et talons aiguilles se répandent de plus en plus.

Pour cela, trois solutions :

  • Le second-hand. Lors des events ou sur les réseaux sociaux, il y a une quantité d’achats possibles en parfait état.
  • Le handmade. ça tombe bien, c’est très tendance en ce moment !
  • Certaines robes de la grande distribution peuvent être loliables, c’est-à-dire adaptées au lolita.

Pour vous donner une idée, vous avez par exemple ces sites de marques :

Et pour un shopping lolita moins cher, il y a notamment ceux-ci :

Enfin, de nombreuses ventes d’occasion existent, comme sur ce groupe Facebook. D’ailleurs les événements s’organisent aussi sur Facebook ; l’actualité dans l’Est se trouve ici.


Deux jours après la Tea Party, ayant déjà une attirance pour la culture japonaise, j’ai passé ma première commande (je pars sur du old school/pin up), et je compte bien porter cette mode ainsi que le steampunk (ça, ce sera pour un prochain article !) un peu plus souvent. Mais surtout, je vais participer à des pique-niques et des Tea Parties plusieurs fois par an !

À lire aussi : Ce que la culture japonaise m’a appris

Pour finir avec ce monde qui s’offre à moi, je dirais que ce qui est bien avec la mode, c’est que même s’il y a des règles, des normes, vous faites ce que vous voulez et l’adaptez comme bon vous semble !

Alors, partante ?

Merci à Charly Ganier pour ses photos ; vous pouvez en voir plus sur son site et sa page Facebook !

Si vous voulez découvrir un peu plus cet univers, faites donc un tour sur les sites de ces Lolitas :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • CreamSoda
    CreamSoda, Le 14 octobre 2014 à 23h24

    Pour ma part j'ai rien contre ce style, je ne trouve pas ça plus "enfantin" que les emos ou pseudo punk de maintenant (je crois que, un style aussi poussé, comme n'importe quel autre style poussé, c'est avant tout contestataire, pas une manière de dire "je veux remarcher à 4 pattes en couche culotte"), et puisqu'ils s'inspirent de vêtements anciens, ce sont de belles choses modernisées dans le choix des couleurs, motifs... Bref, c'est sympa.

    Mais ce qui me gêne, comme cela a été dit, c'est la mentalité de certaines de ces communautés. J'estime que pour leur entourage (pour celles qui en portent quotidiennement), ça doit déjà pas être évident à assimiler, alors comment osent-elles rejeter les autres en plus ? Je veux dire c'est qui ces meufs qui croient avoir écrit le Livre saint de leur communauté ? Y'a un grand manitou quelque part qui a dit que ceux qui ne pouvaient pas débourser 300€ dans une robe (parce que pour les "bonnes marques acceptables" on tourne autour de ça) sont des sagouins ? C'est dégradant, alors qu'il s'agit juste de partager une passion, une manière d'être, et simplement parce que tu n'as pas l'enveloppe adéquate, ça le fait pas. Erk.

    Je crois comprendre dans l'article que cette communauté de Lorraine n'est pas comme ça, bien. Mais j'en ai entendu tellement de mal d'autres (probablement de Paris plutôt), que ça donne carrément pas envie.

    Par contre je veux bien débouler et rafler tout le tea time, ça, pas de soucis. :pedo:

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