J’ai 20 ans et je me suis fait refaire les seins — Témoignage

Tomoe vient de se faire refaire les seins. Et elle en a ras la prothèse d'être qualifiée de fille superficielle !

J’ai 20 ans et je me suis fait refaire les seins — Témoignage

Publié initialement le 23 juillet 2014

Alors voilà, j’ai 20 ans et j’ai les seins refaits.

Crac. Ça y est, la machine infernale se met en route. J’entends tous les mécanismes qui s’emboîtent et la manivelle qui tourne. Les préjugés défilent sur le tapis roulant, les leviers s’abaissent et remontent, de la fumée s’élève, un Chaplin traîne dans les rouages et voilà le résultat qui arrive, tout chaud, prêt à être emporté, plus rapide à fabriquer qu’un Big Mac et sûrement moins bon à déguster :

« Cette fille est tellement superficielle ! »

Parce qu’en fait c’est dingue à quel point la simple phrase « je me fais refaire les seins » peut mettre en route la machinerie à préjugés dans les caboches des gens. Et je dis « machine », parce que le résultat est toujours aussi mathématique que l’acier froid. Pas beaucoup de temps de délibération avec soi-même, pas besoin de beaucoup d’informations non plus d’ailleurs… Le jury se retire quelques secondes à peine pour établir son verdict, parce que de toute façon le crime de l’accusé est simple :

  • Chirurgie esthétique : il y en a déjà pour 20 ans de réclusion criminelle.
  • La poitrine : condamnation à mort au bas mot, et si on pouvait, on demanderait presque à ce que ce soit dans les pires souffrances possibles (du style « vous êtes condamnée à être étouffée sous un gros coussin IKEA » ou « vous êtes condamnée à avaler votre bouteille de dissolvant »).

Tribunal, une série de TF1

Alors si on me permet la question, à moi, grande criminelle du vingt-et-unième siècle : C’EST QUOI CE BORDEL ?

Et je vais vous dire, je ne vous en veux même pas personnellement à vous, celles et ceux qui avez lu cette première phrase et qui vous êtes sûrement dit la même chose que tout le monde, parce que si vous voulez savoir, il y a pas longtemps moi aussi je pensais comme ça :

Une copine : « Hé tu savais que Bidule (une ancienne amie du collège) s’est fait refaire le nez ? »
Moi : « Pff mais pourquoi elle a fait ça ? Trop stupide comme truc. Il était bien son nez, ça faisait son originalité en plus. »

Si vous aussi vous vous retrouvez dans cet échange mimético-réalistico-véridique, frappez dans vos mains ! Et surtout continuez de lire, parce que vous ne penserez peut-être plus comme ça à la fin de cet article…

Mes petits seins et moi

Laissez-moi vous expliquer un peu plus les choses. Et d’abord, me présenter un peu (parce que quand même avant de parler boobs on va peut-être apprendre à se connaître, c’est le minimum).

Moi, j’ai toujours eu de petits seins. Enfin non, d’abord je n’ai pas eu de seins. Pendant longtemps. Je n’ai pas eu de seins pendant quasiment tout mon collège (oui oui, ce même collège où j’ai rencontré Bidule, je vois qu’on suit ça fait plaisir), et vers la troisième tout s’est un peu précipité. Y a un coursier chargé de la puberté qui avait dû s’arrêter prendre un café et laisser passer l’heure comme un con (en mode la fable du coursier et de la tortue, vous avez compris). Donc le mec est arrivé, il a mis la pression à tout le monde, et en quelques semaines, bim les règles, bim les boutons et rebim les seins.

Enfin, je dis rebim les seins mais j’ai surtout eu mal pendant plusieurs nuits pour qu’à la surface se forment deux espèces de petits monticules étranges, un peu informes, sans foi ni loi, qui s’agitaient presque au gré du vent.

Il y a eu beaucoup de premières fois cette année-là, de la première épilation au premier tampon en passant par le premier achat du soutien-gorge, bref : les nombreuses réjouissances de la vie d’une jeune fille au moment de sa puberté. Jusqu’ici vous me direz, rien de très particulier — vous avez peut être même envie de me dire « RTL » ou « Staaaaive », mais continuez donc de lire, jeunes malappris-es.

Au lycée, j’étais l’une des filles ayant le moins de poitrine. J’étais dans un lycée bobo camouflé, c’est-à-dire que si les gens avaient de l’argent et venaient de familles plutôt aisées, en surface on aurait franchement dit que personne n’avait une thune. J’exagère un peu le truc, je pousse le bouchon Maurice, mais c’est pour que vous compreniez mieux le plantage de décors que j’essaie d’établir.

C’est surtout pour vous dire que, comme vous vous l’imaginez peut être, dans cet univers-là il faisait bon être militante. Et à défaut d’être très douée en politique intérieure, je me suis revendiquée défenseuse de la liberté d’expression et surtout, surtout, des droits des femmes. Bref, des trucs assez difficilement critiquables — et puis je me disais qu’étant moi-même une fille, j’avais déjà fait la moitié du job.

Apparemment j’avais bien capté le truc puisque ça marchait plutôt bien, et j’ai très vite senti qu’avoir des petits seins, c’était un truc que je devais mettre en avant en tant que pseudo féministe. Et c’est ce que j’ai fait pendant un bon moment, à base de « Les petits seins, y a que ça de vrai ! », « Les petits seins laissent plus de place au reste », « Regarde-moi dans les yeux, y a rien d’autre à voir ! » et autres petites phrases rigolotes (ou pas) que je sortais très souvent et très facilement.

Je vais être honnête avec vous : à ce moment-là de ma vie,  je « vivais avec » mes seins plus qu’autre chose. Je ne les adorais pas — c’était pas la partie de mon corps que je trouvais la plus glamour (j’ai toujours préféré mes lobes d’oreilles) — mais ils ne me complexaient pas pour autant. En plus je trouvais beaucoup d’avantages à leur format d’œufs au plat :

  • Question style : on peut tout porter, même le décolleté du nombril ! Ça fait jamais vulgaire, ça donne juste un côté Kate Moss.
  • Question sport : on n’a jamais de souci en acrosport, en athlétisme, en escalade, en lutte, en judo…
  • Question drague : quand un mec t’aborde, tu peux être sûre que ce n’est pas pour ta poitrine (et en boîte, de loin, avec la foule et dans le noir, il a encore moins de chance de l’avoir vue).
  • Question sexe : il n’y a aucune position imaginable et réalisable sur Terre qui va faire blobloter les petits seins, qui restent fermes.

Jennifer Garner est l'héroïne de la série Alias

Les petits seins, accessoire indispensable de l’espionne.

Bref, la vie était plutôt chouette en 90A, il n’y avait pas de problème à l’horizon.

Une envie progressive

Mais après le bac, progressivement, j’ai eu envie d’autre chose. Je commençais doucement à baver sur les silhouettes pulpeuses de personnes que je croisais dans la rue, et je trouvais ça trop beau. Je ne disais rien parce que bon… quand on a passé plus de trois ans de sa vie à crier haut et fort que « Les miniboobs vaincront ! », on se sent relativement bête d’être subitement en pamoison devant un 95C. Autocensure, quand tu nous tiens !

Et puis à un moment, j’ai eu LE déclic. Je vais vous en épargner les détails car c’est le genre de moments sur lequel on est le/la seul-e à pouvoir s’extasier, et les autres n’en captent pas toujours toute la profondeur…

« Il y avait dans l’air une odeur de macaron, un souffle sucré, une gourmandise aérienne qui invitait à la volupté… C’était magique. Un mélange de pâtisserie et de nostalgie ou de regret. Bref un truc dans ce genre, tu vois ce que je veux dire ? »

« Mmmmmmh, oui je vois, je vois. »

Donc voilà pour la faire court, j’étais en vacances avec mon dulciné, à base de plage, de bouffes, de fiesta, de grasse mat et surtout de discussions. Un jour, on est passés devant une pharmacie qui indiquait : « REMISE 50% SUR LES PROTHÈSES MAMMAIRES ». J’ai rigolé et je lui ai dit :

— Tu sais que ça m’est déjà arrivé d’y penser ?
— À quoi ? Te faire opérer ? »
— Ouais, c’est dingue hein ?
— Bah non, si t’as envie fais-le. Enfin c’est toi qui vois quoi.
— …

Vous entendez ce vide intersidéral ? C’est le bruit du big bang qui venait de se produire en moi-même.

PUTAIN. PUTAIN. PUTAIN.

Mais en fait oui, je vais vous dire un truc qu’on venait de m’apprendre : C’EST MOI QUI VOIS. C’est pas génial ça comme concept ? Presque révolutionnaire le truc. Et voilà comment à 20 ans, moi, j’ai découvert une idée toute nouvelle : ma liberté. Ce petit truc qu’on tient au creux de sa main et dont on fait ce qu’on veut.

Et c’est comme ça qu’est venue la décision ferme et irrévocable, l’ultime bafouille Jean-Pierre, de me faire opérer des mamelles (vous remarquerez l’étendue de mon vocabulaire pour désigner mes seins : j’ai peur que vous vous ennuyiez au bout d’un moment donc je varie).

Et c’est à partir de là qu’a commencé une partie de ma vie qui m’a rendue relativement dingue et m’a fait prendre conscience de pas mal de choses quant au regard porté sur le corps — et particulièrement sur le corps féminin.

Pour avancer dans ma démarche, j’ai décidé d’en parler à plusieurs personnes de mon entourage proche. Je me disais bien qu’il y aurait peut-être quelques réticences, mais en fait je voulais surtout m’assurer que quand je serais chez moi en convalescence, il y aurait des gens pour me tapoter gentiment la main et me dire « Ça va aller » — parce que je savais bien que ça n’allait pas être une mince affaire tout ce bordel…

L’incompréhension générale

Quelques réticences, c’est une chose. Mais ce que j’ai rencontré, ce ne sont pas quelques réticences… C’est un raz de marée de préjugés, de tabous et de blocages implicites sur la question de la chirurgie esthétique et des seins.

D’abord, j’ai eu le :

« Mais ça te complexe ? »

Parce que oui, on considère la chirurgie esthétique comme nécessaire et légitime dans le SEUL et UNIQUE cas où on est mortellement complexé-e par une partie de son corps, au point de ne plus pouvoir dormir ou avoir une vie normale. Donc à moins de ne s’habiller que dans des grands draps depuis dix ans, à moins d’avoir pensé à se retirer dans un couvent de religieuses loin des regards, à moins de ne pouvoir aller à la plage qu’en poncho, on ne peut pas toucher à son corps.

Mais non, en ce qui me concerne tout allait bien. Je n’étais pas complexée outre mesure par mes seins, je les trouvais juste pas « très jolis » et j’avais envie de les changer. Mais j’allais à la piscine une fois par semaine, et à la plage tous les ans, sans avoir de réactions dermatologiques dues à mon angoisse ou autre.

C’est vrai que la chirurgie esthétique intervient dans certains cas avec des raisons médicales graves, sérieuses et parfois même vitales, mais fondamentalement, la chirurgie esthétique est une pratique médicale d’agrément (comprendre un truc pas NÉCESSAIRE). C’est donc normal d’avoir recours à la chirurgie esthétique pour des choses futiles : c’est sa fonction même.

Parlons du tatouage, qui s’est largement démocratisé ces dernières années : est-ce que c’est nécessaire et vital de recouvrir son bras d’une grosse carpe japonaise rouge et bleue ? Non, pas vraiment. Mais alors pourquoi certains le font ? Parce qu’ils en ont envie, parce qu’ils trouvent ça joli, parce que leur corps leur plaira mieux comme ça et leur correspondra davantage.

Si ces raisons-là ne vous suffisent pas, alors peut-être qu’il faudrait questionner l’intégralité de vos actions quotidiennes : pourquoi vous mettez une robe ? Pourquoi vous vous maquillez ? Pourquoi vous allez chez le coiffeur ? À une autre échelle, il s’agit du même principe : vous aimez vous sentir joli-e (oui parce que ça marche aussi avec les garçons) !

On m’a aussi demandé :

« Tu préfères pas t’accepter comme tu es ? »

Ah bah non tiens. C’est vrai qu’entre claquer 4000 balles, m’offrir deux cicatrices à vie, un petit séjour à l’hosto et tous les risques liés à une opération, et juste faire un travail sur moi-même, le choix est évident. Non mais sérieusement, tu m’as prise pour un bonobo ou quoi ?

Si j’envisage tout le bordel que représente une opération avec sérieux, c’est que j’ai vraiment envie de changer cette partie-là de mon corps. Entre le complexe à mort et l’acceptation totale de soi, y a un entre-deux, non ?

Défendre son identité

Dans la liste des questions qu’on a opposées à mon envie vient maintenant :

« Donc tu veux ressembler aux bimbos des magazines ? »

Ça y est, tu m’as cernée, voilà. Puisqu’on en est au moment des confidences (ca va quand même vite entre nous), je vais te dire : j’ai des posters de Nabilla au-dessus de mon lit et le soir pour m’endormir je remplis mon soutien-gorge de deux melons. Je sais c’est bizarre, mais ça m’apaise.

Non, je ne veux pas ressembler aux bimbos des magazines mais… QUAND BIEN MÊME je le voudrais ? Tout le monde parle des « canons de beauté » qu’on nous impose, qui font souffrir les femmes… Et on va pas déconner, je suis d’accord : certains trucs sont assez aberrants dans le monde de la publicité, et beaucoup de femmes souffrent d’anorexie ou de complexes monstrueux à cause des images omniprésentes de la « femme parfaite », et c’est super révoltant.

Toi, là qui m’a sorti cette énormité, je vais t’apprendre un truc : en ce qui concerne les seins, que tu veuilles le croire ou non, plusieurs « canons » existent. Tu apprendras pour que les mannequins peuvent à la fois être sans poitrine du tout (c’est ce qu’on demande par exemple à celles qui défilent à Milan), avoir une poitrine moyenne (c’est le cas des modèles pour les magazines de fringues), voire une énorme poitrine (c’est souvent le cas des modèles de trucs un peu plus érotiques).

Donc avant de poser ce genre de questions stupides, précise-moi donc : à quel magazine tu penses ?

« Mais tu sais que tu risques de devenir accro, et d’enchaîner les opérations après ? »

C’est bien connu, une des grandes capacités de la chirurgie esthétique est bien entendu (roulements de tambour et maracas)… de t’enlever ton jugement propre. Qu’ils sont cons, les grands tyrans du vingtième siècle ! S’ils avaient su… Au lieu de fusiller tous ces petits résistants qui avaient le malheur de ne pas être d’accord, que ne leur ont-ils refait le nez !

Après des recherches (plus sérieuses que ces « on-dit » stupides) et surtout après discussion avec mon chirurgien, tu apprendras que les patientes des chirurgiens esthétiques ne se font opérer qu’une seule fois pour les trois quarts, deux fois au plus. Il s’agit de changer un ou deux trucs qu’elles n’aiment pas, et puis BASTA.

Si vous aussi vous pensez que le milieu de la chirurgie est un milieu d’accros, c’est parce que vous avez trop regardé Tellement Vrai ! Les énergumènes qui se font refaire tout le corps en entier ne sont qu’une infime partie des personnes qui ont recours à la chirurgie esthétique, mais on entend tellement parler d’eux que ça fait comme les voitures qui crament en banlieue : on a l’impression de plus pouvoir se balader vers Saint-Denis sans qu’un pot d’échappement ne s’enflamme…

« Tu fais ça pour ton mec ? »

Preuve de relents machos profondément inscrits dans la société, cette question est sûrement la pire de toutes. D’abord parce que si vous avez bien lu tout mon article, vous aurez compris que c’est en fait grâce à mon « mec » que j’ai réussi à franchir le cap dans un élan de prise de conscience digne du Cogito, et qu’une telle supposition se reçoit donc presque comme une insulte à son altruisme et à sa bienveillance.

Et puis ensuite parce que ça montre bien un truc : les seins ne sont considérés à priori que comme deux sextoys. « Tu te fais augmenter les seins ? Ah c’est ton copain qui va être content ». Pourquoi en fait ? Parce qu’il pourra enfin réaliser son fantasme de branlette espagnole ? Pauvre chou, depuis le temps qu’il en était privé… La prochaine fois promis, je me fais grossir le clito pour qu’il le trouve plus facilement quand il me fait un cuni !

Le corps de la femme ne s’envisagerait donc qu’à travers les yeux de celui qui la baise ? Excusez ma vulgarité dans cette réponse, jeunes padawans, mais y a un moment où ça va bien, tout le monde va se rhabiller et les hippopotames seront bien gardés. Nonmaisoh.

Enfin, il y a la question :

« T’as pensé aux femmes qui souffrent d’un cancer du sein ? »

Je ne répondrai pas ironiquement à cette question, de peur que mes propos déguisés ne soient pris au sérieux. J’envoie mes pensées les plus sincères aux femmes qui ont souffert ou souffrent actuellement d’un cancer du sein. Elles ont mon soutien, mon admiration et tous mes vœux de rétablissement.

Je crois qu’en parallèle du respect profond que m’inspire la cause de ces femmes, il m’est permis de dire que l’opération que j’envisage pour ma petite personne n’est pas comparable au fléau du cancer.

Ce serait presque comme comparer un fumeur occasionnel de joints à un traitement thérapeutique à base de cannabis. Bien sûr que ces femmes entreprennent la reconstruction mammaire dans un but médical de l’ordre de leur santé, et c’est pour ça qu’elles sont remboursées par la Sécurité Sociale. À l’inverse, moi qui voulais me refaire les seins, je comptais les payer de ma poche. Et c’est bien normal. J’y ai mis le prix et c’est ça qui rend ma démarche légitime. Je n’ai demandé à aucun contribuable de participer à mon opération, qui s’est déroulée dans une clinique privée.

Bref, je suis comme le petit consommateur occasionnel de beuh, qui fume dans son coin, qui paye son pochon super cher et qui roule son truc dans son salon devant Les Zinzins de l’espace. Je ne demande rien à personne, je paye tout moi-même. Et contrairement à la personne avec son joint, je ne me détruis pas la santé !

L’opération en elle-même

Étant donné qu’il n’existe pas de petit tuto YouTube sur « Comment te refaire les seins », je voudrais vous faire part de quelques informations pratiques concernant cette intervention.

Premièrement parce que ça me plaît de jouer au père Castor qui vous raconte son histoire, deuxièmement parce que si vous aussi vous envisagez cette opération c’est chouette de vous filer quelques tuyaux (en mode Pascal le Grand frère t’as vu), et troisièmement parce qu’il faut être curieux-se dans la vie, même si vous ne comptez pas vous faire opérer !

L’augmentation mammaire est une intervention relativement légère (deux heures d’opération au bloc) ; elle laisse deux cicatrices à vie, qui peuvent se situer à différents endroits – c’est votre chirurgien et vous qui vous mettez d’accord, selon vos envies et votre corps. En France, il faut compter entre 3000 et 4000€ en tout.

Attention, Warning, Achtung Bicyclette : moi aussi j’ai eu la tentation de partir au-delà des frontières de France et de Navarre pour me faire opérer (genre en Tunisie ou au Maroc) à des prix défiant toute concurrence, mais pour avoir vécu l’opération, je peux vous assurer que pour rien au monde je n’aurais pris l’avion, même deux semaines après. Le taxi a déjà été une épreuve, alors Easy Jet… très peu pour moi (même si on nous donne des mini-canettes trop mignonnes à bord).

L’opération nécessite donc deux semaines de convalescence pendant lesquelles on ne fait pas trop la maline, genre on regarde La Reine des Neiges avec son bol de Chocapic et c’est déjà pas mal.

La grande question qui reste est évidemment celle de la douleur… Ça fait mal docteur ? C’est sûr qu’une opération n’est jamais aussi agréable qu’un marshmallow dans son chocolat chaud. BON. Mais cela étant dit, la douleur que suscite l’opération des seins peut être totalement prise en charge par les médicaments : on nous donne suffisamment de petites pilules pour qu’on ne souffre pas.

Au début, j’étais shootée et je disais n’importe quoi (ma mère peut encore vous parler de cette histoire de panneau publicitaire dans lequel vivent des gens du Moyen Âge). Et puis après, j’étais juste… fatiguée.

Pour le reste – et si vous voulez approfondir cette question-, je vous laisse aller consulter un médecin et les milliards de forums qui parlent de cette question… en faisant toujours gaffe à ne pas avaler de couleuvres poussées dans les orties (c’est pas ça l’expression ?) !

Des appréciations subjectives

C’est maintenant que je vous sors mon lapin du chapeau, mon petit deus ex machina, le petit cornichon sur le pâté si j’ose dire. Après ma première consultation chez le chirurgien, il s’est avéré que ma poitrine avait une malformation. On appelle ça un sein « tubéreux ». Non, il ne s’agit pas de la tuberculose de Nicole Kidman dans Moulin Rouge, ni des tubercules, charmants petits légumes souterrains.

C’est une malformation qui doit toucher environ une femme sur 300, et qui est très mal connue (d’où le fait qu’on ne me l’ait pas diagnostiquée plus tôt). Le principe concret de cette malformation, pour vous qui ne m’avez jamais vue toute nue, c’est que pour une raison inconnue les seins ne grossissent pas correctement au moment de la puberté (à tous les coups c’est la faute de l’autre connard de coursier qui a pas regardé l’heure) et forment à l’âge adulte une sorte de pyramide, un truc pas du tout rond et avec un téton relativement gros.

Maintenant que vous tentez de rassembler tous vos souvenirs des œuvres de Picasso étudiées en primaire pour vous faire une idée, laissez-moi parfaire le tableau en ajoutant que le petit nom de cette malformation, c’est le sein « pis de vache », parce que… Avez-vous vraiment besoin d’une explication ? Je vous laisse vous arranger avec votre imaginaire : au pire des cas vous pouvez toujours visualiser une licorne, mais ça c’est si vous avez le temps.

Il s’agit d’une malformation de croissance purement esthétique : elle n’a aucune conséquence sur la santé, l’allaitement ou quoi que ce soit. En somme ce n’est qu’un diagnostic médical qui vient dire que mes seins ne correspondent pas aux autres, qu’ils ne sont pas « normaux ». Rien que de l’esthétique, on vous dit.

Et pourtant, vous voulez savoir un truc les copains ? À partir du moment où j’ai su ça, les choses ont changé. Comme après un coup de baguette magique. Parce que dans la tête des gens j’ai changé de case. Je suis passée de la case : « Pauvre meuf superficielle » à « Pauvre meuf malformée », et ça change tout, croyez-moi.

Même vous, derrière vos écrans, il est possible que tout d’un coup vous changiez d’avis sur ma personne. Dans ce cas, je voudrais vous dire un truc : malformation ou non, qu’est-ce que ça change ?

Dans tous les cas, il ne s’agit que d’une question esthétique. Le diagnostic de mon chirurgien ne fait que donner un nouvel avis, qui dit lui aussi, d’une certaine manière (et avec des mots vachement plus funky je vous l’accorde), que ce n’est pas joli.

Mais que je sois seule à le penser ou que la communauté scientifique s’accorde avec moi pour le dire, au fond ça change quoi ? Si ça se trouve, mon chirurgien et tous ses confrères, chez eux ils ont du papier peint vert canard avec des zizis qui dansent la file indienne, et leur idée du « joli » ou plutôt du « normal » est complètement fausse !

Pour moi, c’est simple :

  • La chirurgie esthétique concerne ce qu’une personne trouve joli ou non sur son corps
  • Chacun a son idée du joli (avouez que depuis que vous l’avez lu, vous pensez au papier peint des zizis… y a un brevet à déposer)
  • Le joli n’a pas d’objectivité possible, il part du jugement de chacun (sauf en ce qui concerne la licorne, qui a l’unanimité du genre humain)
  • DONC la chirurgie esthétique part du jugement de chacun.

Vous l’aurez compris, l’apprentissage socratique de cette petite liste c’est (tous ensemble et avec les chœurs s’il vous plaît) : chacun fait (fait)… ce qui lui plaît (plaît) !

Vous avouerez que c’est quand même dingue de devoir repréciser ce genre de trucs, sachant qu’on lit des livres en maternelle qui parlent de ça (en mode « Oui-oui repeint sa voiture en rouge et Potiron préfère le bleu ») !

Ma liberté de pensée

Voici un message que j’adresse à la société dans son ensemble (et donc aussi à vous si vous n’en êtes pas encore convaincu-e-s) : quand il s’agit d’un corps, il n’y a besoin de l’accord que d’une seule personne, et c’est celle qui habite dedans. Pensez-y si un jour quelqu’un vous dit qu’il veut modifier son apparence : ça lui fera du bien de trouver un interlocuteur qui pour une fois répond seulement « D’accord, c’est chouette ! ».

Parce qu’en fait, que vous soyez d’accord ou non, tant que la personne est suffisamment grande pour avoir la responsabilité de son corps, et tant qu’elle est saine d’esprit, vous ne pourrez rien faire face à sa détermination. Donc au lieu de continuer à râler, prenez votre pinceau et aidez Oui-Oui à finir sa peinture rouge, à la fin il vous invitera peut-être même à prendre le thé pour vous remercier !

Et ce n’est pas parce que vous vous ne prendriez pas cette décision que c’est en soi une mauvaise idée. Je pense que certaines personnes devraient arrêter de lire le monde à travers le prisme de leur propre petite existence.

Je sais pas trop si cet article fera mouche, et s’il sera capable de changer un peu certaines manière de voir les choses, mais il retrace un vécu 100% réel (du Tellement vrai sans les caméras, les effets de montage et cette fichue voix off).

Pour conclure : vous vous rappellez de ce que je disais sur mon pseudo-engagement féministe de lycéenne aux petits seins ? Figurez-vous qu’aussi drôle, paradoxal, impossible et licornien que cela puisse paraître, pour véritablement devenir une femme libre et décomplexée, il m’aura fallu deux prothèses d’environ 33cl chacune (comme deux canettes de Coca en somme).

Comme quoi, ça ne tient pas forcément à grand-chose, mais quand même : il fallait franchir le pas. Et depuis qu’il est franchi, croyez-moi, I’m on fire ! Quand je suis debout, que je baisse les yeux et que je ne vois plus mes orteils, ça me semble normal, presque évident, comme si ça avait toujours été là. En bref, c’est la grande joie.

LE POUVOIR DES SEINS !

Je vais vous larguer sur une phrase un peu classouille, il paraît que c’est ce qui se fait quand on écrit un article. Celui-ci ne servait pour moi qu’à expliquer une idée qu’on pourrait résumer ainsi : je ne suis pas née femme mais grâce à ma poitrine je le suis devenue.

Ça aurait pu être le percing au nombril, les cheveux verts ou les poils aux aisselles, mais pour moi c’était ça. Tout tient finalement dans une très belle phrase qui est en quelque sorte le blaze du temple de Delphes : deviens qui tu es. Et à toi qui me lis, je te souhaite aussi de devenir qui tu es, et ce même si ça doit passer par une coloration de tes sourcils aux couleurs du Brésil !

Rideau (poil au dos).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mrs Sulu
    Mrs Sulu, Le 20 juillet 2016 à 20h33

    Je up ce vieil article. Je suis féministe ( mon corps, mon choix) et tant pis pour ceux qui pensent que j'ai envie de me faire opérer pour les autres. Vraiment hein, je m'en fiche comme de mon premier pc. On peut connaître les injonctions au corps féminin et juger qu'on vivrait mieux avec soi-même si on profitait des progrès médicaux parce qu'on ne se trouverait pas bien dans son corps même dans un monde délivré du patriarcat. C'est paternaliste, à mon avis, de dénier le droit à une pensée autonome. Nous vivons dans un système mais nous sommes aussi des individues douées de réflexion. L'un, quand on a analysé les mécanismes, n'empêche pas forcément l'autre.
    Du coup, je pense faire craquer mon livret mais j'ai peur. Le prix de l'opération ( 5000 euro), j'y suis prête. Seulement, j'ai peur que ça foire ( ce n'est pas une majorité de cas mais il suffit d'une fois), j'ai peur de devoir me faire opérer de nouveau un jour et de n'en avoir pas les moyens ou la santé, j'ai peur que les cicatrices s'infectent ou bourgonnent ( ça arrive aussi), des scandales sanitaires ( si j'avais été PIP, je vivrais dans la peur du cancer même en ayant changé de prothèses)..
    Tout ça pour dire que ça ne m'empêche pas de vivre mais j'aimerais bien être aussi tranquille que la madZ maintenant :puppyeyes:

    @Melissa
    Je suis globalement choquée maintenant que je peux lire les réactions aux témoignages. Tu ne veux pas lancer un appel à témoin " j'ai témoigné et des personnes ouvertes m'ont jugée sur le tiers et le quart" ? ( spoiler alert: je trouve en général les réactions à témoignage très dures).

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