Lettre ouverte à mon gynécologue

Depuis 15 ans maintenant, Ève a croisé plusieurs gynécologues, qui lui ont fait vivre des expériences pas toujours cool. Petite mise au point nécessaire avec nos amis les gygy.

Lettre ouverte à mon gynécologue

« Cher gynécologue,

Voilà presque quinze ans que tous les six mois, je te laisse scruter mon col de l’utérus, pour la bonne cause plus que par amitié, bien entendu. Néanmoins, toutes ces années de tête-à-tête – ou, pour être plus précise, de vagin-à-tête – sur la table d’auscultation m’ont donné envie de m’adresser à toi comme à un ami, aussi tu ne m’en voudras pas de te tutoyer , toi le médecin que d’aucunes nomment affectueusement « gygy ».

J’ai envie de commencer en te disant que je t’aime bien. Tu veilles sur mon vagin comme un chien de berger sur son troupeau, prêt à déclencher les hostilités face aux invasions de mycoses, papillomavirus et autres intrus. Et pour tout cela, en vérité je te le dis : merci.

Toutefois, permets-moi de te parler franchement, au nom de la quasi complicité qui nous lie après cette bonne cinquantaine de frottis que nous avons vécus ensemble. Essaie de ne pas le prendre mal, mais je me dois de m’entretenir avec toi sur quelques menus détails qui me taraudent somme toute quelque peu.

Tout d’abord, je sais que ta bienveillance te pousse à faire de ton mieux pour mettre tes patientes à l’aise. Tous les bons médecins font cela, après tout. Les dentistes offrent des mini-tubes de dentifrice aux enfants pour les amadouer, les généralistes remplissent les ordonnances des grand-mères en précisant avec bonne humeur qu’après ce traitement, elles seront aussi requinquées que si elles avaient 20 ans et puis certains médecins – beaucoup – aiment, d’une façon générale, faire de l’humour avec leurs patients. L’humour, c’est bien , ça balaye la peur du Docteur, ça met tout le monde à l’aise, ça ne mange pas de pain.

Oui mais non.

Car il faut que tu saches ceci : tu as beau me raconter des blagues ou me faire la conversation pendant que tu observes mon utérus, rien n’y fait, cela ne contribue aucunement à me mettre à l’aise. C’est très gentil d’essayer de m’aider à me relaxer et de tenter de contribuer à ce que j’oublie que je suis présentement allongée, les fesses à l’air et les jambes grandes écartées, devant un homme affairé à engouffrer tout un tas de doigts et d’objets dans mon vagin, mais NON, arrête, ça n’est plus possible.

Tu te rappelles la fois où tu m’as raconté une blague tout en tâtant mon col de l’utérus pour savoir s’il était bien fermé ? De cette autre fois où tu m’as donné ton avis sur le nouveau gouvernement en me faisant un frottis ? Ou de ces petites anecdotes historiques que tu aimes partager avec moi pendant que tu me tamponnes l’intérieur du vagin avec un coton imbibé ? Oui et bien tout ça, j’aimerais bien que tu arrêtes. Je veux dire, ne le prends pas mal mais arrête de te sentir obligé. Car en vérité, non, cela ne contribue ni à me rassurer ni à calmer mon stress ou l’humiliation que je ressens à chaque fois que je place mes pieds dans les étriers pour t’offrir le spectacle de mon vagin béant. Les blagounettes ou les commentaires sur la météo du jour pendant la palpation des seins, c’est tout pareil, ça aussi tu peux arrêter.

Et s’il te plaît, essaye de comprendre. Essaye d’avoir ne serait-ce qu’une vague idée du malaise et du stress que peut ressentir une femme qui se retrouve dans le cabinet d’un gynécologue. Essaye d’avoir une toute petite idée de ce que l’on ressent en affalant toute notre viande sur la table d’auscultation, prêtes à se faire palper et reluquer tous ces endroits qu’on n’ose même pas déballer à la plage. Imagine dans quel état de malaise je peux bien me trouver lorsque je suis allongée quasiment nue sur cette table, en position d’accouchement, avec ta tête à hauteur de mes orifices. Je veux dire, avec un petit effort, je suis sûre que tu peux avoir ne serait-ce qu’une vague idée du malaise que je ressens dans ces moments-là. La seule chose à laquelle je pense pendant une auscultation, c’est au moment où tu me donneras le feu vert pour aller remettre ma culotte en coton et ré-agrafer mon soutien-gorge.

gynécologue lolCette personne n’est pas le gygy d’Ève, qu’on se le dise.

Tiens, prenons un exemple. Tu te rappelles de cette fois où tu me faisais une échographie endovaginale avec ta nouvelle machine que l’on venait juste de t’installer ? Si si, fais un effort, tu dois forcément t’en rappeler vu que moi je n’oublierai jamais. Allons bon, laisse-moi te rafraîchir la mémoire : comme tu n’étais pas encore bien familiarisé avec ce nouvel appareil, tu as jugé bon de faire appel au technicien qui était venu te l’installer afin qu’il te fasse une démonstration. Rappelle-toi, j’étais là, les jambes grandes écartées avec une sonde dans le vagin et tu as fait entrer ce type qui m’a dit « Bonjour Madame » en me serrant la main. Il m’a SERRÉ LA MAIN putain ! Alors que j’étais presque à poil avec une sonde recouverte d’un préservatif coincée dans le vagin ! Sans déconner, qu’est-ce qui t’a pris ? Qu’est-ce qui a pu te laisser penser que je ne verrais aucun inconvénient à ce qu’un enfoiré de technicien vienne t’expliquer sur quel bouton tu avais oublié d’appuyer pendant que j’étais le cul à l’air sur ta table d’examen ? Sur le coup, j’ai cru que c’était une blague de mauvais goût et je m’attendais à voir surgir Marcel Beliveau de derrière un rideau. Sauf que je me suis rappelé que Marcel était mort et qu’il ne s’agissait donc pas d’une blague mais bien d’un fait aussi glauque qu’incongru.

Alors s’il te plaît, essaye juste de garder, dans un coin de ta caboche de médecin brillant et bienveillant, que NON, je ne me sens pas à l’aise quand je viens en consultation et que je dois me déshabiller « juste le bas ». Et non, je ne considère pas qu’il soit de bon ton de considérer que ma chatte ne mérite pas un minimum de considération : le fait que tu en voies défiler toute la journée n’enlève rien au fait que j’ai droit à un minimum d’égard et de respect de mon intimité et crois-moi, la prochaine fois que je vois débarquer ton technicien, ta femme de ménage ou ton coach sportif pendant que tu me fais une échographie, je te fais bouffer ta sonde vaginale par le gosier, avec tout le respect que j’ai pour toi. Et par conséquent, inutile de te préciser que les blagues, les anecdotes en tous genres et autres conversations entre un toucher vaginal et un frottis, ça n’est plus possible. Il faut que tu arrêtes, nom de Dieu !

Et tiens, tant que j’y suis. Ne crois pas que j’aie une quelconque dent contre toi hein, je t’assure que je t’apprécie pour de bon et que je me félicite d’avoir un professionnel aussi compétent que toi pour veiller sur ma santé. Mais il y a encore une chose que tu dois savoir car non, il n’y a pas que les blagues que tu dois proscrire. Arrête aussi avec l’infantilisation. Arrête de me parler de mon vagin comme s’il s’agissait d’un paysage de Disneyland en pensant me rassurer. Non, entendre son gynécologue affirmer avec entrain : « En voilà un beau vagin bien rose ! », ça n’a jamais aidé quiconque à se sentir à l’aise, qu’on soit bien d’accord. Idem pour les blagues à deux francs six sous au moment où, les fesses à l’air, je monte sur la balance, comme cette fois où tu as jugé de bon ton de t’esclaffer « Allez va ! En ce moment c’est les soldes, j’arrondis au kilo inférieur ! ». Mon poids n’est pas un lot de t-shirts dégriffés vois-tu. Et me voir « offrir » un kilo de moins au moment de régler la note, comme on offrirait un yoyo à la petite fille qui s’est bien tenue pendant sa consultation chez le dentiste, je t’assure que ça ne sert à rien et que non, ça ne me détend pas ni ne me fait sourire. Je n’ai pas envie qu’on me serve des vannes au rabais pendant que je me tiens, le cul au vent, debout sur une balance.

Et puis allez, soyons foufous, abordons cette toute dernière chose que j’aimerais mettre au clair avant d’en finir avec cette mise au point que, je l’espère, tu ne prendras pas mal. S’il te plaît, pour l’amour du ciel, arrête de me prendre pour une buse en me rabâchant à tout bout de champ tes « ça ne fait pas mal ». A t’entendre, rien ne fait mal. Les contrôles gynécologiques, c’est de la rigolade. Limite je pourrais faire des sudokus pendant un frottis et en oublier que tu es affairé dans mon vagin avec tous tes ustensiles, tellement c’est indolore. La prochaine fois si tu veux, je te laisse faire ta colposcopie en lisant Voici et à la fin je m’exclame : « Quoi ? C’est DÉJÀ fini ? Ben dites donc, j’ai rien senti. » Car sache-le, tous ces examens que tu me vends comme « indolores, juste désagréables », ça fait un mal de chien. Un foutu mal de chien.

Tu te rappelles de cette fois où tu m’as prélevé un morceau d’utérus à vif avec ta petite cisaille pour le faire analyser ? Et où tu n’arrêtais pas de me demander de ne pas bouger en me signalant que tu me trouvais drôlement douillette ? Eh bien laisse-moi t’expliquer. Cette fois-là, chaque petit prélèvement que tu effectuais me donnait l’impression d’un morceau de barbaque qu’on m’arrachait à vif. En sortant, j’ai juste pleuré et appelé ma mère tellement j’en revenais pas qu’un acte que tu m’avais vendu comme indolore ait pu me faire souffrir à ce point. Tu vas dire que je suis douillette, je sais ouais, peut-être même que j’en fais des tonnes. Ce qui me rassure, c’est que les copines avec qui j’en parle et qui ont subi ce genre d’examens l’ont vécu à peu près aussi mal que moi (ce qui au final, n’est pas tellement rassurant). J’en connais même une qui a ordonné à son médecin de tout interrompre et qui s’est enfuie en pleurant. Et une autre qui a failli tomber dans les pommes pendant la pose de son stérilet, suppliant son gynécologue d’arrêter avec pour toute réponse un refus catégorique et une exaspération manifeste. Alors bien entendu, je sais que ce n’est pas de ta faute, que c’est un examen nécessaire, et qu’il vaut mieux souffrir le temps d’un examen plutôt que crever d’un cancer de l’utérus non diagnostiqué.

La seule chose que je te reproche, c’est de me vendre systématiquement ça comme un acte anodin et indolore. Ça et aussi ta façon de t’agacer quand je bouge ou que je lâche un malencontreux « aïe ! » sur la table d’examen. Alors s’il te plaît, sois gentil, à l’avenir essaye d’arrêter de te foutre de ma gueule avec tes « même pas mal ». Ca fait vraiment mal, tâche de l’admettre, de t’en souvenir et de bien le prendre en compte quand tu soupireras d’agacement parce que je ferai ma « douillette » sur ta table d’examen. Et dis-toi bien qu’il faut être un peu fou pour oser traiter de douillette une femme qui a mis au monde quatre enfants : un pied qui se barre de l’étrier et vient se loger dans les dents d’un médecin est si vite arrivé.

Voilà, cher gynécologue. J’espère que tu pardonneras cette franchise nécessaire. Mais après toutes ces années, je crois que je peux bien m’autoriser cette mise au point. Après tout, toi tu t’autorises bien de mauvaises blagues pendant que tu observes mon vagin, j’ai donc bien le droit de m’octroyer cinq petites minutes de règlement de compte après toutes ces années de docilité. Allez, sans rancune hein. J’te bise, de toute façon on se revoit à Noël pour mon frottis bisannuel. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Sandie19
    Sandie19, Le 25 janvier 2016 à 12h01

    Bon, pour la pudeur, passons, on va dire que ça ne me gêne pas de me mettre à moitié à poil devant un-e inconnu-e pour qui c'est son métier et qui en voit défiler toute la journée... du moment que personne ne rentre. Et c'est bien là le souci ! Qu'est ce que vient foutre un technicien, même pour un appareil médical, en pleine consultation ? Surtout que, pour en fréquenter, des techniciens, je vois le genre de remarque qu'il va dire ensuite... Miam.
    Mais alors, la douleur... Ma gynéco (et ma chère dentiste par la même occasion, oui!) est complètement intolérante. C'en est vraiment vexant. Je me suis déjà engueulée avec, comme quoi dire "rhooo mais détendez-vous, c'est booonn!!" ça produit EXACTEMENT l'effet inverse.

    Spoiler

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