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Cinéma

Sous-représentations des réalisatrices, censure : Cannes, ça commence aujourd’hui, ça n’est pas que glamour

Alors que la 75è édition du festival s’apprête à donner son coup d’envoi, nous on a déjà un goût amer dans la bouche.

Ah, Cannes. Sa Croisette, son tapis rouge, ses robes griffées, ses éloges au cinéma. C’est beau. Ça fait rêver.

Malheureusement sous le vernis glamour de l’événement cinéma le plus important au monde, réside, envers et contre tout, le sexisme.

En effet, cette année encore, les femmes réalisatrices sont sous-représentées…

Cannes 2022 : trop peu de femmes réalisatrices

Agathe Rousselle
Agathe Rousselle dans le film Titane, Palme d’Or 2021

Les femmes réalisatrices sont très peu, historiquement, à fouler le fameux tapis rouge. En tout et pour tout, d’ailleurs, seules deux femmes ont reçu la consécration ultime du festival de Cannes : la Palme d’or.

La première, c’était Jane Campion, en 1993, pour son splendide La Leçon de piano (aujourd’hui considéré problématique par beaucoup de féministes). Il aura ensuite fallut attendre 28 ans pour qu’une réalisatrice remporte de nouveau la Palme d’Or cannoise, en la personne de Julia Ducournau (pour son film Titane).

Les académies régissant les grandes compétitions internationales étant peuplées de vieux croulants bien décidés à rester entre eux, le cercle des femmes couronnées pour leur travail de réalisatrice a donc longtemps été très fermé. Et continue à l’être.

En effet, cette année, la 75è édition du festival de Cannes a résolument boudé ses réalisatrices. Sur les 18 films sélectionnés, seuls 3 ont été réalisés par des femmes : Les Amandiers de Valeria Bruni-Tedeschi, Showing up de Kelly Reichardt et Stars at Noon de Claire Denis. Rien de nouveau sous le soleil, donc. Et c’est bien ça qui est un peu désespérant.

Pour le reste des films, on notera la présence éternelle des frères Dardenne, Arnaud Desplechin ou encore Kore-eda, dont la montée des marches est décidément légion.

Tristement ironique quand on sait que ce sont précisément les femmes qui ont été les pionnières de Hollywood dans les années 1910, comme l’explique Julia Kuperberg, réalisatrice de Et la femme créa Hollywood, dans une interview donnée à Télérama :

« Nous avons alors découvert que Hollywood a été construit en grande partie par les femmes. Dans les années 1910 et 1920, elles étaient monteuses, productrices, réalisatrices, scénaristes et même, pour certaines, patronnes de studio ! À l’époque, ces femmes étaient extrêmement puissantes. »

Entre temps, le patriarcat est passé par là, et s’est empressé de tirer la couverture à lui. Mais c’était sans compter sur les mouvements féministes — notamment après #MeToo, né dans le milieu du cinéma — qui, à force de pédagogie, de révoltes et d’entraide, ont su éveiller les consciences et faire bouger les lignes.

Cannes 2022 : l’embarrassant imbroglio de Thierry Frémaux pour Deadline

Par ailleurs, il existe cette année un nouveau caillou dans la chaussure de l’image progressiste qu’essaie de se donner le festival. En effet, Deadline a révélé que le festival aurait essayé de censurer l’une de ses interviews.

Deadline est un magazine américain spécialisé dans le divertissement. Cinéma, télévision, rien n’échappe au radar de ses journalistes, qui sont de tous les festivals.

Ainsi, Deadline a pu s’entretenir, en amont de Cannes 2022, avec son directeur général : Thierry Frémaux. Le magazine a expliqué dans un article sur son site, dans un souci de transparence absolue avec son lectorat, que le festival avait censuré son interview :

Après avoir promis de ne faire aucune modification, des réponses sensibles de Frémaux sur la diversité et sur les réalisateurs controversés ont été enlevés.

Et de poursuivre, à propos d’un potentiel accueille de Polanski au festival, dans l’avenir :

Frémaux a estimé que notre question était très intéressante et a donné une réponse nuancée, approfondie mais aussi potentiellement problématique, dans laquelle il a souligné que les lois en France n’ont pas changé depuis que Polanski a remporté la Palme d’Or, sous-entendant qu’il n’y aurait pas de problème éthique à accueillir le metteur en scène.

Celui qui a déclaré : « Le fait que Cannes ne fasse aucun compromis avec le politiquement correct est un trésor à chérir » n’a donc pas hésité à ne pas exclure un potentiel retour d’un prédateur sexuel notoire, marchant ainsi allègrement sur les victimes de ce dernier au nom de la sacrosainte différenciation entre l’homme et l’artiste.

Bref, si le festival de Cannes nous fait bien des courbettes pour qu’on l’adule encore et toujours, il s’agirait pour lui de vraiment mettre un coup de pied dans la fourmilière.

À lire aussi : Après 10 ans, Diam’s est de retour… au festival de Cannes, pour un documentaire

Crédit photo à la Une : affiche de la 75è édition du festival de Cannes


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