J’ai survécu à la pire année de ma vie : la fin, et quelques mots d’amour

La série de témoignages « La pire année de ma vie » s'achève. Voici comment cette madmoiZelle a survécu à plusieurs mois d'enfer.

J’ai survécu à la pire année de ma vie : la fin, et quelques mots d’amour@badass.blue

Journal de la pire année de ma vie

Bienvenue dans le Journal de la pire année de ma vie, le récit d’une madmoiZelle qui se replonge dans les mois cauchemardesques qu’elle a vécus.

Drames, violences, ruptures et harcèlement, des évènements qui se sont enchaînés jusqu’à l’attirer au fond du gouffre… avant qu’elle ne s’en relève, encore plus forte et épanouie qu’avant.

C’est une histoire douloureuse, mais elle finit bien, puisque cette jeune femme est encore là pour la raconter. En voici le septième et dernier épisode.

Voilà plusieurs semaines que j’ai été admise à la clinique, et si les premiers temps ont été (très) durs, j’ai fini par m’y sentir vraiment bien.

Je prends enfin le temps de m’écouter, de me focaliser sur moi et sur mon bien-être. Je reprends du poids, retrouve l’appétit, recommence à rire, d’abord difficilement puis de façon très naturelle.

Le chemin est long et douloureux mais je comprendrai plus tard que les semaines passées là-bas m’ont véritablement sauvé la vie.

Doucement mais sûrement, je panse les plaies de ces derniers mois. Je soigne aussi les blessures que je porte en moi depuis trop longtemps sans jamais m’être autorisée à les regarder.

Être enfin vulnérable m’a sauvée, m’a rendue plus forte que jamais.

Mon temps à la clinique psy, vu par mes proches

Je reçois beaucoup de visites, je me sens particulièrement entourée.

En plus de m’aider moi, j’ai l’impression que mon séjour à la clinique permettra aussi à mon entourage de réaliser beaucoup de choses.

D’abord, de comprendre mon comportement depuis l’accident de Thomas et tous les mécanismes de défense que j’avais mis en place, de réaliser pourquoi je n’avais pas réussi à parler de mon mal-être plus tôt, pourquoi j’ai repoussé tout le monde, pourquoi je me suis comportée ainsi avec Félix et Thomas.

Ensuite mon séjour leur fera comprendre ce qu’est la dépression et l’importance de prendre soin de sa santé mentale.

Ce temps de réclusion me permettra aussi d’effectuer un tri dans mes relations, ce qui me fera le plus grand bien pour la suite.

Mon hospitalisation mènera d’ailleurs une de mes amies à prendre la décision de se faire suivre aussi : elle s’est fait admettre dans la même clinique que moi quelques mois plus tard, pour soigner des maux qu’elle portait en elle comme une fatalité.

Avoir pu l’aider à prendre cette décision compte encore aujourd’hui énormément pour moi.

Et avec Félix ?

Félix vient me voir deux fois à la clinique.

La deuxième fois, alors que nous discutons longuement, il finit par me dire qu’il a beaucoup réfléchi et qu’il est venu me dire au revoir.

Il me dit qu’il n’a aucune rancœur envers moi et qu’il ne faut pas que j’en ai non plus.

Il faut que tu te reconstruise toute seule, que tu apprennes à être bien toute seule. Je t’aime et pour cela il faut qu’on se dise au revoir.

Et si c’est moi qui te le dis, si c’est moi qui prends cette décision, alors tu pourras être en paix car tu n’auras pas à porter le poids de la culpabilité de me faire du mal à nouveau.

Notre échange est particulièrement doux et apaisant. Il me dit qu’il m’aime, que je suis une personne géniale et que je suis très courageuse. Il est fier de moi.

Nous ne nous remettrons plus jamais ensemble mais nous garderons beaucoup d’affection l’un pour l’autre, échangeant de temps en temps de nos nouvelles, gardant une relation profondément bienveillante.

Et avec Thomas ?

Thomas viendra aussi me voir à la clinique et insistera pour être à mes côtés le plus souvent possible.

Je ne parlerai de ses visites ni à mes parents, ni à mes amis, ni à mes docteurs dans un premier temps.

Nos échanges seront beaucoup moins sains que ceux avec Félix…

Moins sains car je le laisserai venir me voir et j’y prendrai même du plaisir, me convainquant qu’il a changé, refusant toujours de le perdre.

Beaucoup moins sains car il continuera pourtant de me faire beaucoup de chantage affectif et d’essayer de me convaincre que je suis responsable de son comportement juste avant mon hospitalisation.

Toujours de façon subtile bien sûr… mais j’ai aujourd’hui le recul nécessaire pour m’en rendre compte.

J’essayerai de l’encourager à se faire aider aussi, pour soigner ses blessures à lui. Après tout, je sais que son comportement découle d’un profond mal-être.

Mais il refusera tout net, m’assurant que lui « n’est pas taré et n’a pas besoin de parler à qui que ce soit ».

Je mettrai beaucoup trop de temps à couper les ponts complètement avec Thomas.

Je mettrai déjà du temps à en avoir envie, entravée par ce désir de le « protéger » de lui-même surtout en permanence.

Même lors que le désir de ne plus le voir pointera le bout de son nez, je n’en ferai rien dans l’immédiat, terrifiée à l’idée qu’il ne dérape de nouveau.

Cependant, grâce à mon suivi clinique et au soutien de mes proches, je finirai par réussir à me détacher de l’emprise toxique et néfaste de Thomas.

À l’heure où j’écris ces mots, je n’ai plus aucun contact avec lui, je n’en aurai plus jamais.

Je sais qu’il n’a toujours pas changé d’avis et ne veut pas se faire aider mais j’arrive à accepter aujourd’hui que cette décision lui appartient.

Je sors de la clinique psychiatrique

Au bout de dix semaines passées à la clinique, je signe enfin les papiers pour rentrer chez moi.

Ma sortie a lieu plus tôt que prévu, je ne suis pas sûre de me sentir prête. J’ai très peur de sombrer de nouveau en quittant le cocon sûr et douillet que je me suis construit ici.

Mais mon départ pour mon année à l’étranger est censé avoir lieu dans quelques semaines à peine et il me faut le préparer… ou renoncer à ce projet.

Mes parents et mes médecins ne sont pas très emballés à l’idée de m’envoyer loin, seule, dans un autre pays que je ne connais pas, mais je parviens à les convaincre : je sais que c’est ce qu’il me faut pour parfaire mon travail.

Un nouveau départ.

Le retour à la vie « normale »

Revenir à la vie normale après un séjour aussi long coupée du monde n’est pas évident, c’est un peu effrayant, mais finalement tout se passe bien.

Je suis toujours suivie, j’ai des rendez-vous ponctuels avec ma psychiatre de la clinique avant mon départ pour faire le point.

Je sais que je peux contacter mes médecins à n’importe quel moment si je le souhaite, mais je ne ressens plus vraiment le besoin d’être aussi encadrée.

Quelques temps après être rentrée chez moi, je me rends chez un tatoueur avec qui j’ai pris rendez-vous quand j’étais encore à la clinique.

Je me fais inscrire dans la peau un de mes dessins, qui représente à mes yeux la nouvelle personne que je suis devenue : forte, confiante, résiliante, heureuse et invincible.

Deux jours plus tard, je me rends à l’aéroport avec mon père pour partir en direction de ce qui sera la meilleure année de ma vie.

Et aujourd’hui ?

Voilà aujourd’hui 2 ans que je suis sortie de la clinique (le 4 juillet 2018).

Je ne suis plus suivie par aucun psy, je n’en ressens pas le besoin.

Je travaille en revanche de façon hebdomadaire avec une thérapeute/coach de vie depuis plusieurs mois ; elle m’aide à parfaire tout le travaille que j’ai fait à la clinique.

Je me sens guérie.

J’ai parfois tendance à évoquer cette partie de ma vie comme si les événements étaient arrivés à quelqu’un d’autre. Avec l’impression de raconter une histoire fictive, celle d’un personnage inventé.

Pourtant il s’agit bien de mon histoire à moi, celle qui m’a menée à être la personne que je suis aujourd’hui.

Et si j’arrive aussi bien à me détacher émotionnellement de ce qu’il s’est passé, c’est parce que je sais que tout cela appartient, justement, au passé.

Pourtant, je fréquente toujours les mêmes amis qu’à l’époque. Il m’arrive de repasser devant mon ancienne école, le bar où Thomas m’a embrassée, celui de la soirée de Noël, le poste de police de la nuit de l’accident, l’hôpital des urgences psychiatriques, la rue de ma clinique…

Les souvenirs sont très vifs mais ne me font plus mal.

Quand je repense à la pire année de ma vie

Quand je repense à toute cela, je me dis parfois que j’aurais dû agir différemment.

Mais je me souviens ensuite que j’ai fait de mon mieux, du haut de mes 19 et 20 ans. J’ai décidé d’arrêter de m’en vouloir.

Je ne peux pas changer ce qu’il s’est passé mais je peux apprendre à composer avec.

Aujourd’hui, je m’écoute : j’ai appris à le faire et je prends le temps de le faire.

Je n’hésite plus à me confier aux personnes en lesquelles j’ai confiance quand ça ne va pas. Les vrais amis sont là pour écouter, épauler, aider.

Et si je sens que ce n’est pas le cas, que je me sens jugée, je prends désormais mes distances. Je me protège.

Lorsque je repense à mon séjour à la clinique, je n’en garde que du positif.

Je chéris ce temps de reconstruction rien qu’à moi, qui m’a permis d’être aussi forte aujourd’hui.

Car aujourd’hui, je vais bien. Je n’ai jamais été autant en paix avec moi-même.

Et quand je regarde d’où je reviens, je suis très fière du chemin parcouru et de celle que je suis devenue.

Pourquoi j’ai raconté cette histoire sur madmoiZelle

J’ai fait le choix de raconter mon histoire sur madmoiZelle pour plusieurs raisons.

D’abord parce qu’en apportant mon témoignage de jeune femme qui a traversé une très sombre période, une lourde dépression et qui s’en est sortie, plus forte et plus épanouie que jamais, j’ai voulu prouver que… c’était possible.

Je sais à quel point, quand on est coincée dans le tunnel de la dépression, on a tendance à penser que ça n’ira jamais mieux, mais c’est faux. J’en suis la preuve vivante.

Et je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie qu’après ma descente aux enfers.

Je ne me suis plus jamais sentie déprimée, je n’ai plus jamais eu envie de me faire mal après ce moment-là.

La dépression n’est pas une fin en soi. Il s’agit d’une maladie et heureusement d’une maladie qui se soigne.

J’ai l’impression que les témoignages de dépression commencent à se démocratiser, mais la parole de « l’après-dépression » mérite, elle aussi, d’être entendue car elle est tout aussi importante.

J’ai aussi raconté mon histoire pour rappeler qu’il est important de s’écouter. Faire comme si tout allait bien n’est pas toujours la solution.

C’est ok d’aller mal. C’est ok de demander de l’aide. Il ne faut pas en avoir honte. Et il est très important pour moi de le dire aux autres désormais.

Il est essentiel d’être indulgent envers soi-même et surtout de se laisser le temps !

Je suis fière de moi et tu devrais l’être aussi

J’ai gardé sous silence mon passage en clinique pendant un moment, ne l’avouant qu’à demi-mot voire pas du tout.

Aujourd’hui, j’en parle sans aucune gêne.

Cet épisode de ma vie fait partie de moi et m’a permis d’être celle que je suis. Je refuse d’en avoir honte.

Se replonger dans les souvenirs les plus sombres de ma vie pour en ressortir du positif n’a pas été un exercice facile mais je suis contente de m’y être essayée.

Si le Journal de la pire année de ma vie a pu te faire réfléchir, t’interroger, t’aider, te soulager, t’apporter ou encore te faire ressentir quelque chose, alors je me dis que j’ai bien fait de l’écrire.

Je sais à quelle point l’histoire de quelqu’un d’autre peut susciter des émotions chez moi. Peut-être en sera-t-il de même avec mon histoire à moi ?

Pour conclure ce journal, je tiens à te dire un grand bravo, à toi qui as réussi à te sortir la dépression ; à t’envoyer tout mon soutien et mon amour, à toi qui te bats encore avec elle ; et à te remercier, toi qui n’as jamais connu la dépression mais qui t’y es intéressée pendant ces 7 épisodes.

Merci d’avoir suivi cette série jusqu’au bout. Prends soin de toi, tu es plus forte que tu ne le crois.

À lire aussi : Comment choisir son ou sa psy ?

Une madmoiZelle

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Commentaires

Valentina-

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