#MyHarveyWeinstein, #balancetonporc : « le monde change », et il était temps

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Harvey Weinstein accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles par de nombreuses femmes, Bertrand Cantat en Une des Inrocks, quelle semaine… Mais comme le conclut si bien Vérino: «le monde change». Enfin.

#MyHarveyWeinstein, #balancetonporc : « le monde change », et il était temps

Quelle semaine, non ?

Depuis que le New York Times, par le travail d’enquête de Ronan Farrow, a rendu publiques les accusations de plusieurs dizaines de femmes à l’encontre d’Harvey Weinstein, les langues se délient.

Le producteur américain est accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles par plus d’une vingtaine d’actrices, comédiennes, et autres professions. Bien sûr, comme à chaque fois que des femmes finissent par dénoncer leur agresseur, des critiques s’élèvent.

Pourquoi n’ont-elles pas parlé plus tôt ? Pourquoi n’ont-elles pas porté plainte ? Si tout le monde savait, pourquoi personne n’a rien dit ?

Des hommes sont alors sortis du bois, en apportant leurs propres témoignages de harcèlement et d’agressions sexuelles. Oui, des hommes aussi. Preuves s’il en fallait que ces pratiques n’ont rien à voir avec la séduction : c’est un acte de domination, d’abus de pouvoir.

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C’est ce que mettait en lumière l’excellente soirée proposée par France 2, hasard du calendrier, mercredi 11 octobre. Une soirée entière consacrée au harcèlement sexuel au travail, qui débutait avec un téléfilm, illustrant des situations de harcèlement.

Sa diffusion a été suivie d’un documentaire très pédagogique, combinant des témoignages de victimes de harcèlement sexuel au travail avec une session de formation type, de celles qui peuvent être prodiguées en entreprise.

Et l’on mesure alors tout le chemin qu’il reste à parcourir pour arriver à l’égalité entre les femmes et les hommes au sein de la société…

À lire aussi : Pour ne plus harceler sexuellement les femmes, remplacez-les par The Rock

« Le monde change », la conclusion qui vient à point, par Vérino

Vérino est auteur, comédien et humoriste. Chaque semaine, il poste sur sa chaîne YouTube une vidéo résumant l’actualité de la semaine.

Alors forcément, ce samedi… Sa vidéo ne pouvait pas passer à côté de l’affaire Weinstein.

L’humoriste revient également sur l’autre polémique de la semaine : la présence de Bertrand Cantat en Une du magazine Les Inrocks.

Le chanteur de Noir Désir est aussi le meurtrier de Marie Trintignant. L’actrice était décédée des suites de ses blessures : 19 coups, dont 4 au visage, infligés par son compagnon, Bertrand Cantat.

Il n’appellera les secours qu’à l’aube, et ils ne parviendront pas à sauver la vie de Marie Trintignant, arrivée à l’hôpital en état de mort cérébrale.

Alors, la Une des Inrocks a fait énormément réagir, jusqu’à la Secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

Vérino énonce une évidence, ou plutôt que son humour rend évidente : on ne peut pas effacer l’ardoise d’un meurtrier au motif qu’il a du talent. Poussée jusqu’à l’absurde, cette logique donne une excellente blague :

« Les gars, va falloir relâcher Marc Dutroux. Bah ouais je sais, maiiiis… Il a fait de la flûte à bec en 6ème ! »

Vérino revient aussi sur la confrontation Rousseau-Angot, sur le plateau d’On n’est pas couché, simplement pour saluer le courage de toutes celles qui osent témoigner des violences qu’elles ont subies.

Parce que plus elles seront nombreuses à lever l’omerta, plus elles seront soutenues dans leur démarche, et plus il y a de chances pour que la honte change enfin de camp, et que ces violences cessent d’être acceptables, d’être passées sous silence, de n’être pas prises au sérieux, même lorsque « tout le monde sait », justement.

« — Un conseil pour une jeune actrice débutant à Hollywood ?
— Si Harvey Weinstein t’invite à une soirée dans un hôtel de luxe, n’y va pas. »
Courtney Love, en 2005.

À lire aussi : #LevonsLomerta : l’assourdissant silence des hommes sur le harcèlement sexuel

Le monde est en train de changer, et il était temps

Vérino conclut sa vidéo en prenant un peu de perspective : plus les victimes seront nombreuses à parler, et plus les agresseurs auront peur de passer à l’acte. « Le monde change » dit-il, et j’ajoute que ça fait du bien, de sentir ce changement arriver enfin dans notre société.

Il y a plus d’un an, l’affaire Baupin en France avait déjà provoqué un sursaut dans la société. Des témoignages de femmes, de victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles étaient mis en avant par Chair Collaboratrice, Paye ton taf, mais également ici-même.

« Harcèlement sexuel : quand on vous dit que c’est un problème » était une triste illustration de la réalité du harcèlement sexuel pour les femmes, en France, en 2016.

Un an après, c’est donc une autre affaire qui nous secoue à nouveau. Et à nouveau, la parole des femmes se libère. Les hashtags #MyHarveyWeinstein en anglais et #balancetonporc en France n’en finissent plus de remonter des témoignages.

Toutes les sphères professionnelles, des femmes de tous âges… L’ampleur du problème donne le vertige, et dans le même temps, l’ampleur de la mobilisation donne de l’espoir.

À lire aussi : Sandrine Rousseau : « Les hommes sont légitimes à parler des violences faites aux femmes »

La lutte contre les violences sexistes et sexuelles continue

Les reprises médiatiques de ces témoignages ne les mettent pas en doute, ne minimisent pas ce qu’ils dénoncent. Les pouvoirs publics sont déjà saisis du sujet : Marlène Schiappa a annoncé au journal La Croix, ce dimanche 15 octobre, son intention de présenter un projet de loi luttant contre les violences sexistes et sexuelles.

Alors qu’il y a encore 5 ans, le harcèlement de rue n’était qu’une épuisante banalité, un fléau dans le quotidien de nombreuses femmes. Après une première entrée dans la loi en février 2016 dans le cadre des transports publics, le harcèlement de rue pourrait être verbalisé.

C’est l’intention de la Secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, une intention appuyée par Emmanuel Macron lors de son adresse aux Français•es, dimanche soir sur TF1.

À lire aussi : Verbaliser le harcèlement de rue : un symbole fort dans une lutte culturelle

Bien sûr, ni un hashtag, aussi populaire soit-il, ni une loi, aussi juste soit-elle, ne permettront d’éradiquer le sexisme, ainsi que les violences sexistes et sexuelles.

On ne débarrassera pas notre société de sa culture patriarcale et de ses conséquences du jour au lendemain. Tout ceci prendra encore du temps.

Mais le monde est en train de changer, dans le bon sens. Une lueur d’espoir, sur le chemin qu’il nous faut continuer d’emprunter.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.


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Commentaires
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  • Halbatros
    Halbatros, Le 30 octobre 2017 à 16h02

    Margay
    @Halbatros
    Je pense que je vois ce que tu veux dire. En gros, selon toi, c'est utile de faire référence au cliché pour montrer que même quand le coupable correspond au cliché, les victimes ne sont pas entendue, donc on peut supposer que c'est encore pire dans le cas où le coupable ne correspond pas au cliché. C'est ça?

    Bon si c'est ça, je comprends ce que tu veux dire, mais je suis pas d'accord pour dire que ce n'est pas problématique :lunette:
    - il associe le fait d'être gros à un ensemble négatif donc il véhicule le fait d'être gros comme un truc pas bien. (alors même que le fait d'être gros n'a normalement aucun lien de causalité avec le fait d'être un connard)
    - en le présentant comme cliché, et sans remettre en question ce cliché (surtout par rapport au physique) il le renforce et donc empêche d'en sortir. (c'est pas un sophisme chelou, c'est juste que plus on renforcera le cliché, plus il sera compliqué d'admettre que untel ou untel est coupable parce qu'il ne correspond pas au cliché).
    Alors oui t'as tout à fait compris ^^
    Et je trouve évidemment ça problématique!
    Alors j'avais pas perçu la dimension de placement du terme "gros", c'est vrai qu’associer à un ensemble négatif il deviens perçu comme tel, même si personnellement je l'entendais plus comme un mot descriptif sans lien avec le côté "moche" ou connard, comme je l'ai dis dans un autre com pour moi c'était vraiment histoire de se faire une image mentale du personnage, mais j'avoue ne pas y avoir penser avec ce principe d'association, c'est vrai que le placement du mot était pas forcement adéquat :hesite:
    Pour le coup là je suis moins d'accord, quand on dénonce un cas je considère qu'on a pas à évoquer plus que le cas en question, peut importe si d'autres situations existes, là on parle d'un sujet et on s'y tiens, je comprends personnellement qu'on ne veuille pas s'étaler, on a pas à porter tout les combats, et combattre c'est déjà bien!
    Par contre oui j'entends bien que du coup, autant pas mettre en avant le cliché si on ne compte pas le déconstruire, mais la je me pose vraiment la question: est ce qu'on peux utiliser un cliché sans le déconstruire si on a pour but de lutter contre l'existence de ce cliché?
    Oula je sais pas si je l'ai bien formulée, mais c'est mon interrogation, je ne pourrais pas répondre avec certitude à cette question.
    Mais tu m'as donné à réfléchir, merci :cretin:

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