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Un homme en session de psy
Psychologie

« Soigner » les incels par la thérapie ? C’est l’idée des créateurs de ce guide

Tueries, menaces, harcèlement… La communauté incel a pris une ampleur telle qu’elle attire l’attention des professionnels de la santé mentale qui y voient une occasion de comprendre et de traiter ces « célibataires involontaires. »

Les incels, ce sont (majoritairement) des hommes qui estiment être condamnés à rester célibataires. On les appelle aussi les « célibataires involontaires » (involuntary celibates en anglais).

Ils se sont créé toute une communauté sur Internet, notamment sur des forums, où beaucoup discutent avec véhémence du fait que leur impossibilité à fréquenter des femmes « fait d’eux des victimes et des opprimés ».

Le truc, c’est que ces discussions prennent parfois un tournant plus radical, et plus dangereux lorsque ces hommes choisissent la violence.

Pour les professionnels de la santé mentale, qui alertent sur le danger de la montée de cette communauté, il faut à tout prix réussir à comprendre ce que ces hommes ont dans la tête.

C’est notamment le cas de Brian Van Brunt et Chris Taylor qui ont récemment sorti le guide Comprendre et traiter les incels : études de cas, conseils et traitement du risque de violence dans la communauté des célibataires involontaires, qui présente un aperçu des facteurs pouvant pousser les incels vers l’extrémisme violent.

Est-ce que ça suffira ?

Les attaques se multiplient. Si bien que les experts comme les militants s’écharpent sur le fait de qualifier ou non ces actes de terrorisme.

Un vrai fléau qui fait froid dans le dos

Les incels, ce ne sont pas justes deux-trois frustrés qui parlent de leur frustration à ne pas réussir à ken sur d’obscurs forums.

Des données récentes ont montré que le nombre de visites sur les plateformes incels a été multiplié par « près de six en neuf mois ». En moins d’un an, le trafic sur les trois plus gros sites incels est passé de 114 420 visites par mois à plus de 600 000…

Et quand on sait jusqu’où peut mener cette « idéologie » violente et masculiniste, c’est très inquiétant.

À l’été 2021, Jake Davison, un incel qui discutait régulièrement de sa souffrance d’être encore vierge sur Unternet, a abattu plusieurs personnes lors de ce que l’on appelle aujourd’hui la fusillade de Plymouth survenue au Royaume-Uni. D’après Slate, tous les signes de sa radicalisation étaient là :

« [Il] se serait décrit comme “blackpilled”, soit, dans le jargon de la communauté, celui qui aurait pris la pilule noire. Cette expression détourne un concept propre au film Matrix.

La version de la pilule noire est plus nihiliste. Elle est convoquée par certains individus incels depuis 2016 pour signifier qu’ils ont perdu tout espoir d’entrer dans une relation amoureuse ou physique, qu’ils ont adhéré à une forme de fatalisme, de cynisme et qu’ils sont éventuellement prêts à recourir à la violence (contre eux-mêmes ou d’autres). »

C’était aussi le cas d’Elliot Rodger, qui, avant de poignarder et d’abattre six victimes à Isla Vista aux États-Unis, avait publié une vidéo YouTube expliquait vouloir « massacrer » les femmes qui l’ont (soi-disant) fait se sentir indésirable.

Un crime qui a marqué un tournant dans la connaissance des incels par le grand public : « Je dirais que les incels sont passés d’une préoccupation de niche à un phénomène plus en première page en 2014, avec les meurtres d’Isla Vista », expliquait Van Brune à MEL Magazine.

Bref, les attaques se multiplient. Si bien que les experts comme les militants s’écharpent sur le fait de qualifier ou non ces actes de terrorisme. On se demande si un tel débat aurait lieu si les tueurs n’étaient pas blancs, ne vivaient pas dans des pays riches, mais passons…

La thérapie, le vrai remède ?

Le tueur d’Isla Vista avait beau suivre une thérapie pour des problèmes de santé mentale, aucun psy n’a su détecter les signes de sa radicalisation. Et c’est bien ça le problème.

Devant la montée d’attaques et de forums incels, les spécialistes cogitent pour trouver une solution préventive plutôt que répressive. Le bon vieux « il vaut mieux prévenir que guérir ».

Homme en consultation chez une psy

La trouvaille des deux chercheurs en santé mentale Brian Van Brunt et Chris Taylor ? Un guide qui regroupe une dizaine d’études de cas et qui servirait de manuel pour les thérapeutes. Le but étant de leur enseigner les grandes lignes du phénomène et de leur donner quelques clés avant qu’il ne soit trop tard et que ces hommes passent à l’acte.`

Pour construire leur guide et décrypter la mentalité des incels, les deux chercheurs ont épluché les forums. Leur conclusion ? « Au cœur des frustrations de l’incel, se trouve la conviction qu’il vaut moins que tous ceux qui l’entourent et qu’il n’a pas de valeur. » Un constat qui ferait presque de la peine si le chagrin d’une poignée d’entre eux n’engendrait pas la mort de dizaines de femmes dans le monde !

Dans ce guide un peu particulier, les auteurs tentent d’aider les pros de la santé mentale à aider les incels à remettre en question leur faible estime d’eux-mêmes à travers la thérapie comportementale et cognitive (TCC).

Van Brunt va même plus loin en insistant sur le fait que déchiffrer l’esprit de ces hommes ne suffit pas, et qu’il faudrait aussi que tout le monde se sensibilise à la dangerosité de cette idéologie dès les bancs de l’école !

Le bouquin propose aussi des solutions pour « recadrer leurs pensées de manière plus constructive et réaliste. » :

« L’intolérance est un spectre, et à l’extrémité de celui-ci, nous voyons des personnes qui se dirigent vers des attaques dangereuses. Mais à l’autre extrémité du spectre, il s’agit simplement d’une idéologie.

Avec ce livre, nous nous demandons donc : comment quelqu’un peut-il passer d’une croyance étrange ou préoccupante à une radicalisation vers la violence ? »

Même si cette initiative ne suffira pas à elle seule à endiguer les dangers de l’idéologie incel, elle a le mérite d’exister. Encore faut-ils que ces hommes aient la possibilité, et fassent la démarche, de consulter un ou une thérapeute…

À lire aussi : Faut-il considérer les incels comme de potentiels terroristes ?

Crédits photos : Alex Green et cottonbro (Pexels)

Les Commentaires
18

Avatar de Nergui
9 janvier 2022 à 20h10
Nergui
La solution alors, c'est un psy déguisé en expert coach séduction.
Les coachs en séduction et autres pick-up artists ne sont-ils pas catalogués comme des Chad, donc directement catalogués comme inécoutables ?
0
Voir les 18 commentaires

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